La BAD à Abidjan : Une réunion annuelle de sortie de crise

La Banque africaine de développement (BAD), qui tient ses assises annuelles à Abidjan du 24 au 30 mai, a axé ses débats sur les moyens pour l'Afrique de sortir de la crise financière et économique mondiale.



L'hôtel Ivoire, à Abidjan, où se tiennent les assises annuelles de la Banque africaine de développement (BAD)
L'hôtel Ivoire, à Abidjan, où se tiennent les assises annuelles de la Banque africaine de développement (BAD)
L'élection du président du Groupe de la Banque, l'approbation de la 6e augmentation générale du capital, la 12e reconstitution du Fonds africain de développement (FAD), telles sont les priorités sur l’ordre du jour des rencontres. En plus des séminaires et symposiums de haut niveau sur les grandes questions de l’échiquier africain et mondial, les gouverneurs devraient également approuver la création de deux nouveaux groupes électoraux, portant le nombre des bureaux d’administrateurs de 18 à 20.

Un comité des gouverneurs, représentant les actionnaires de la BAD, s'est réuni le 23 avril 2010 à Washington DC, et a approuvé le triplement des ressources en capital de la Banque, à près de 100 milliards de dollars.

Les Ivoiriens espèrent toujours le retour de la Banque à Abidjan

Les représentants de la société civile et des organisations non gouvernementales participent aux réunions et sessions aux côtés des dirigeants africains dont le président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui devait présider la séance officielle d'ouverture le 27 mai et qui avait tenu à rassurer tout le monde avant la réunion quant au retour au calme à Abidjan qui était le siège de la BAD avant l'éclatement des troubles en Côte d'Ivoire et son transfert « provisoire » en Tunisie.

Les Ivoiriens espèrent d’ailleurs toujours le retour de la Banque chez eux, comme l’a dit le ministre d’Etat, ministre du Plan et du Développement ivoirien, Paul-Antoine Bohoun Bouabré dans une interview à Notre Voie : « J’attends avec patience mais aussi avec confiance les assemblées d’Abidjan pour que les gouverneurs [de la BAD] évaluent encore une fois la situation en Côte d’Ivoire et prennent une décision qui je l’espère sera différente de celle qui a été prise jusqu’à ce jour (de maintenir le siège à Tunis, ndrl) ».

La crise mondiale a réduit le potentiel de croissance

Les Perspectives économiques africaines (PEA) qui ont cette année comme thème principal « la mobilisation des ressources publiques et l'aide », soulignent que la crise économique mondiale a stoppé la période de forte croissance économique en Afrique, réduisant la croissance du PIB du continent d'une moyenne d'environ 6 % en 2006-2008 à 2,5 % en 2009. L'étude est préparée conjointement par la BAD, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA).

« Du fait de la perspective d'une reprise tout juste modérée dans un certain nombre de pays africains, il est encore plus urgent de s'attaquer aux problèmes structurels qui existaient avant même la crise mondiale, et qui ont réduit le potentiel de croissance et entraîné des niveaux élevés de pauvreté », souligne Léonce Ndikumana, directeur du département de la Recherche à la BAD. Le rapport note que compte tenu du rythme de la croissance démographique, la croissance du PIB par habitant est devenue presque nulle. La croissance moyenne devrait rebondir à 4,5 % en 2010 et 5,2 % en 2011.

« La bonne nouvelle, c’est que le continent a fait preuve de résilience face à la crise. La mauvaise nouvelle, c’est que, malgré la relance de la croissance prévue, le ralentissement pourrait rendre plus difficile pour certains pays africains l’atteinte des Objectifs de développement pour le millénaire (ODM) visant à réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans la pauvreté d'ici 2015 », affirme Henri-Bernard Solignac-Lecomte, chef du Bureau Europe, Afrique et Moyen-Orient au Centre de développement de l'OCDE.

Des politiques macro-économiques saines avant récession


Le rapport met également en évidence l’inégalité de la reprise à travers le continent : l'Afrique australe, qui a été plus durement touchée en 2009, devrait se relever plus lentement que les autres régions, avec une croissance moyenne de près de 4 % en 2010-2011. L’Afrique de l'Est, qui a le mieux résisté à la crise mondiale, devrait à nouveau atteindre la plus forte croissance, avec plus de 6 % en moyenne en 2010-2011, alors que l’Afrique du Nord et l’Afrique de l'Ouest devraient toutes les deux connaître une croissance d'environ 5 %, et l'Afrique centrale 4 % au cours de la même période. Une tendance semblable prévaut dans tous les secteurs.

