L’Europe et la Russie entre dialogue et menaces de sanctions

Les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'Union européenne (UE) se réuniront en sommet extraordinaire jeudi pour examiner la situation en Ukraine. Juste avant, ils rencontreront Arseni Iatseniouk, le Premier ministre ukrainien. L’UE oscille entre menaces de sanctions et possibilité de dialogue afin que Moscou révise ses intentions belliqueuses en Crimée.



Le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, hier, s’est voulu ferme, tout en laissant la porte ouverte à une éventuelle évolution favorable de la part des autorités russes. Car il y a d’abord l’inévitable condamnation du déploiement de forces russes en Crimée, jugées dangereuses et contraires aux préceptes les plus élémentaires du droit international, mais il y a ensuite un appel solennel et pressant lancé par les Vingt-Huit pour que s’enclenche une médiation entre Russes et Ukrainiens sous l’égide de l’Organisation de sécurité de coopération en Europe (OSCE).

Un sommet du G8 en point de suspension

Cependant, l’Union européenne se réserve le droit d’imposer une batterie de sanctions en rafales ou graduellement pour le cas où son message ne serait pas bien compris au Kremlin. Hier, on a évoqué la suspension des pourparlers relatifs à la libéralisation réciproque des visas, tout comme ceux liés à un tout nouvel accord économique. De même, le sommet du G8 prévu en juin à Sotchi, pourrait être annulé faute de participants occidentaux et japonais. Enfin l’Union européenne pourrait interdire de séjour sur son sol les hiérarques du Kremlin, voire geler leurs considérables avoirs détenus dans les banques en Europe.

Le déclenchement de ces sanctions dépendra de l’attitude de Moscou. Ce sont les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE qui ont à prendre la décision lors d’un sommet extraordinaire prévu à Bruxelles, jeudi.


L’Europe et la Russie entre dialogue et menaces de sanctions

Merkel à la manoeuvre

La chancelière allemande Angela Merkel fait de plus en plus figure de médiateur auprès de Vladimir Poutine. Pourtant, les deux politiciens n'entretiennent pas de bonnes relations personnelles. Angela Merkel, la démocrate qui a grandi à l'Est n'apprécie guère l'ancien officier du KGB dont elle a toujours critiqué les écarts sur le terrain des droits de l'homme.

Merkel parle parfaitement russe. L'apprentissage de cette langue était obligatoire du temps de la RDA. Poutine parle allemand. Du temps où il travaillait pour le KGB, il a vécu à Dresde, où il était un des maillons du système de répression soviétique. Angela Merkel agace le chef du Kremlin, à qui elle répète inlassablement les noms des opposants emprisonnés longtemps, comme ceux de Mikhaïl Khodorkovski et de Ioulia Timochenko. Poutine a ses « petites » vengeances. Il connaît la phobie de la chancelière pour les chiens, mais invite deux de ses molosses lors de ses rencontres avec son hôte allemande.

Angela Merkel et l'ensemble de la diplomatie allemande sont convaincus qu'il ne peut y avoir de paix dans la région sans Moscou. Au sein des démocraties occidentales, les Allemands sont toujours ceux qui manifestent le plus de réticence lorsqu'il est question de sanctions à l'égard de Moscou.

L'Allemagne et la Russie, très liés

Des liens historiques existent entre l'Allemagne et la Russie. Il y a eu la Seconde Guerre mondiale et la mauvaise conscience de bien des Allemands de l'Ouest envers les millions de morts russes. Et puis il y a la reconnaissance allemande envers l'Union Soviétique de Gorbatchev d'avoir permis la réunification. Les liens entre les deux pays sont ensuite stratégiques. La Russie est considérée comme incontournable dans la région.

Et puis il y a les liens économiques. L'Allemagne est le premier exportateur vers la Russie. Les échanges commerciaux sont considérables, le potentiel l'est plus encore. Politiciens et hommes d'affaires allemands en sont bien conscients. Ils misent sur un marché en plein essor.

Le gaz russe au coeur des préoccupations

Il y a enfin le gaz russe. L'Allemagne est fortement dépendante du gaz russe : 35% du gaz et 35% du pétrole consommés en Allemagne viennent de Russie. L'hiver, les Allemands se chauffent au gaz russe. La République fédérale essaie depuis des années de réduire sa dépendance, avec le développpement des énergies renouvelables, du charbon, ou des importations en provenance de Norvège. Hier, le gouvernement allemand se voulait rassurant, en rappelant que les réserves en gaz s'élèvent à 60% des capacités, soit deux mois de consommation.


Rfi.fr

Mardi 4 Mars 2014 - 16:27



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