L'inévitable scission au sein du PDS - la légitimité de Wade décriée, reniée par des ténors frondeurs

Doit-on s’attendre à la naissance dans les jours qui viennent des flancs du Parti démocratique sénégalais (Pds)/des Wade, d’un Pds/restauration ou rénovation ou bis (Pds/r/bis) ? Déjà un groupe réuni autour du président de Sénat, Pape Diop, s’est formé et mène la fronde ouverte contre les dernières décisions du « frère » Secrétaire général national, Abdoulaye Wade, président sortant, battu le 25 mars dernier, de mandater Omar Sarr de Dagana. Ce groupe comprenant entre autres membres, le président de l’Assemblée nationale, Mamadou Seck, celui du Conseil économique et social, Ousmane Masseck Ndiaye, l’ex-ministre d’Etat, ministre des Mines, Abdoulaye Baldé, maire de Ziguinchor et plusieurs autres personnalités libérales et leurs militants s’oppose aux Wade et entend aller aux législatives sur ses propres couleurs et/ou avec celui ou ceux qui voudraient faire listes communes avec lui.



L'inévitable scission au sein du PDS - la légitimité de Wade décriée, reniée par des ténors frondeurs
Autre temps, autre mœurs assurément. Les Wade ne sont plus les tous puissants maîtres du destin et des destinées dont les moindres désirs aussi bien dans le parti, qu’au niveau de l’Etat, s’appelaient à satisfaire sur l’heure « sans hésitation ni murmure ». La preuve : le vieux est contesté jusque dans ses appartements privés depuis le 25 mars dernier, raillent des esprits taquins.

Sa décision en tout cas de mandater, Omar Sarr le maire de Dagana, qui « gagne depuis toujours dans sa localité », tête de liste pour les élections législatives de juillet prochain, a soulevé l’ire de plusieurs ténors du parti, parmi lesquels, le placide Pape Diop, président du Sénat, encore dauphin constitutionnel, son collègue de l’Assemblée nationale, Mamadou Seck et le président du Conseil économique et social, Ousmane Masseck Ndiaye pour ne citer que ceux-là.

Celle d’installation d’une commission restreinte d’investiture sous la direction du même Omar Sarr comprenant entre autres membres, Mamour Cissé,-dont on se pose la question de savoir s’il est devenu purement et simplement un membre du Pds? Et si oui, qu’a-t-il fait de son Psd/Jantbi ?-, l’ancien ministre de la Santé, Modou Diagne Fada et celui de la Décentralisation, Alioune Sow, le « théoricien » d’une élection avec seulement le ? des inscrits, pardon des votants, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. D’autant plus que de sources proches des libéraux défaits, on apprend également que cette commission d’investiture a été étoffée par Bara Gaye, le responsable de l’Union des jeunesses travaillistes (Ujtl) et par aussi…

Bachir Diawara, proche parmi les proches de Karim Wade, tandis que le responsable à la propagande et Monsieur élection adjoint du parti, Farba Senghor en a été écarté curieusement par le «patron», Abdoulaye Wade. Il se susurre qu’on ne lui aurait pas en haut lieu pardonné de s’être rapproché à titre privé de certains membres de Fédérations du parti sur la question des investitures. Que leur a-t-il proposé sans l’aval de ses frères ? A-t-il cherché à « monnayer » leur inscription sur les listes ? Mystère. Tout ce que l’on apprend est que le « frère » Farba Senghor a été prié par Wade de vider les lieux de la commission. Mais, l’homme sait toujours revenir à la maison du maître…

Et naquit le groupe de Pape Diop

Qu’à cela ne tienne. Pour les caciques du parti, restés sur le pont Pds jusqu’au naufrage du 25 mars dernier, cette « Waderie » de dernière minute est de trop. Elle ne saurait être acceptée, ni avalisée. Casus-belli, surtout quand Wade sans sourciller déclare à chacun de ses hauts responsables reçu individuellement dans son nouveau palais gracieusement mis à disposition par son ex-plénipotentiaire, Madické Niang que leur défaite, en fait sa propre défaite à la présidentielle, dans leurs localités respectives, les disqualifiait d’office d’être sur la liste nationale à des positions d’éligibilité encore moins de la diriger au risque de plomber les chances du parti, « alors que le Pds doit conserver sa majorité, sinon la renforcer à l’Assemblée nationale ! » Ahurissant, voire surréaliste ont trouvé ses interlocuteurs qui n’en revenaient pas devant tant de mauvaise foi. « Il nous a parlé comme si le 25 mars n’a jamais existé. Pour peu, il nous taxait de traîtres qui avaient tout fait pour qu’il perde la présidentielle », content certains d’entre eux.