Le rapport indique que l'Afrique s'est avérée être plus résistante à la crise mondiale que certains observateurs le craignaient, imputant cela aux politiques macro-économiques saines en place avant la récession, qui se sont traduites par une amélioration des fondamentaux de l’économie dans de nombreux pays africains. Combiné avec des flux d'aide soutenus, les allégements antérieurs de la dette et les prêts du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, ce facteur a permis d’adopter des politiques « contre-cycliques » qui, à leur tour, ont atténué l'impact de la crise. Toutefois, les défis aux politiques demeurent.

Pour un élargissement de l'assiette fiscale

L’édition 2010 comporte une étude spéciale sur la mobilisation des ressources publiques et la fiscalité, un moyen pour les gouvernements africains de devenir moins dépendants de l'aide sur le long terme, à l’avantage des bénéficiaires et des donateurs. Le rapport explique que les stratégies pour une plus grande efficacité, une meilleure efficience, et davantage d’équité face aux impôts en Afrique reposent sur l'élargissement de l'assiette fiscale existante. Les options politiques comprennent la répression de la fraude fiscale, la suppression des avantages fiscaux, en particulier pour les grandes entreprises et les grands commerçants, la lutte contre les techniques de manipulations des prix par les multinationales et une imposition plus juste et plus transparente des industries extractives.

L’avenir des progrès de l'Afrique dépendra de la bonne gouvernance politique et économique, indique aussi le rapport, de l'amélioration des infrastructures, du commerce intra-régional, de la réduction des inégalités et de la pauvreté, ainsi que l'amélioration de la mobilisation des ressources publiques.

Les conclusions de l'édition 2010 des Perspectives économiques africaines feront l’objet d’un débat par les ministres africains et les dirigeants des entreprises qui investissent dans la région, dans le cadre du 10e Forum économique international sur l'Afrique, prévu le 11 juin au ministère français de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi. En 2009, les approbations de projets et programmes de la Banque ont plus que doublé, pour atteindre 12 milliards de dollars, comparativement au niveau de 5,4 milliards de dollars de 2008. Les infrastructures comptent pour la moitié de toutes les approbations de l'année.

En 2010, les travaux des gouverneurs sont précédés, à partir du 24 mai, par les délibérations de la Coalition pour le développement de l'Afrique (CoDA). Lancée en mars 2009, la CoDA, initiative conjointe de la BAD, la Commission de l'Union africaine et la Commission économique pour l'Afrique, est le forum qui a succédé à la Coalition mondiale pour l'Afrique, à la « Grande Table » de l'OCDE et au Forum africain du développement. Elle est présidée par l'ancien président du Botswana, Festus Moghae, et a pour membres Jean Ping, président de la Commission de l'Union africaine (UA), Mo Ibrahim, président de la Fondation Mo Ibrahim, Cheikh Diarra, président de Microsoft Afrique, et Donald Kaberuka, président de la BAD.

Assemblées de la BAD : Un ordre du jour chargé

Plusieurs thèmes économiques et financiers figurent sur l’agenda de la conférence de la BAD à Abidjan : « La reprise en Afrique : vers une croissance équilibrée et propre », qui porte sur le changement climatique et le financement du développement, le rééquilibrage du rôle de l'Etat et du marché (public/privé) et les conséquences pour l'agriculture et la sécurité alimentaire en Afrique du changement climatique. Les Africains veulent aussi tirer les leçons des progrès des pays émergents et « Convertir en résultats les ressources et les revenus de l’Afrique ».
La réunion verra le lancement du portail électronique « Mettre la finance au service de l’Afrique », la diffusion des Perspectives économiques africaines pour 2010 et l’organisation d’un atelier sur l’initiative des Marchés de capitaux en Afrique et de l’efficacité du groupe de la Banque en matière de développement.
La situation des femmes dans les Etats fragiles et le renforcement du Mécanisme de financement des engrais en Afrique (AFFM) pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté sont aussi au menu tout comme le problème des migrations et les transferts de fonds, les pôles de compétitivité et les micro-entreprises en Afrique ainsi que les problèmes de la dette. L’ordre du jour comporte également la remise d’un prix du Meilleur dirigeant africain d’entreprise.

Rfi

Jeudi 27 Mai 2010 - 11:56



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