L'Historial de Péronne, la mémoire vive de la Grande Guerre

La radio du monde célèbre le centenaire de la Première Guerre mondiale et a délocalisé, pour cela, une partie de son antenne à Péronne, à l'Historial de la Grande Guerre.

Des murs en béton blanc dans l'enceinte d'un château médiéval. Le caractère résolument moderne du bâtiment de l'Historial de la Grande Guerre conçu par l’architecte Henri Ciriani donne le ton de la muséographie. Depuis 22 ans, installé au cœur des champs de bataille de la Somme, le musée de Péronne restitue la mémoire historique et sensorielle de la vie quotidienne du premier conflit mondial.



C'est à travers des vitrines que le visiteur découvre les histoires parallèles de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni au cours de la Grande Guerre, mais aussi dans les périodes qui l'ont précédée et suivie.
Plus théâtrale, la mise en scène d'uniformes dans des fosses, simulant des corps allongés dans les tranchées, voulus pour être anonymes, permet de dissocier la présentation de la vie militaire sur le front de celle des civils à l'arrière.
« Il faut bien rappeler au visiteur que la guerre se fait et au front, et à l’arrière. Et l’un ne peut pas vivre sans l’autre. La guerre ne peut pas continuer sans l’effort de l’arrière », souligne Marie-Pascale Prévost-Brault, conservateur en chef de l’Historial.
D'une manière originale, l'exposition d'objets et documents authentiques tente de restituer ce qu'a été la Grande Guerre. Organisé autour de cinq grands espaces, le parcours se déroule en ellipse, avec pour fil conducteur, l'évolution chronologique de la société dans les trois principales nations belligérantes. En fin de visite, des vestiges pleins de terre, posés simplement sur des tables, sont là pour rappeler les 25 à 27 tonnes d’obus et autres armes, qui sont récupérées tous les ans à même le sol (lire l'article ci-dessous). Une collecte qui devrait durer encore plusieurs centaines d'années.
Par une mise en valeur pédagogique d'objets authentiques, l'Historial invite les visiteurs à une réflexion sur les origines et les conséquences du conflit. Associé à un centre de recherche réunissant une quarantaine de spécialistes, le musée a constitué une collection de 70 000 pièces de la période 1900 -1930 qui alimentent des expositions permanentes et temporaires.
Entendre la guerre, la musique et le silence
Lorsqu'il est  mobilisé en 1914, François Gervais a très peur de perdre la dextérité de ses doigts. Ce soliste d’un orchestre parisien n'a plus qu'une idée en tête, fabriquer un violoncelle.
Il récupère une caisse de munitions pour le corps de l’instrument, utilise du câblage téléphonique pour fabriquer des cordes et les crins de la queue du cheval d'un colonel pour constituer un archet.
S’il fait preuve d'autant d'inventivité pour pratiquer son art, comme bon nombre de ses camarades, c'est aussi parce que la musique est un moyen pour les poilus d'échapper à l'environnement sonore violent et insidieux de cette guerre industrielle. En témoigne le grondement sourd et percutant à l'entrée du musée. Ce vacarme insupportable, partiellement reconstitué, a envahi pendant plus de quatre ans le quotidien des soldats sur le front.
L'exposition temporaire « Entendre la guerre » permet de découvrir les sons, musiques et voix, qui ont rythmé les années du conflit. Sans oublier le silence devenu symbole du deuil et de la mort. Il n'existe aucun enregistrement sonore de la guerre de 14-18. Seul un témoignage visuel saisissant a été réalisé par un technicien américain lors de la signature de l'armistice. En un instant, le canon se tait et la courbe agitée devient subitement plate. L’image d’un silence, annonciateur, enfin, de vie et d'espoir.
 
→ Écouter l'émission la Marche du monde du 12/04/2014 "Entendre la guerre"
Le site de l'Historial de la Grande Guerre à Péronne

■ Des obus toujours meurtriers
Péronne, petite ville située à 150 kilomètres au nord de Paris, a été détruite quasiment totalement durant le conflit. L’histoire y est toujours très présente presque 100 ans plus tard - car la première bataille de la Somme, durant laquelle plus d’un million d’hommes sont morts (plus qu’à Verdun), a commencé le 1er juillet 1916, et non en 1914.
Fin août 1914, Péronne tombe aux mains des Allemands. Près de deux ans plus tard, ce sont les Français qui l’ont bombardée, la rasant à 80%. Et ce ne furent pas là les seuls dommages infligés à la ville. Des dommages que Daniel Therby, président de la société d’archéologie de Péronne, mesure notamment à la destruction du château : « Le château avait des toits en poivrière, donc des toits pointus jusqu’en 1916. Et avec le bombardement puis, en plus, l’attaque des Australiens en septembre 1918, les toits ont subi quelques dégâts, mais également les tours se sont effondrées », raconte-t-il.
25 à 27 tonnes de vestiges retrouvés dans les champs chaque année
Depuis, le château a été reconstruit, mais a quelque peu changé de physionomie. Ses tours ne sont plus pointues, mais plates. Mais si la ville n’est plus tout à fait celle de 1914, c’est surtout dans les champs que les traces de la guerre sont nombreuses. « Les vestiges, c’est-à-dire les vestiges guerriers, tout ce qui peut y avoir comme obus éclatés ou non, casques, fils de fer, barbelés, fusils, et ainsi de suite, on en retrouve, en moyenne, dans le département de la Somme, 25 à 27 tonnes par an et il en resterait encore pour cinq à sept siècles », assure Daniel Therby.
Des vestiges qui peuvent représenter aujourd’hui encore un danger. Certains de ses obus ont explosé lorsqu’ils ont été manipulés, se révélant meurtriers des dizaines d’années plus tard.

RFI

Mercredi 2 Juillet 2014 - 08:03



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