Il y a dix ans, l'assassinat de Jean Hélène en Côte d'Ivoire

Le 21 octobre 2003, Christian Baldensperger, alias Jean Hélène, était abattu d’une balle dans la tête à Abidjan par le sergent Théodore Seri Dago. Il était alors l'envoyé spécial permanent de RFI en Côte d’Ivoire. Dix ans plus tard, reste le souvenir d’un étonnant voyageur, infatigable témoin de l’actualité africaine. Ce lundi 21 octobre 2013, RFI lui rend hommage



Jean Hélène
Jean Hélène

Jean venait d’avoir 50 ans. Après avoir occupé le poste de directeur de la rédaction Afrique de Radio France Internationale pendant l'année 2002, il avait souhaité repartir sur le continent africain qu'il affectionnait tant.


Il tombera en Côte d'Ivoire, le 21 octobre 2003, et sa disparition marquera durablement RFI. Le 23 janvier 2004 à Abidjan, son meurtrier, le policier Théodore Dago Sery, sera condamné à 17 ans de prison.
 
Au siège d'Issy-les-Moulineaux, en banlieue parisienne, le studio 32 de RFI est rebaptisé du nom de Jean Hélène ce lundi, à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort. Quant aux autorités ivoiriennes, elles décorent le journaliste à titre posthume.
 
Ci-contre, retrouvez pêle-mêle quelques reportages issus de nos archives, pour que la voix de notre journaliste ne s'éteigne pas. Et ci-dessous, voici une série de témoignages et de portraits personnels de notre confrère et ami disparu.

Jean Hélène. Pour des millions d’auditeurs, c’était un nom et une voix si familière. À ses débuts comme correspondant de RFI et du quotidien Le Monde à Nairobi, à l’aube des années 1990, je faisais de mon côté mes premiers pas dans le journalisme au Zimbabwe, et j’écoutais presque religieusement ses reportages sur mon petit poste « ondes courtes ».
 
Et quels reportages ! Sobres, concis. Il avait l’art de raconter ce qu’il voyait et rien d’autre, évitant tout commentaire superflu, ne se mettant jamais en avant. C’est ainsi qu’il m’a fait découvrir l’Afrique orientale et des Grands Lacs, et, déjà, ses crises : la Somalie, le Soudan, l’Ouganda, le Burundi et, bien sûr, le génocide rwandais.

En 1998, il avait intégré la rédaction parisienne de RFI, avant de retourner s’installer comme correspondant régional à Libreville, l'année suivante. Car Jean était un amoureux de l’Afrique. Et les nombreux amis qu’il a laissés sur cette terre le lui rendaient bien.
 
Faire parler les victimes, quel que soit leur camp
 
En 2002 pourtant, il accepta de rentrer en France pour prendre la direction du service Afrique de RFI. Il lui fallait un adjoint. Après un déjeuner mémorable au cours duquel nous parlâmes pendant des heures de ce continent qui nous passionnait tant, il me proposa le poste. J'acceptai.
 
L’expérience fut difficile, et moins d’un an après, il demandait à repartir sur la route, non sans me conseiller d’en faire autant. Nous nous fixâmes même un rendez-vous imaginaire pour des vacances en famille, quelque part en terre africaine, le jour où nous aurions « raccroché ».
 
Pour Jean, ce fut la Côte d’Ivoire, déchirée depuis septembre 2002. Je me souviens que l’un de ses premiers gestes fut de faire le tour du pays avec son enregistreur Nagra, pour faire parler les victimes du conflit, quel que soit leur camp. Il ne savait pas qu’il serait à son tour emporté par cette crise absurde, un jour sombre d’octobre 2003. 
 

« Portrait de Jean Hélène »


Un bob sur la tête, un gilet multi-poches, un large foulard autour du cou, voilà comment on pourrait « statufier » Jean Hélène. Mais il était tout sauf un excentrique baroudeur.

Discret, réservé, il s’était lancé tardivement dans des études de journalisme, après avoir exercé de multiples petits métiers au Canada et à Paris.

 

Avec les voyages, le journalisme sera une vraie passion. Doué d’une grande force vitale, il va s’imposer par sa rigueur et son engagement sur le terrain. D’abord, pendant sept ans, comme pigiste à Nairobi pour le journal Le Monde et pour RFI.


Toujours au plus près des populations, on le retrouvera ensuite, comme grand reporter de RFI, sur tous les théâtres africains : la Somalie des seigneurs de guerre, le Rwanda du génocide, les horreurs de la guerre civile libérienne. Enfin, la Côte d’Ivoire dans ses années les plus sombres. Il venait de diriger le service Afrique de RFI, après deux ans de couverture de l’Afrique centrale à partir de Libreville.


Impossible de réduire à quelques traits ce personnage, qui avait choisi comme pseudonyme le nom de sa mère trop tôt disparue. Solitaire, entouré de beaucoup d’amis, il aura rempli sa vie en écrivant celle des autres.


Je revois Jean Hélène, assis pendant des heures sur le toit d’un 4X4, traversant la savane vers le lac Turkana, brûlé par le soleil. Il ne voulait rien perdre du moindre détail de l’immensité.

 


Rfi.fr

Lundi 21 Octobre 2013 - 14:24



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