La France célèbre la 5e Journée nationale des mémoires de la traite de l'esclavage

Dans un message lu par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, le président français, a exprimé ce 10 mai 2010, à l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions la détermination du pays à « combattre sans faiblir l’esclavage moderne ». Cette journée, à l’initiative de Christine Taubira, députée de Guyane, honore la mémoire de ces millions d'hommes, de femmes et d'enfants déportés d'Afrique vers les Caraïbes et les Amériques.



Deux hommes posent devant la sculpture créée par le Français Driss Sans-Arcidet, à la mémoire du Général Dumas, premier général noir dans l’histoire française, à Paris le 10 mai 2009.
Deux hommes posent devant la sculpture créée par le Français Driss Sans-Arcidet, à la mémoire du Général Dumas, premier général noir dans l’histoire française, à Paris le 10 mai 2009.
La France a organisé la traite négrière et l'esclavage, c'est un fait. En 2001, la loi Taubira a permis d'aller plus loin en donnant un nom et un statut à cette période. Pour la députée Christiane Taubira, c'est une avancée pour le travail de mémoire : « De toute façon, cette histoire me dépasse. Et je veux dire que je ne me mets pas au centre de tout cela. Ce qui est important, c’est de voir comment les choses évoluent et comment, l'appropriation collective de cette histoire, de ce courage politique et moral, qui a consisté à nommer le crime et à lui donner un statut, ce qui est important c’est de voir comment les citoyens en font quelque chose ».

Le 10 Mai est une date historique encore peu connue du grand public comme l'explique Françoise Vergès, historienne : « La journée elle-même, je ne dirais pas qu’ils [les Français] y sont très sensibles. Je dirais qu’il y a eu des progrès sur la connaissance de ce fait qui est l’esclavage. Parce que quand même, pendant longtemps, c’était un événement qui a été un peu marginalisé. Alors là, il y a des colloques, il y a des ouvrages, il y a eu des documentaires… quelque chose s'est quand même passé. On voit l’effet de la loi Taubira de 2001, on le voit vraiment… ».

Françoise Vergès qui pilote le Comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage reconnaît que le travail de mémoire est long et difficile : « Dans le domaine de l’éducation il y a d’une part l’enseignement à l’école, où il faut multiplier les outils éducatifs, parce que ce que demandent beaucoup les enseignants c’est : j’enseigne ça avec quoi ? Comment enseigner l’esclavage ? Et moi, je parle aussi de l’éducation au plus large. Parce que pour moi, l'objectif c’est que tous les Français soient conscients que cette histoire c’est leur histoire ».

A cette occasion le CRAN, le Conseil représentatif des associations noires, avait exprimé son souhait que le chef de l'Etat fasse un geste symbolique fort par sa simple présence : « Je le dis très clairement. Une absence du président de la République Nicolas Sarkozy serait cette année encore tout à fait discriminatoire. Ce serait une faute politique et une faute morale ».

En marge, l’association des étudiants de Sciences-Po pour l'Afrique, présidée par Hervé Lado qui s'associe pour la toute première fois à cette journée : « Pour nous, à Sciences-Po, il était important de marquer le coup. Et en particulier cette année. Le Sénégal devient le premier pays africain à reconnaître l’esclavage le 21 mars comme crime contre l’humanité. Pourquoi l’Afrique s’y joint aujourd’hui ? Est-ce que ce n’est pas tard ? Et qu’est-ce que cela révèle pour l’avenir ? On va se poser ces questions, dans le cadre d’un forum en faveur de la mémoire et de l’histoire de l’esclavage ».

Au moment où l'on célèbre la cinquième Journée des mémoires de la traite et de l'esclavage dans le jardin du Luxembourg, des projets n'ont toujours pas vu le jour à savoir notamment la construction d'un musée national de l'esclavage.

Rfi

Lundi 10 Mai 2010 - 12:42



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