Karim Wade, Don Quichotte ou Guignol à la Com ?

Le cirque de Walf des 18 et 19 juillet 2009 a été d'une gratuite méchanceté ; voici qu'au nom d'un idéal-typique wébérien et hégélien douteux, Karim Meïssa Wade se rue à l'assaut de moulins imaginaires, à la recherche du Graal, une nouvelle morale ! Signe prémonitoire d'une chute à grands effets que cette agitation extrême ?



Karim Wade, Don Quichotte ou Guignol à la Com  ?
Karim Meïssa Wade a inauguré une nouvelle ère de communication tous azimuts au nom de la défense des intérêts matériels et moraux du Sénégal. Sous le prétexte d'une lutte pour la transparence dans les opérations engageant la responsabilité de l'État sénégalais, il a ouvert de nouveaux chantiers, fort anciens au demeurant, en se taisant pudiquement sur ce que la morale sénégalaise a le plus réprouvé : son implication, à la place des ayants droit, dans des négociations financières, la conduite d'affaires à forts relents de scandales et la gestion équivoque de certains grands dossiers de l'État sénégalais.

Depuis quelque temps en effet, des individus masqués ou avançant à visage découvert, se réclamant de son idéologie générationnelle, essaient de rouvrir quelques grands dossiers de l'époque socialiste (Affaire Millicom-Sentel, dans la délivrance de la 2ème licence de téléphonie mobile en 1998, licences de pêche dans le cadre de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations Sénégal-1992, grands travaux de la première version de l’Organisation de la Conférence islamique dont les restes ont été d’un secours certain à…Karim en 2008, notamment).

Sous le prétexte d'une réaction aux nombreuses attaques dont le ministre d'État, ministre chargé de la Coopération internationale, de l'Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures continue de faire l'objet, le fils du président de la République s'est découvert une nouvelle vertu et un idéal-type à la fois wébérien et hégélien de moralisation et de transparence dans les affaires de l'État pour juguler les pratiques peu orthodoxes de l'ancien régime.

Malheureusement, la cible ne semble être personne d’autre que Ousmane Tanor Dieng, le premier secrétaire du Parti socialiste : par sa presse interposée, Karim Meïssa Wade s’est trouvé de nouveaux boucliers inspirés pour inviter l’inévitable Tanor à un inévitable débat public télévisé qui semble être la marotte de Karim Wade depuis un an ! (1)

A titre collectif ou individuel, chacun s’invite dans le débat. Ainsi, hier doctorant en 2009, Cheikh Diallo avait annoncé en juillet la mort programmée du Pds qui se transmue aujourd'hui en un libéralisme superfétatoire (Pdsl), aucune contestation n'ayant eu lieu sur la tendance idéologique de la formation de Me Wade depuis 1974 qu'il s'est complaisamment et de manière contributive inscrit dans la loi des quatre courants définie par Senghor. Sauf celle de ses propres enfants putatifs, Serigne Diop (Pds/Rénovation) et Ousmane Ngom (Parti libéral du Sénégal).

C'est le même Cheikh Diallo, annonce-t-on dans les milieux de l'Agence nationale pour l'Organisation de la Conférence islamique (Anoci), qui aurait théorisé en avril le fonds de commerce à retirer de la mort de Karine Wade et le revoilà, chercheur en sciences politiques à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), qui prévient le Pds contre les ruses de Bennoo dont les dirigeants feraient semblant d'être à hue et à dia à propos de la candidature de l'opposition dite significative pour mieux endormir l'adversaire (2).

La stratégie trouvée au sein du même milieu et de ses satellites générationnels résiderait en une contre-attaque contre la locomotive du Bennoo que sont Ousmane Tanor Dieng et son parti, sous les habits d’un Don Quichotte luttant contre des moulins imaginaires, au nom d'un idéal-typique wébérien et hégélien douteux, au nom de la morale et de la transparence. En laissant de côté la motivation principale qui sourd de la thèse de Diallo qui serait une inquiétude morale de la société sénégalaise qui souhaiterait revenir aux années 90 avec la cohabitation. La tentative est habile !

Ainsi, après l'ineptie sur Wall Fadjri télévision des 18 et 19 juillet 2009, voici que Karim Meïssa Wade oublie l'essentiel dont il n'aurait jamais dû se départir : le renouveau politique ; il devait en effet se tourner vers demain, avec, certes, un appui sur hier mais pour façonner un futur imaginable et possible. Faute d'avenir en effet, le Sénégal au pouvoir se focalise délibérément sur hier, refusant les ruptures et césures aptes à laisser entrevoir demain.

La croisade contre hier remis à l'honneur (Affaire Millicom-Sentel, dans la délivrance de la 2ème licence de téléphonie mobile en 1998, licences de pêche de 1992, grands travaux de l'Oci première version, notamment) est en effet révélatrice de l'incapacité des gens du pouvoir à se voir à demain… ou à ruser vers demain !

La moralisation de l'espace présidentiel entamée contre une prétendue mafia politique autour du père vise au fond à saper les bases économiques qui ont permis l’ouverture vers des dragons émergents (Serigne Mboup) et la base affective du pouvoir qui s’est imposé par un réaménagement de l’espace urbain dakarois (Bara Tall, Atépa, ) ; elle ne saurait, en conséquence servir de prétexte à un retour vers Marx Wéber ou à Hegel quand le cursus et la doxa jurent avec ce qu'on prétend combattre : les négociations entamées illégalement dès 2000 autour de la seconde licence de téléphonie mobile et les péripéties subséquentes d'un retrait, le dossier alambiqué de l'Anoci et des infrastructures routières, l'entorse au bon sens dans la répartition des services dévolus à son ministère, tout renvoie à des pratiques hors norme.