En usant jusqu’à la corde de la tactique du diviser pour régner cependant, il a amené ceux qui se regardaient en chien de faïence dans le parti jusqu’ici, notamment Pape Diop, Ousmane Masseck et Mamadou Seck à se parler, à échanger sur leurs audiences respectives. Ils se sont élevés à l’unanimité contre la décision de confier à leur « frère » Omar Sarr,- « même si nous n’avons rien contre lui, mais il faut reconnaître que Dagana, c’est électoralement Diaksaw et Tivaouane Peulh simplement, même pas le département de Pikine qui égale toute la région de Saint-Louis », soulignent-ils,- et à des proches de la Génération du concret (Gc) de son fils, les investitures sur les listes pour les législatives prochaines.

Battant en brèche l’argument des Wade d’investir des hommes moins marqués, voire neufs sur la liste nationale et en leur priant eux, d’aller se battre sur les listes départementales, ils ont pris la ferme résolution de s’opposer à ce qu’ils considèrent comme une « Opa » sur le parti au profit de… son fils. Ils ont décidé de faire cause commune. Ainsi naquit le groupe de Pape Diop. «Si les listes étaient déposées comme prévu le 7 avril, nous allions être mis devant le fait accompli. Les listes avaient été confectionnées par des proches de Karim Wade, sans associer les «historiques» du Pds », justifie Moussa Sy, le proche lui de Pape Diop, maire de la Commune d’Arrondissement des Parcelles Assainies. Il intervenait dans l’émission «Yoon Wi» sur la Radio futurs médias (Rfm) récemment.

N’eut-été « l’arrangement » avec le nouveau pouvoir qui a déposé ou devra déposé incessamment un projet de loi différant le scrutin des élections législatives précédemment prévu le 17 juin prochain, le groupe de Pape Diop aurait déjà tenu informer publiquement l’opinion de sa décision de faire bande à part. Une déclaration simplement différée, assure-t-on de sources proches du groupe.

On trouve déjà dans ce groupe appelé à se massifier rapidement, avancent certains de ses initiateurs, outre les trois responsables d’institutions de la République que sont Pape Diop, Mamadou Seck et Ousmane Massek Ndiaye, le maire de Ziguinchor, Abdoulaye Baldé qui a annoncé son départ du parti au lendemain de la défaite, son jeune collègue des Parcelles Assainies, Moussa Sy, l’ex-maire de la Commune d’Arrondissement du Plateau, le fidèle Fadel Gaye… Un groupe à qui tend la main également l’ex-ministre d’Etat auprès du président Wade, Abdou Fall qui a rompu avant la présidentielle les amarres et entend voguer avec ses « nawlé » (les égaux) pour aller à l’assaut du Parlement au mois de juillet prochain.

Un Pds bis ou rénové

Tout ce beau monde qui n’entend nullement revenir en arrière. « Ce qui serait pire pour nous qu’il ne l’a été pour Idrissa Seck », s’apprête à mettre sur pied un cadre nouveau susceptible de porter son ambition de briguer le suffrage des Sénégalais, mais surtout « de consolider le caractère pluriel de l’Assemblée nationale. Nous allons travailler sur une offre de législature qui vise à renforcer le Parlement sur l’échiquier institutionnel et politique en renforçant son rôle de creuset du dialogue politique qui a tant fait défaut ces derniers temps », confie le député libéral de Rufisque Seydou Diouf. Le groupe de Pape Diop va-t-il comme un certain Serigne Diop, il y a près de 30 ans, mettre sur pied un Pds/restauré ou rénové (Pds/r) ou simplement un Pds/bis pour conserver le sigle ?

Le groupe se réjouit cependant du comportement électoral sénégalais qui, selon certains de ses membres, a fini de consacrer la pensée libérale avec cette présidentielle d’où est sorti vainqueur un « des leurs ». Clin d’œil ou envie de se bercer d’illusion de n’avoir pas totalement perdu le pouvoir? Toujours est-il que le groupe de Pape Diop ira sur ses propres couleurs aux législatives. Il était une fois les Wade.
Madior Fall (Sud quotidien)


Lundi 16 Avril 2012 - 08:46



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