Indignation après l’assassinat de deux envoyés spéciaux de RFI au Mali

Les réactions sont nombreuses après l’enlèvement et l’exécution, samedi 2 novembre 2013, de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux envoyés spéciaux de RFI à Kidal, au nord-ouest du Mali. L'annonce de leur décès a plongé la rédaction de RFI dans une profonde tristesse et suscité une vague d'émotion en France. Le président François Hollande a exprimé son « indignation à l'égard de cet acte odieux ». Le parquet de Paris a, lui, annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire pour enlèvement et séquestration suivis de meurtres en lien avec une entreprise terroriste.



« Nous nous inclinons devant la mémoire de nos deux confrères morts dans l’exercice de leur fonction. Les auteurs de cet acte grave ne doivent pas rester impunis. Les nouvelles autorités maliennes ont la nécessaire obligation de mener une enquête pour arrêter les coupables, mais surtout de renforcer la sécurité au nord du pays pour que les journalistes du Mali et d’ailleurs, puissent continuer à s’y rendre pour faire leur travail dans la sérénité au nom du droit du public à l’information », a déclaré Gabriel Baglo, directeur Afrique de la Fédération internationale des journalistes.


« L’exécution sommaire des deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, est un acte innommable et révoltant. Que des journalistes qui ont le courage de couvrir une zone comme la région de Kidal se retrouvent abattus froidement à la sortie d’une interview, ça ne suscite pas seulement l’indignation, mais un profond dégoût », a pour sa part réagi Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.


« Nous condamnons avec la dernière énergie ce double assassinat qui montre malheureusement l’Etat de non droit qui règne encore dans le nord du Mali. Cet assassinat est non seulement un acte criminel mais un acte terroriste, destiné à intimider les regards extérieurs », considère Reporters sans frontières.


L’Union des clubs de la presse de France et francophones (UCP2F) est, quant à elle, « sous le choc ». « C’est un véritable sentiment d’indignation, de consternation et de révolte qui nous anime suite à l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, écrit le président de l’UCP2F, Karl Sivatte. Ce crime est l’expression pure et simple de la barbarie de ceux qui l’ont commis. Cette douloureuse circonstance vient nous rappeler que la mission d’informer et la Liberté de la presse ne sont pas des acquis. »


Détermination du Mali et de la France contre le terrorisme

 

Le président français François Hollande a exprimé « son indignation à l'égard de cet acte odieux ». S'associant à la douleur des familles, il a adressé « un message de solidarité à toute la rédaction de RFI ». Dans la soirée, le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta a appelé son homologue français, François Hollande, pour lui adresser « les condoléances du peuple malien, à la suite de l'assassinat des deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon ». Les deux présidents ont affirmé leur détermination à « poursuivre sans relâche la lutte contre les groupes terroristes qui restent présents au nord du Mali. Les meurtres odieux commis aujourd'hui à Kidal ne peuvent que renforcer la détermination des deux Etats à poursuivre et à remporter ce combat commun contre le terrorisme », selon un communiqué de l’Elysée publié dans la soirée.


Le Conseil de sécurité des Nations unies a exprimé ses condoléances aux familles des victimes et au gouvernement français. Dans un communiqué publié dans la nuit de samedi à dimanche, les 15 membres condamnent l’assassinat de nos deux confrères. Le Conseil de sécurité qui rappelle que « les journalistes, les médias professionnels et les personnes qui y sont associées, engagés sur les théâtres de conflits armés, sont considérés généralement comme des civils et doivent être respectés et protégés en tant que tels. » Selon le communiqué adopté à l’unanimité, les 15 membres appellent le gouvernement malien à « enquêter rapidement » sur cette affaire et « à traduire les criminels devant la justice ». La condamnation est forte : le Conseil de sécurité parle d’ « acte de terrorisme », des actes « criminels et injustifiables ».


Maître Sidiki Kaba, ministre de la Justice sénégalais et ancien président de la FIDH, a également exprimé ses condoléances à RFI. « Je suis triste et choqué et espère que les assassins seront arrêtés et rendront compte devant la justice », a-t-il déclaré.

 

Edem Kodjo, ancien Premier ministre du Togo et ancien secrétaire général de l'OUA, dit son « indignation » devant « l’assassinat lâche et odieux » des deux envoyés spéciaux de RFI au Mali. Au nom de la Fondation Pax Africana, dont il est président, Edem Kodjo exprime son « soutien à la grande famille des journalistes de RFI qui, au péril de leurs vies, apportent chaque jour, un peu d’humanité dans ces zones déchirées par des conflits fratricides ».