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Notes bibliographiques

(1) "Le Messager" n°1864 du 23 février 2010, pages 3 et subséquents



(2) Cheikh Diallo, "Le Populaire" n°3075 du 23 février 2010.




Par Pathé MBODJE, Journaliste, sociologue

Samedi 27 Février 2010 - 14:01




1.Posté par Mbodj le 27/02/2010 16:45
Priorité des priorités: gagner les élections de 2012
Nous voulons ici contribuer au débat posé par Cheikh Diallo dans les colonnes du « Soleil » du mardi 23 février 2003. M. Diallo commence son propos en rappelant ceux tenus par A.Wade, le chef de l’Etat, dans le même quotidien, en août 2003 : « je souhaite une alternance à l’alternance (...) Si nous décevons les Sénégalais et si nous allons aux élections, le Pds perdra ». Certes. Cependant, depuis 2003, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts ! A cette époque, le PDS plutôt son chef, Me. Wade, bénéficiait d’une crédibilité et d’un soutien tangible de nos compatriotes. C’était encore la période de l’Etat de grâce, celle de la magnanimité des Sénégalais conscients que la nouvelle équipe au pouvoir avait besoin de temps pour trouver ses marques. D’où cette tolérance et ce refus de sanctionner malgré pourtant des signes avant-coureurs. Cette période est désormais terminée!!! Vous avez déçu et les Sénégalais souhaitent une alternance à l’alternance! La boucle est bouclée.
Dès lors, les Législatives éventuelles de 2012 ne constituent pas, aujourd’hui, le principal combat, la priorité pour l’opposition et l’ensemble de nos compatriotes orphelins de ce que j’ai appelé « l’esprit politique de mars 2000 ». C’est-à-dire globalement la bonne gouvernance avec un accent tout particulier pour les points suivants : un Etat modeste avec des hommes d’Etat modestes et respectueux de l’éthique républicaine ; le respect et la gestion transparente du bien public ; la promotion de la justice sociale ; faire de l’éducation, la formation et la santé une priorité nationale. Cet esprit politique de mars 2003 reste vivace chez le leader de l’AFP Moustapha Niasse. Et la coalition Benno Siggil Senegaal a revendiqué et réactualisé cet esprit de mars 2000 à travers les conclusions des Assises nationales.
L’immense majorité des Sénégalais développe une conscience patriotique issue de mars 2000 qui s’étend et s’affirme à partir de tous les secteurs de notre pays : en premier lieu des flancs mêmes du parti au pouvoir le PDS ; des jeunesses urbaines déçues, de l’opposition, des sans partis, des associations et de la société civile. Cette immense majorité de nos concitoyens n’engage pas le combat politique en terme seulement de stratégie électoraliste : elle veut voir réhabiliter cet esprit politique de mars 2000! Il s’agit de réaliser et d’approfondir une rupture qualitative pour mettre en place un mode de gouvernance espéré et attendu depuis mars 2000 et dévoyé en définitive par Abdoulaye Wade et son pouvoir.
C’est pour cette raison que la priorité des priorités est de gagner la Présidentielle et faire partir M. Wade et son régime, seule condition pour retrouver, maintenir et rendre pérenne cet esprit politique de mars 2000.
En 2012, la vague électorale qui va emporter le pouvoir de Wade sera si puissante, si profonde qu'elle n'épargnera pas l'actuelle Assemblée Nationale! C'est à la fois un souhait, une ambition et un objectif que nous partageons avec un nombre de plus en plus important de Sénégalais.
Posé ainsi, sous un angle qui intéresse nos compatriotes parce que touchant directement leur vécu, le débat lié aux échéances électorales de 2012 porte surtout sur un choix de société. Le formalisme juridique et constitutionnel n’a en ce cas aucun intérêt : une Assemblée nationale majoritairement composée de béni-oui-oui, dans laquelle l’opposition n’est pas représentée ne peut aucunement correspondre à l’esprit politique de mars 2000.
« Wade gouverne, son Premier ministre administre. Au premier « la conception », au second « la mise en œuvre », ce juridisme ne colle nullement à la réalité du contexte politique Sénégalais sous le pouvoir de A. Wade.
Il ne faut jamais perdre de vue que ce qui a donné une légitimité au sopi c’est l’espoir d’une gouvernance meilleure dont s’est nourri l’esprit politique de mars 2000. Cet esprit est toujours là. Il demeure le fil d’Ariane qui attise et explique le bouillonnement politique de la société sénégalaise. Un certain intellectualisme creux et de diversion feint d’oublier cette réalité. L’alternance a trahi cette espérance. Il faut en tirer toutes les conséquences.
Ce ne sont pas des thèses libérales que les populations ont porté au pouvoir. Les Sénégalais voulaient mettre un terme au technocratisme de A. Diouf pour rechercher un volontarisme politique adossé à un esprit républicain pour consolider notre Nation, développer notre économie et promouvoir la justice sociale et l’égalité. Nous avons perdu l’un sans avoir gagner l’autre puisque la bonne gouvernance aujourd’hui n’est que slogan dans notre pays. C’est pourquoi la majorité des Sénégalais mettra fin au régime de Abdoulaye Wade dès la Présidentielle de 2012.
Ibrahima Mbodj
Militant AFP (France)



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