L’alternance et son feu



Depuis la survenue de l’alternance le 19 mars 2000, certains Sénégalais ont changé de fusil d’épaule dans la lutte pour plus de justice. Ils utilisent désormais le feu pour se faire entendre au prix de leur vie.
Une démarche inspirée, peut-être, par l’opposant d’alors, Me Abdoulaye Wade, qui ne craignait pas de se faire embrigader pour ses convictions démocratiques.
Le régime de socialiste dirigé par Abdou Diouf n’hésitait pas à l’envoyer en prison. Pourtant, il luttait pour une société plus juste comme il l’appliquerait quand il présiderait aux destinées du Sénégal.
Aujourd’hui, il est entouré. Bien entouré. Au point qu’il n’entend pas la clameur du peuple sénégalais qui l’a porté au Palais présidentiel situé à l’avenue feu, Léopold Sédar Senghor.
En «héritant » du Pouvoir, Me Abdoulaye Wade s’est dit très ouvert à la demande sociale (certains disent qu’il n’a pas été porté au pouvoir par le parti démocratique sénégalais mais plutôt par le parti de la demande sociale).
Mais, vraisemblablement, le Président de la république semble avoir porté son choix sur le parti démocratique sénégalais. Du moins sur certains du parti démocratique sénégalais (il y a beaucoup de frustrations de personnes qui soutiennent qu’elles n’ont pas été récompensées pour service rendu au parti). Ils l’entourent et l’empêchent de voir les souffrances de ceux qui n'ont d'autres solutions que de s’immoler par le feu.

N'ayant plus aucun recours, ces Sénégalais qui s'attendaient à mieux en élisant et en réélisant Me Wade se donnent la mort au feu. C'est le cas ce vendredi de Omar Bocoum qui a tenté de mettre fin à ses jours devant les grilles du palais présidentiel "pour dénoncer la situation affreuse que vivent les invalides et veuves de militaires.

Le cas du pauvre Omar Bocoum, cet ancien militaire, qui a du se sacrifier pour les intérêts supérieurs du pays, n'est, malheureusement, pas le premier sous l'ère du régime libéral.
L’on se souvient qu’avant Omar, qui, doit-on le dire, est en train de souffrir le calvaire à l’hôpital principal de Dakar après sa tentative. Il serait brûlé au 3e degré. Il y a eu le cas Kéba Diop venu de la Casamance. A Dakar, il a tenté le même geste, sur le même endroit, après avoir réclamé, en vain, de l’argent que le PDS, qui a loué sa maison pour en faire une permanence, lui devait. Loin d’être les seuls cas sous le régime issu du 19 mars 2000, il y a eu la dame Penda Kébé qui s’est mis le feu dans la capitale italienne lors d’un passage de Me Wade. Elle a, finalement, rendu l'âme des suites de ses brûlures.

Même si la Tunisie n’est pas le Sénégal, comme aiment le répéter les tenants du Pouvoir, il est temps de s’apercevoir que les événement qui ont conduit à chasser le Président Zine el-Abidine Ben Ali ont débuté par l’immolation au feu du jeune vendeur de fruits et légumes, Mohamed Bouazizi, 26 ans.
Le Président Abdoulaye Wade et ceux qui l’entourent (il dit souvent qu’il n’est pas au courant de telle ou telle chose après coup) doivent se rappeler que c'est le geste de désespoir du jeune Bouazzizi, qui a provoqué cette vague de contestation et de manifestations qui a abouti à ce que vous savez.

Ces Sénégalais qui se donnent la mort par le feu sont ceux qui vous ont porté au Pouvoir. Au lieu de leur servir de meilleures conditions de vie, c’est des autels qui leur sont indiqué. Et c’est là qu’ils s’immolent.






Charles Thialice SENGHOR

Samedi 19 Février 2011 - 04:01



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