Marc Mapingou, communicant international, ancien directeur de campagne et conseiller du président Pascal Lissouba du Congo Brazzaville, s'est dit lui aussi ému et triste en apprenant la nouvelle :

«J'ai été personnellement touché par la disparition de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon. Lors des élections du Mali, j'ai pu mesurer leur courage, et leur détermination dans la recherche de l'information lorsqu'ils m'ont demandé de favoriser leur premier voyage à Kidal dans l'avion du candidat Dramane Dembelé pour lequel je fus conseiller spécial chargé des opérations stratégiques aux élections présidentielles. Je suis très ému ce soir, et j'exprime ici ma sympathie attristée à tous les journalistes de RFI ainsi qu'aux familles de nos deux amis. Puisse leur courage, et leur passion pour leur métier, servir d'exemple à tous ceux qui caressent le rêve d'un monde où la paix, et l'amour devraient être les valeurs les mieux partagées. Je garde pour Ghislaine et Claude le souvenir de discussions constructives que nous avions eues à Bamako pour une Afrique qu'ils ont tant aimé. Leurs voix continueront à retentir dans nos coeurs ».


Pour sa part, la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, a elle fait part de « sa profonde tristesse » devant « cet assassinat odieux », selon l'un de ses porte-parole.


Les réactions ont ainsi été nombreuses, notamment dans la classe politique française. « Les
journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon, premiers sur le terrain à rendre compte, à analyser et à témoigner ont été lâchement pris pour cible, alors qu'ils ne faisaient là que leur métier. Je sais que les services de l'Etat français, en lien avec les autorités maliennes, mettront tout en œuvre pour connaître les circonstances de ce drame
 », écrit dans un communiquéClaude Bartolone, le président (PS) de l’Assemblée nationale.


« Une atteinte à la liberté de la presse »


Exprimant sa « consternation », Aurélie Filipetti, ministre française de la Culture et de la Communication, exprime ses pensées aux familles de nos deux confrères. « C’est une atteinte très lourde à la liberté d’informer. Une liberté précieuse, indispensable dans toute démocratie et ils faisaient leur travail. Et ils le faisaient bien. Ils le faisaient pour défendre la liberté, partout dans le monde. C’est vraiment une immense perte que la perte de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon », a déclaré la ministre au micro de RFI. « Je crois qu’il faut continuer, ne renoncer à rien, surtout. On ne fermera pas la bouche de RFI. On ne fermera pas la bouche de la liberté d’information. Les journalistes continueront, et les journalistes français en particulier, à faire leur travail », a-t-elle jugé. « Ces deux morts tragiques nous ont rappelé à quel point l’indépendance, la liberté de la presse sont des valeurs incontournables, mais, malheureusement, sont souvent prises comme cible par les barbaries et les terrorismes de tous acabits. »

 

« Ces crimes odieux ajoutent au lourd tribut payé par les journalistes qui - avec un courage et un sens du devoir qui méritent notre plus grand respect - se rendent sur des terrains dangereux pour nous informer », a déclaré pour sa part Martine Aubry, maire (PS) de Lille. « Cet acte barbare appelle plus que jamais les pays d'Afrique de l'Ouest, l'Europe et la France à intensifier leurs efforts afin de parvenir à la paix et au développement dont la condition première demeure l'éradication du terrorisme », estime Razzy Hammadi, député socialiste qui préside le groupe d’amitié France-Mali à l’Assemblée nationale.


Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, juge quant à lui que « ce crime trahit la barbarie de ceux qui l'ont commis, comme il démontre l'idéologie fanatique et mortifère qui les habite ». Il plaide pour que « la liberté de la presse, si chère a nos deux compatriotes décédés [soit] défendue en tout lieu et en tout temps. »


L'ex-ministre des Affaires étrangères Michel Barnier a fait part de sa tristesse. « Je pense d’ailleurs à d’autres journalistes de RFI, Johanne Sutton, Jean Hélène qui ont disparu dans d’autres circonstances tragiques », a-t-il déclaré. « C’est l’occasion pour moi de saluer le courage de ces journalistes, sachant les risques qu’ils prennent, parce qu’ils le font pour une certaine idée de l’information, une certaine idée de la démocratie. S’agissant de RFI, c’est aussi encore plus particulier avec le lien qu’ils établissent, qu’ils maintiennent avec toute la communauté des journalistes africains. Je souhaite que toutes les équipes de RFI, qui font un formidable travail, ne se découragent pas, qu’ils maintiennent cette voix vivante et forte ».


« En finir avec la culture de l'impunité »

 

Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, évoque sur Twitter une « tragédie brutale et immense » et exprime ses « pensées tristes pour les familles et RFI ».

« Ghislaine et Claude faisaient partie de ces brillants journalistes auxquels on est si attachés pour mener ce combat pour les droits de l’homme », a pour sa part réagi Jean-
Marie Fardeau
, directeur du bureau France de l'organisation de défense des droits de l'homme, Human Rights Watch. Appelant à une enquête indépendante, il appelle par ailleurs à l'application de la justice : « Il faut absolument trouver ceux qui ont fait ça et en finir avec la culture de l’impunité qui, malheureusement, a trop marqué le Mali depuis des décennies et pour cesser ce cercle vicieux de la violence, des représailles et de l’impunité. Il faut absolument que les assassins de Claude et de Ghislaine soient retrouvés et jugés pour montrer que l’Etat de droit doit enfin exister dans ce pays ».


Rfi.fr

Dimanche 3 Novembre 2013 - 10:00



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter