Kandide Wade

« C'est par piston qu'on entre au paradis. Si c'était au mérite, mon chien y entrerait et moi je resterais dehors. » Mark Twain



Kandide Wade
Candide, fameux conte philosophique du non moins fameux Voltaire. Candide, prénom plus que significatif du personnage principal de ce chef-d’œuvre d’ironie et de sagesse. Candide, éternel appellation de tout être perdu entre les illusions de ses rêves et le contenu ténu et plus complexe de la réalité. A telle enseigne que des candides, chaque quartier en compte, chaque pays en dénombre et chaque époque en charrie.

Nous aussi, au Sénégal, nous avons nos candides. Parmi ceux-ci, certains sont de luxe, tant leur illusion est grande ! Et c’est à eux que vont nos propos. Notamment à celui que tout le monde reconnaitra et qu’on nommera, désormais, Kandide Wade !

Comme le personnage du roman éponyme de Voltaire, Kandide Wade vit dans une sorte de château. Dans ce château, il bénéficie, à l’image du personnage de roman, de toute la protection de son père et de toute l’attention de ses fidèles serviteurs. La vie y est belle ; les moyens à disposition ; les désirs transformés en volonté et les rêves les plus fous présentés comme aspirations faciles à atteindre. Car comme dans le conte philosophique du dix-huitième siècle, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Kandide Wade. Du moins tant qu’il jongle entre les ascenseurs de son immeuble cossu, les allées du château du Point E, les couloirs dorés du palais de la République et les sièges moelleux de jets privés !

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Kandide Wade, comme le Candide de Voltaire, est aussi entouré par une cour de serviteurs, de conseillers et de fidèles collaborateurs qui parviennent, sans mal, à le convaincre qu’il est le plus beau, le plus gentil et le plus compétent ! A telle enseigne que le bonhomme, si l’on en croit les propos de Ruffin, l’Immortel, ne souffrirait aucune once de critique, lui, sans doute habitué à recevoir éloges et louanges !

Ces Pangloss de la modernité, jouant à merveille sur leur talent de prêcheurs, et exploitant à fond la « naïveté » du personnage, ont d’abord réussi à l’enfermer dans un château de certitudes. A coups d’opération marketing à deux balles, ces communiquants recyclés parviennent à lui donner le tournis, entretenant dans l’esprit du « gosse », une confusion voulue entre clameur d’indignation et ferveur d’adhésion ! L’essentiel étant pour eux de pouvoir faire leur revue de presse et de se décerner à eux-mêmes un satisfecit pour chaque Une de journal qui parlerait de leur « produit » !

Des conseillers occultes qui regroupent en eux toutes les qualités et attributs de Pangloss, de Cacambo, et de Martin. Des conseillers prompts à se vanter du moindre slogan qu’ils auraient « conçu » et qu’ils auraient réussi à faire entrer dans le dictionnaire de la scène publique. Ces Pangloss, Martin et Cacambo en arrivent à oublier les règles de base de tout bon communiquant. Le communiquant n’est pas un courtisan ; le communiquant n’est pas non plus un « faiseur de bruit » ; le communiquant n’est point sorcier faiseur de miracle. Le seul mérite du communiquant, c’est de contribuer à l’atteinte des objectifs de son client et non patron. Or, Kandide Wade, pour avoir bu à grande gorgée les décoctions « savantes » concoctées par ses Pangloss et Cacambo, en dépit de sa bonne foi supposée et de sa volonté manifestée, n’a réussi qu’à perdre les élections qui paraissaient le plus à sa portée.

Cette débandade lors des locales de 2009, Kandide Wade la doit en partie à cette phrase, sortie d’on ne sait où, fruit d’une imagination sans doute abondante mais peu fertile, de ses précepteurs éclairés. Comment un homme, qui n’a vraiment jamais rien gagné, peut-il proclamer, urbi et orbi, en face de ses concitoyens dont il demande la faveur, qu’il n’a jamais perdu ? Cette déclaration, qui se voulait sans doute une sorte de préparation psychologique d’une victoire dont on pensait qu’elle allait être contestée, s’est révélée être le moteur d’une résistance encore plus accrue des citoyens qui ne manquèrent guère d’y voir une forme d’orgueil mal placé !

Et le résultat, le vrai, pas celui du meilleur des monde que les Pangloss se plaisent à dépeindre, de tomber ! Kandide fût chassé, non pas encore du château de la république, mais du palais de sa torpeur et de ses illusions ! Le monsieur qui n’avait jamais perdu, jusque-là, venait de subir une débâcle et une déroute inédites !

Pangloss, le précepteur sûr de lui et maîtrisant tout, passa à la trappe ! Cacambo, à l’étroit, prit du recul ! Les rares amis de Kandide pensaient pousser un ouf de soulagement. Mais que nenni ! Les mêmes pratiques qui ont mené notre Kandide National tout droit dans le mur, reprirent de plus belle !

Au lieu de récupérer positivement l’invitation apaisante de Youssou Ndour, Kandide Wade en profita, sans doute sous les conseils éclairés de Cacambo, qui ne jure que par les coups d’éclats, pour tenter d’humilier le roi du Mbalax et le radicaliser dans la même veine !

Et la dernière opération de charme dont Cacambo se vantera certainement d’être le concepteur illuminé, c’est bien cette sortie qui a emprunté des portes dérobées par laquelle Kandide Wade s’est laissé convaincre à un jeu de mots puérils ! Le pouvoir ne s’hérite pas, il se mérite, s’est-il écrié ! Joli jeu de mots ; belle rime, tellement riche qu’il ne serait pas exclu que la phrase soit proposée, un jour, au bac pour être décortiquée par nos élèves en mal de réussite !

Mais de consistance, point ! Car Kandide, en se faisant l’apôtre du mérite au détriment du coup de pouce paternel, nous rappelle, en même temps, que son principal mérite, c’est surtout d’être le fils de son père ! En effet, ce n’est point suite à un appel d’offres qu’il a été nommé aux différentes fonctions qu’il a l’honneur d’occuper présentement ! Kandide ignorerait-il que le mérite, non plus, ne s’hérite pas ?
A défaut de se réajuster, le Kandide des tropiques risque de se voir définitivement banni du château du pouvoir. Et, en ce moment, il se rendra compte, tardivement, que tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des Sénégal. Le cas échéant, Cacambo pourrait se contenter, hélas, de prendre ses valises et de s’installer ailleurs, au Burkina Faso par exemple !

(Chronique publiée dans le Weekend Magazine n° 126 du 17 au 23 juillet 2010)

Mamadou THIAM

Lundi 26 Juillet 2010 - 00:57



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter