Immigration en Europe: des camps pour migrants dès le Niger

La Commission européenne a dévoilé, mercredi 13 mai, sa stratégie migratoire : mieux répartir les réfugiés entre les Etats-membres et renforcer les contrôles de ses frontières maritimes. Mais l’UE veut aussi intervenir en amont sur les routes de l’immigration. Une première initiative a été annoncée, ce vendredi à Niamey par le ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et le président nigérien, Mahamadou Issoufou : des centres pour migrants seront créés au Niger.



Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (g.), et son homologue nigérien Hassoumi Massaoudou, le 14 mai 2015 à Niamey.
Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (g.), et son homologue nigérien Hassoumi Massaoudou, le 14 mai 2015 à Niamey.

Le Sahel est traversé par 50 à 60% des migrants qui arrivent en Libye. Le Niger est donc un important pays de transit et l’Union européenne veut atteindre les migrants en route vers la Méditerranée pour renforcer la protection de ceux qui sont éligibles à l’asile, mais aussi pour construire avec les migrants économiques un projet d’insertion professionnelle les incitant à rentrer dans leur pays.

« Les centres que l’Union européenne se propose de mettre en place dans le cadre d’une démarche conjointe avec le Niger doivent être l’occasion de porter des politiques ambitieuses de développement pour les migrants et pour les Etats ». C’est ce qu’a déclaré Bernard Cazeneuve, le ministre français de l’Intérieur, à Niamey ce vendredi.

Car c’est là le cœur de la politique migratoire européenne, la très grande majorité des migrants traversant la Méditerranée relèvent de l’immigration économique. Il faut donc, aux yeux des Européens, renforcer l’aide au développement, une démarche qui va dans le bon sens, selon le président nigérien Mahamadou Issouffou : « Les gens quittent les pays pauvres parce que tout simplement, leur situation est intenable et c’est pour cela qu’il faut attaquer le mal à sa racine. Et attaquer le mal à sa racine, c’est envisager comment créer les conditions de développement économique et social des pays d’origine. » Le premier de ces centres devrait ouvrir à Agadez d’ici la fin de l’année.

Après le Niger, le Cameroun

Le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a achevé à Yaoundé au Cameroun sa tournée de deux jours en Afrique. Un déplacement pour évoquer un renforcement de la coopération entre les forces de sécurité et la lutte contre l’émigration clandestine. « Ceux qui partent sont un trésor pour le Cameroun », a dit Bernard Cazeneuve. Mais c’est surtout sous l’angle des rapports franco-camerounais que cette visite a été observée, alors qu’un rapport parlementaire français a récemment sévèrement critiqué le Cameroun.

Des chants d’accueil de la population, des honneurs militaires également, l’accueil de Bernard Cazeneuve au Cameroun fut chaleureux. Mais le récent rapport parlementaire évoquant une très difficile démocratisation du pays et un parti présidentiel hégémonique est dans toutes les têtes. Et le ministre français de l’Intérieur a dû s’en démarquer à plusieurs reprises : « L’Exécutif français est représenté, parce que c’est ainsi que fonctionnent les pouvoirs publics en France, par les membres du gouvernement. Et donc la parole qui engage l’Exécutif français est la seule parole des membres du gouvernement ».

Pas de tension donc. Et Bernard Cazeneuve en veut pour preuve les enjeux communs auxquels les deux pays font face : la lutte contre le terrorisme et l’émigration clandestine, les départs de migrants étant à ses yeux une perte pour leur pays d’origine. Le ministre français se félicite d’ailleurs de « la qualité », dit-il, de l’entretien qu’il a eu avec le président Paul Biya. Alors est-ce que le président François Hollande viendra lui-même lever les doutes quant à la relation franco-camerounaise ? « Ce n’est pas exclu », affirme Bernard Cazeneuve.


RFI

Samedi 16 Mai 2015 - 16:50



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