L'arrestation de Karenzi Karake jette un froid entre Londres et Kigali

Les autorités rwandaises ont réagi avec colère après l'arrestation samedi 20 juin à Londres de leur chef des services de renseignements Emmanuel Karenzi Karake. Le militaire rwandais, âgé de 54 ans, a été interpellé en vertu d'un mandat d'arrêt espagnol pour des crimes de terrorisme concernant la mort ou la disparition de neuf Espagnols au Rwanda entre 1994 et 2000. Pour le moment, le gouvernement britannique reste des plus discrets sur une affaire qui jette un froid sur les bonnes relations entretenues jusque-là par les deux pays.



L'interpellation du général Karake embarrasse clairement le gouvernement britannique qui, pour l'instant, se retranche derrière des communiqués officiels laconiques. La porte-parole du Premier ministre David Cameron a rejeté la responsabilité de cette arrestation sur la police londonienne et précisé que ses agents étaient « dans l'obligation d'agir face à un mandat d'arrêt européen parfaitement valide». Néanmoins, du côté de Kigali, cette arrestation est vécue comme une trahison. Les autorités rwandaises disent ne toujours pas comprendre la décision britannique d'arrêter le général Karake samedi alors qu'il s'est régulièrement rendu par le passé à Londres sans être inquiété. Pourtant, samedi, la police londonienne a exécuté un mandat d'arrêt européen lancé en 2008 par l'Espagne.

 
Leur colère et incrédulité est d'autant plus grande que le Royaume-Uni a longtemps considéré le Rwanda de Paul Kagame comme l'un de ses plus proches alliés. Londres est d'ailleurs l'un des plus gros donateurs de Kigali avec quelque 100 millions d'euros d'aide par an. Une générosité qui, pour certains, devrait l'inciter à demander plus de comptes au président rwandais sur sa façon notamment de traiter ses opposants politiques, mais aussi les médias.

 
Une entente déjà dégradée
La relation a cependant connu des accrocs ces dernières années. En 2012, Londres s'est ouvertement ému du soutien du Rwanda aux rebelles du M23 en RDC. En 2014, au moment de la vague d'assassinats et d'arrestations d'opposants politiques, s'alignant sur la position de Washington, Londres se dit « très préoccupé par l'évolution de la situation des droits de l'homme au Rwanda ». En octobre dernier, la BBC a diffusé un documentaire très critique envers Paul Kagame et le FPR. Le documentaire provoque un tollé chez les autorités rwandaises qui accusent la BBC de négation du génocide. En guise de représailles, fin mai, Kigali a décidé de la suspension définitive de la diffusion des émissions de la BBC en kinyarwanda. « Le lobby pro-Kagame s'est sensiblement effrité en Angleterre », analyse un chercheur spécialiste du Rwanda qui relativise cependant le changement : les relais pro-Kagame sont toujours actifs à Londres. Certains jugeaient lundi cet acte d'arrestation tout à fait regrettable.
 

Emmanuel Karenzi Karake doit comparaître à nouveau jeudi pour fixer une date d'audience d'extradition. Un juge devra alors décider de l’extrader ou pas en Espagne. Une procédure qui ne devrait pas prendre plus de trois mois. La question est donc maintenant de savoir si Londres va exécuter jusqu'au bout le mandat d'arrêt. On se souvient que sur un tout autre dossier, Londres avait refusé l'extradition du Chilien Augusto Pinochet, demandée là encore par Madrid.

 
Que reproche-t-on à Emmanuel Karenzi Karake ?
Emmanuel Karenzi Karake a été arrêté en vertu d’un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne. La justice espagnole enquête en effet depuis 2008 sur la disparition ou la mort de neuf de ses ressortissants au Rwanda. Des faits qui se sont produits entre avril 1994 et juin 2000. Les investigations ont notamment porté sur l'assassinat en janvier 1997 de trois travailleurs humanitaires de Médecins du Monde. Les autorités judiciaires d'Espagne avaient émis un acte d'accusation visant 40 responsables rwandais, dont Emmanuel Karenzi Karake. Selon l'avocat de parties plaignantes, cinq charges pèsent contre le général. Il est accusé de génocide, de crime contre l'humanité, de terrorisme et d'engagement dans une organisation terroriste.
 

Le général Karake, qui était un des chefs militaires du FPR, le Front patriotique rwandais, aurait eu connaissance et approuvé le massacre de civils au milieu des années 1990 dans les villes de Ruhengeri, Gisenyi et Cyangugu. Parmi les victimes figureraient les trois travailleurs humanitaires espagnols.

Rfi.fr

Mardi 23 Juin 2015 - 22:21



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