Interdiction de la mendicité : Débandade des maitres coraniques, les talibés vers une délinquance juvénile

Les contre coups de l’interdiction de la mendicité dans les rues se sentent avec acuité par les maîtres coraniques, les enfants des daaras et une certaine frange de la population. Un tour dans la banlieue de Dakar a permis de se rendre compte des «marabouts» ou simplement maitres coraniques sont en train de plier bagages tandis que les enfants sont laissés à eux-mêmes. Reportage !



Interdiction de la mendicité : Débandade des maitres coraniques, les talibés vers une délinquance juvénile
Sous la pression des ONG et des associations de protection des droits des enfants, l’Etat du Sénégal a finalement pris la décision d’interdire la mendicité dans les rues de Dakar. Cette mesure d’interdiction sonne ainsi comme une sentence pour les maitres coraniques et les talibés qui ne savent plus à quel saint se vouer. Si certains se plient à la décision et tentent de trouver d’autres moyens de subsistance, d’autres ont tout bonnement décidé de rentrer chez eux.

11h 20 tapantes. Le roi soleil darde ses rayons ardents dans la banlieue dakaroise. La chaleur accablante qui règne en maître en cette période hivernale ne nous décourage guère dans la recherche de Daaras. Ainsi, nous empruntons les rues sinueuses et sablonneuses du quartier «Seydou Wone». C’est là où nous rencontrons Ibrahima Diallo. Il est ou fut maitre coranique. Il se dit contraint par la mesure d’interdiction de la mendicité de l’Etat de rentrer chez lui avec ses femmes. "Comme l'Etat a interdit la mendicité dans la capitale alors que l’aumône est ma principale ressource, alors mieux vaut rentrer chez moi en Guinée avant d’aller en prison. Et pourtant nous, maitre coranique avions passé par là avant de devenir marabout".

Visiblement excédé, Ibrahima Diallo a ajouté que "certains de ses disciples sont rentrés chez eux tandis que d’autres ont décidé de rester. Par précaution, je leur ai mis en rapport avec un collègue marabout". Cet africain originaire de la Guinée est plus irrité, selon lui, par le fait que "les gens ne veulent même plus donner de l'aumône". Ce qui rend, de son avis, la situation extrêmement difficile pour eux maitres coraniques.

Un tour au quartier "sans fil" niché au cœur de la commune de Yeumbeul, deux maitres coraniques on déménagé. Ils ont ainsi abandonné les maisons en chantier qu’ils occupaient parfois de manière clandestine. "C'est vrais que la situation est devenue très difficile pour les maitres coraniques. C’est pour cette raison qu’ils se sauvent tous", a reconnu l’un des habitants de ce quartier rencontré sur place. Niokhor Diouf du quartier de "sans fil" a, selon lui constaté que les «les jeunes talibés sont maintenant en errance dans les rues».

La mesure d’interdiction de la mendicité a un revers de la médaille. Sans mesure d’accompagnement, elle risque d’accroitre la déperdition des jeunes et même la délinquance juvénile. «Nombre de talibés abandonnés aujourd'hui par leurs maitres coraniques sont désormais dans la rue. Ils passent la nuit dans des terrains vagues, dans des marchés ou dans les mosquées», a souligné un citoyen qui a requis l’anonymat. Dieynaba Sow est une habitante du quartier Yeumbeul Ascena. Elle décrie l’errance des enfants. "la situation risque de donner suite à une insécurité dans nos quartiers". Et de poursuivre : "Beaucoup de talibés viennent chaque jour chez moi pour prendre le reste des repas. Certains sont très jeunes. Le fait d'être abandonné par leur maitre coranique est, non seulement préoccupant mais dangereux. Ces jeunes âgés de moins de 12 ou 18 ans courent des risques".

Face au risque de faire ressurgir la délinquance juvénile, les habitants de Yeumbeul Asecna ont tous à l'unanimité lancé un appel aux autorités compétentes pour venir en aide aux talibés abandonnés par leurs marabouts. Ils ont plaidé pour leur relogement dans des structures réservées aux enfants abandonnés.

Thioro Sall (Correspondante)

Lundi 27 Septembre 2010 - 08:34




1.Posté par ZAOUI JACQUELINE le 01/02/2011 19:14
Bonjour,
On s'occupe beaucoup des enfants talibés de Dakar, et ceux des autres villes sont souvent oubliés.
Nous avons ouvert un centre à SALY, mais avons besoin d'aide de la presse, du peuple sénégalais et de toutes les bonnes volontés.


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