L’Afrique du Sud reprend sa place de première puissance économique devant le Nigeria !



Enfin une bonne nouvelle pour le président Jacob Zuma après des semaines de torpeurs qui ont mené à la chute de l’ANC dans les urnes lors des dernières municipales. Et cela grâce à un simple calcul du Fonds monétaire international (FMI). Réalisés à partir du produit intérieur brut (PIB) des deux pays et sur les taux de change, les nouveaux chiffres font perdre au Nigeria son statut au profit de l’Afrique du Sud. Le PIB 2015 du Nigeria exprimé en dollars de 2016 est de 296 milliards, tandis que pour l’Afrique du Sud il est de 301 milliards de dollars, soit 5 milliards de dollars de plus. Rappelons que c’est en 2014 qu’un simple changement dans les méthodes de calcul du PIB avait permis au Nigeria de ravir à l’Afrique du Sud la première place. À noter que, tous les trois ans, les pays doivent effectuer un réajustement de leurs méthodes statistiques, chose que n’avait pas fait le Nigeria durant 24 ans ! Ce qui lui avait permis un bon rattrapage.

Les cours de change entre l’Afrique du Sud et le reste de l’Afrique évoluent rapidement
 
L’explication se trouve dans les cours de change. Les devises des deux pays ont évolué de manière diamétralement opposée depuis le début de l’exercice 2016. Ainsi, cette année, le rand, la monnaie sud-africaine, a enregistré un bond d’environ 16 %, tandis que le naira nigérian a perdu un tiers de sa valeur par rapport à la monnaie américaine. Depuis que le FMI calcule le PIB de chaque pays dans la monnaie locale avant d’être converti en dollar, la comparaison entre les différentes économies est plus compréhensible. Le rand sud-africain a gagné plus de 16 % par rapport au dollar américain au cours de cette période, alors que dans le même temps, le naira nigérian perdait plus d’un tiers de sa valeur. L’économie du Nigeria a plongé de 0,4 %, tandis que le PIB de l’Afrique du Sud s’est contracté de 0,2 %. L’économie nigériane a subi un ralentissement à cause notamment de la baisse du prix du pétrole, tandis que l’Afrique du Sud est considérée comme sensible aux changements du cycle des produits de base. « Outre les perspectives de croissance, à court terme, le classement de ces économies pourrait être déterminé par les fluctuations des taux de change », a déclaré Alan Cameron, économiste chez Exotix Partners LLP.

Le Nigeria, pays de records, peut profiter de la dévaluation de sa monnaie pour rebondir
 
Malgré ce changement, l’économie des deux pays fait face à des risques de récession, après s’être contractée au premier trimestre de l’année, selon le FMI. La chute des cours mondiaux du pétrole a plongé le Nigeria, alors première économie d’Afrique, dans une importante crise économique et financière. Le Nigeria, qui dépend largement des exportations de brut, a commencé à manquer de devises étrangères, ce qui a entraîné une chute du naira sur le marché noir. La Banque centrale du Nigeria (CBN) avait finalement ouvert la voie, le 16 juin, à la dévaluation de sa monnaie pour rassurer les investisseurs étrangers, alors que le pays connaît d’importantes difficultés économiques. Cette décision de laisser flotter la devise a mis fin à des mois de taux fixe. Et a donc fait plonger le naira de près de 30 % face au dollar.

L’Afrique du Sud face à ses faiblesses structurelles
 
De son côté, l’Afrique du Sud a enregistré un recul de 1,2 % de son PIB au premier trimestre, selon les statistiques officielles publiées en juillet, faisant planer la menace d’une récession pour l’économie la plus industrialisée du continent qui tourne au ralenti depuis près de deux ans. « Le PIB a reculé de 1,2 % au premier trimestre 2016, après une hausse de 0,4 % au dernier trimestre 2015 », a indiqué l’Office national des statistiques (StatSA). « Une forte contraction dans le secteur minier a plongé la croissance économique dans le rouge au premier trimestre 2016 », a ajouté StatSA. Et la menace est réelle, si son économie ne revient pas dans le vert au prochain trimestre, l’Afrique du Sud connaîtra sa première récession depuis 2009. Ces mauvais chiffres sont notamment dus au fort recul de la production minière (- 18,1 %), notamment dans le platine et le fer. La production agricole, touchée par la grave sécheresse qui frappe l’Afrique australe depuis près de deux ans, a également chuté par rapport au trimestre précédent (- 6,5 %).

Malgré ces mauvaises nouvelles, l’Afrique du Sud a évité une dégradation de sa note souveraine par l’agence Fitch qui l’a maintenue à BBB- et annoncé des « perspectives stables ». Avant elle, l’agence de notation Standard and Poor’s avait également maintenu à BBB- la note de l’Afrique du Sud, mais avec des perspectives négatives. Pour ces deux agences, le pays reste un cran au-dessus des catégories spéculatives, un statut qui dissuade de nombreux investisseurs internationaux d’acheter des obligations souveraines. Les prévisions pour l’année 2016 demeurent cependant moroses pour l’économie sud-africaine, le Fonds monétaire international et la Banque centrale estimant que la croissance ne dépassera pas 0,6 %, tandis que la banque Nedbank prévoit une hausse annuelle du PIB de seulement 0,2 %. Désormais de retour sur le podium économique africain, l’Afrique du Sud devrait réformer son économie pour l’ouvrir et miser sur un meilleur système éducatif, afin de garder ce statut.
 
afrique.lepoint.fr

Khadim FALL

Vendredi 12 Août 2016 - 14:58



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