L’Ethiopie décrète l’état d’urgence après plusieurs mois de violences

Le gouvernement éthiopien a décrété ce dimanche 9 octobre l'état d'urgence pour une période de six mois, après plusieurs mois de violents troubles dans le pays. La mesure, qui s'applique à l'ensemble du territoire, est sans précédent en Ethiopie depuis 25 ans.



« L’Etat d’urgence est nécessaire parce que la stabilité de notre pays est compromise », a déclaré le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn dans une allocution retransmise par la télévision nationale EBC.
 
Cette déclaration d'état d'urgence intervient après une semaine de violences d'une rare intensité en région oromo et dans la périphérie d'Addis-Abeba. Les manifestants ont brûlé des entreprises étrangères, saccagé des bâtiments publics, bloqué de nombreuses routes avec des barrages improvisés.
 
Cette mesure, sans précédent en Ethiopie, marque un durcissement face au mouvement de contestation qui dure depuis maintenant près d'un an, et dont la répression a déjà fait plusieurs centaines de morts.
 
Un message de fermeté
 
Les autorités éthiopiennes veulent envoyer un message de fermeté. A aucun moment, il n'a été question de dialogue dans la déclaration du Premier ministre. Au risque d'inquiéter encore un peu plus les investisseurs et de décourager les touristes dont le nombre est déjà en chute libre.
 
L'état d'urgence ne changera sans doute pas grand-chose en Ethiopie si ce n'est une présence militaire plus visible. Les autorités utilisent déjà une loi anti-terroriste très large qui a permis d'envoyer sous les verrous nombre de dissidents, de journalistes et de critiques.
 
La décision d'imposer un Etat d'urgence de six mois indique que le pouvoir éthiopien a choisi de persévérer dans la manière forte contre des manifestations largement désorganisées, spontanées, mais qui depuis prés d'un an et malgré une répression brutale n'ont jamais vraiment cessé. Ces derniers jours la contestation s'est intensifiée et a tourné à plusieurs reprises à l'émeute.
 
Un ras-le-bol profond
 
L’élément déclencheur a été le projet d'agrandissement d'Addis-Abeba. La communauté oromo, qui représente un tiers du pays, s'y oppose. Elle affirme que l'opération va empiéter sur ses terres ancestrales.
 
Les premières manifestations ont éclaté en novembre 2015 dans les villes et universités importantes de l'Oromia. Mais plus qu’une opposition au projet d’agrandissement de la capitale, c’est un ras-le-bol plus profond qu’expriment alors les Oromo, qui se disent marginalisés par la minorité tigréenne au pouvoir.
 
La répression est brutale. Les forces de l’ordre tirent sur la foule, les autorités coupent à plusieurs reprises Internet et les réseaux mobiles. Mais la réplique du pouvoir ne fait qu'envenimer les choses. L'été dernier, la contestation franchit une nouvelle étape et s'étend à la zone amhara, une communauté qui se sent elle aussi maltraitée par les autorités. La semaine dernière, une bousculade meurtrière provoquée par des tirs de gaz lacrymogène durant un festival oromo fait officiellement 55 morts. Beaucoup plus, selon les opposants.
 
Le tourisme en chute libre
 
Depuis, les violences sont entrées dans une nouvelle phase, avec des attaques contre des intérêts étrangers. Des hôtels, des entreprises, des usines ont également été visés. Une chercheuse américaine a même été tuée en périphérie d'Addis-Abeba, qui commence elle aussi à être touchée.
 
Le tourisme est désormais en chute libre. La compagnie néerlandaise Esmeralda Farms a annoncé qu'elle quittait le pays, preuve que les investisseurs ont peur. Le pouvoir lui continue de choisir la voie de la répression.


Source: Rfi.fr

RFI

Lundi 10 Octobre 2016 - 07:38



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