L’image de l’Italie blessée par le «Rubygate»

Les preuves seraient accablantes pour Silvio Berlusconi. C’est ce que soutient le parquet de Milan qui a ouvert une enquête contre le chef du gouvernement pour « incitation à la prostitution de mineure et abus de fonction ». Une commission parlementaire doit se prononcer, ce mercredi, sur la demande d’autorisation à procéder à des perquisitions dans le bureau du comptable personnel du Cavaliere. L’affaire, cette fois-ci, trouble particulièrement le pays.



Karina El Mahroug, alias Ruby, dans une discothèque de Milan, le 14 novembre 2010.
Karina El Mahroug, alias Ruby, dans une discothèque de Milan, le 14 novembre 2010.
Encore une affaire de frasques sexuelles qui tombera dans les oubliettes. Comme, par exemple, l’affaire Noemi, du prénom de la jeune Napolitaine qui a eu « la surprise » de voir arriver le chef du gouvernement, « Papi !», dans un restaurant de la périphérie de Naples où elle fêtait, en compagnie de sa famille, ses 18 ans, le 26 avril 2009 ?

Non, cette fois-ci les scandales de mœurs qui rythment la vie du président du Conseil, celle des médias et par ricochet, celle des Italiens, depuis plus de deux ans, ont pris un tournant qui risque d’être fatal à sa carrière politique. Une longue carrière puisque Silvio Berlusconi, 74 ans, l’a entamée en 1994 avec son mouvement « Forza Italia », transformé, au fil des ans, en parti du « Peuple de la Liberté ».

A la lecture du dossier contenant la requête du parquet de Milan - autorisation à procéder à la perquisition du bureau du comptable de confiance de Silvio Berlusconi - adressée au Parlement, dans le cadre de l’enquête « Rubygate » qui le vise pour incitation à la prostitution de mineure et abus de fonction, les juges disposent d’éléments « suffisamment solides » pour prouver que le chef du gouvernement rémunérait les prestations de jeunes prostituées. Pour prouver, aussi ,qu’il mettait à disposition de certaines d’entre elles des appartements situés dans l’une des résidences de la ville satellite, Milano Due. Quartier chic que l’ancien entrepreneur-promoteur immobilier fit construire entre la fin des années 1960 et le début des années 1970. C’est d’ailleurs par la création pour Milano Due d’une télévision par câble, au début des années 1980, que débuta son aventure dans l’audiovisuel.

Au moins 5 000 euros par prestation

Selon le document du parquet de Milan, « un nombre significatif de jeunes femmes se sont prostituées avec Silvio Berlusconi en échange du versement de sommes d’argent ». Et c’est dans ses bureaux que le comptable du Cavaliere, Giuseppe Spinelli, distribuait à de jeunes prostituées des enveloppes (au moins 5 000 euros par prestation).

Grâce à l’audition de témoins et d’écoutes téléphoniques, les magistrats estiment également être en mesure de prouver que le chef du gouvernement à eu des relations intimes avec au moins une mineure, la fameuse Marocaine, Karina El Mahroug, alias Ruby (majeure depuis le 2 novembre). Elle a fréquenté la Villa d’Arcore (Milan) entre février et mai 2010, selon les traces laissées par ses téléphones portables. Ruby participait assidûment aux soirées dites « Bunga Bunga », qui commençaient par un dîner avec des lolitas, se poursuivaient par des danses érotiques et s’achevaient par la sélection de la plus excitante pour qu’elle passe la nuit avec Silvio Berlusconi.

La presse italienne donne des détails sordides : « Certaines fêtes avaient lieu en présence d’une vingtaine de jeunes femmes aux seins nus, en slip, à moitié saoules, toutes appelant Silvio Berlusconi ' chéri, trésor '… Lui les embrassait, les caressait ».

« Je te couvrirai d’or, l’important c’est que tu caches tout »

Selon plusieurs quotidiens, Ruby aurait réclamé au président du Conseil « cinq millions d’euros en échange de son silence sur ses relations avec des donzelles de moins de 18 ans ». Officiellement, tous les deux nient avoir eu des rapports sexuels. En revanche, raison pour laquelle le chef du gouvernement doit répondre d’abus de fonction, il est établi qu’il a téléphoné aux policiers qui avaient interpellé, fin mai, Ruby pour une affaire de vol et qu’il a demandé sa libération en la faisant passer pour la nièce du président égyptien Hosni Moubarak. Selon ses affirmations, ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a appris qu’elle était mineure. Mais dans une conversation téléphonique - sous écoute - Ruby, en discutant avec sa mère (38 ans) qui vit en Sicile, aurait dit « Il m’a appelée en me disant ' Je te couvrirai d’or, l’important c’est que tu caches tout ' ».

« Des juges me persécutent pour m’éliminer politiquement »

Pour l’heure Silvio Berlusconi s’en tient à une défense via des messages vidéo, avec sa thèse habituelle : « Des juges me persécutent pour m’éliminer politiquement ». Dans un des messages, il affirme avoir une relation stable depuis deux ans avec une femme, dont il n’a pas révélé le nom, soutient qu’il aime être avec des jeunes mais qu’il trouverait « indigne de devoir payer une femme pour des relations sexuelles ».

Son équipe d’avocats étudie tous les recours possible pour lui éviter les tribunaux et il peut encore compter sur la solidarité de quelques ministres, dont le chef de la diplomatie, Franco Frattini, pour qui « les magistrats cherchent à se substituer au choix démocratique des électeurs et des gouvernements », et le ministre de l’Economie Giulio Tremonti, qui affirme : «Je fais partie et ferai encore partie de ce gouvernement. Pour moi, c’est un honneur ».

« Qu’il se retire dans sa vie privée »

Mais, pour une fois unie, l’opposition réclame sa démission. « Qu’il se retire dans sa vie privée », a lancé indigné par le chef du Parti démocrate, Pier Luigi Bersani. Le porte-parole du parti centriste, Identité des Valeurs, Leoluca Orlando, s’est montré encore plus virulent : « Même le grand poète Dante, lorsqu’il dépeignait l’enfer, n’allait pas aussi loin ! ».

L’influente Conférence épiscopale italienne a aussi pris une position très claire par l’intermédiaire de son quotidien Avvenire : « La seule idée d’un homme au sommet des institutions de l’Etat impliqué dans des affaires de prostitution, pire de prostitution de mineure, représente un bouleversement dévastateur ». Comme le souligne le philosophe Massimo Cacciari, « le problème numéro un concerne la dignité de la charge publique que revêt Silvio Berlusconi ». Pour ce professeur, « une révolte des consciences collectives serait nécessaire afin d’affronter les problèmes urgents de l’Italie qui affiche une dette publique de 1 800 milliards d’euros et dont la croissance du PIB est classée par le FMI au 179e rang sur 180 pays ». Et de conclure, après avoir rappelé qu’un jeune demandeur d’emploi sur trois (15-24 ans) est sans emploi et sans aide de l’Etat : « L’Italie est un pays fatigué, démotivé ».

Par RFI

Mardi 18 Janvier 2011 - 21:04



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