Kenya: colère de la CPI après la révélation présumée du nom d’un témoin protégé

L'identité présumée du premier témoin dans le procès du vice-président kényan William Ruto - poursuivi pour crimes contre l'humanité devant la Cour pénale internationale (CPI) - a été dévoilée, ce mercredi 18 septembre, dans des médias, des blogs et des réseaux sociaux kényans. Cela fait craindre un effondrement de la procédure. De nombreux témoins de l'accusation se sont en effet rétractés au cours de ces dernières semaines. Le bureau du procureur de la CPI estime qu'ils ont subi des pressions et des intimidations à un niveau sans précédent. Le juge de la CPI a mis en garde, sans détour, les journalistes qui se livrent au jeu de la spéculation.



Siège de la CPI à La Haye, Pays-Bas. Wikimédia
Siège de la CPI à La Haye, Pays-Bas. Wikimédia
Lors d'une déposition émouvante, mardi 17 septembre, le témoin 536 a raconté le drame de l'église Kiamba, survenu le 1 janvier 2008. Un politicien du parti de William Ruto, avec l'aide de centaines de membres de son ethnie, avaient , soutient le témoin, barricadé près de deux mille villageois de l’ethnie kikuyu dans une église avant d'y mettre le feu. Le jour même de sa déposition, le témoin - une femme - a fait l'objet d'insultes sur des sites internet et des médias kényans. Plusieurs affirment connaître son identité et l'ont publiée.
Pourtant, de nombreuses mesures avaient été prises pour qu’elle conserve l’anonymat. Son visage était caché de la vue du public, dans la galerie, et lors des retransmissions vidéo sur le site de la CPI, son visage était flouté et sa voix déformée.
C’est son récit circonstancié qui a sans doute permis son identification. Lors de l'audience de ce mercredi 18 septembre, le substitut du procureur, Anton Steynberg, a demandé à ce que tous ses témoins fassent désormais l'objet d'une protection. L'avocat de William Ruto s'y est opposé.
Le juge Chile Eboe-Osuji a, quant à lui, tenu à ouvrir la séance publique par cette mise en garde : « Tous ceux dont la conduite contribue à révéler l'identité des témoins seront poursuivis ». Selon les statuts de Rome, ils s'exposent à des amendes et à une peine maximale de cinq années de prison.

Dépéche

Jeudi 19 Septembre 2013 - 11:09



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