La Zakat ou Mouroum Koor: les Sénégalais respectent-ils cette obligation ? Un Imam les éclaire

La fête de la rupture du jeûne qui marque la fin du mois béni de ramadan, sera probablement célébrée demain. Une occasion pour les ménages de sortir la zakat ou Mouroum koor, en direction des plus démunis. Mais si cette recommandation du Prophète (PSL), reste négligeable pour certains sénégalais, pour d’autres, c’est le manque de moyens qui fait défaut.



Quatrième pilier de l’Islam, la zakat ou Mouroum Koor, est un acte que tout musulman ayant  les moyens, doit sacrifier, avant la célébration de l’Aïd el-fitr. C'est dans ce sillage que Pressafrik.com a tendu son micro à certains sénégalais pour recueillir leurs avis.

 Qu’est-ce que la zakat ou le Mouroum Koor ?
La fête de l’aïd al-fitr, doit être célébrer par tout le monde, riches comme pauvres. Et, c’est en ce moment que le Mouroum Koor est initié. Selon l’Imam de la mosquée de liberté 5, «le Mouroum Koor est un acte, pour le musulman jeûneur de se purifier des péchés et des abus passés. Mais ses vertus ne s’arrêtant pas là, c’est aussi une aide, un soutien, un acte de solidarité à l’égard des pauvres afin qu’ils puissent, eux aussi, célébrer l’Aïd el-fitre, sans tendre la main».

Moustapha Guèye d'ajouter: «C’est une obligation pour toute personne qui a de quoi manger et qui possède un surplus de nourriture à titre personnelle. C’est-à-dire, dans une famille de six (6) personnes, chacun doit obligatoirement sortir le Mouroum Koor, même les enfants qui sont sous la responsabilité de leur père».  

Que peut-on donner comme Mouroum Koor ?
A cette occasion, les denrées alimentaires comme le riz, le mil ou le maïs peuvent être utilisés comme Mouroum Koor. Mais d’après l’Imam Guèye, cela ne doit pas seulement suffire, car ne  permettant pas de fêter la Korité comme à l’accoutumée (Poulet, oignon, pain, pomme de terre etc). Donc à la place des denrées alimentaires, la zakat peut être sous forme pécuniaire (avec de l’argent), selon certains savants.  Et de ce fait, la personne nécessiteuse pourra acheter tout ce dont elle a besoin pour la fête».

Mais précise l’imam, «le Mouroum Koor doit être donné avant la prière de l’Aïd El-Fitr. Le mieux est de le donner le jour même, à l’aube de préférence, comme l’a recommandé le Prophète (Psl), jusqu’avant l’accomplissement de la prière. Et, celui qui le donnera après la prière, il ne sera plus appelé Mouroum Koor mais plutôt l’aumône».

Est-ce-que vous donnez le Mouroum Koor ?
Trouvé à l’arrêt bus, vers le rond point liberté 6, chapelet à la main, Cheikh Guèye dit respecter ce que Dieu lui demande de faire. « Je donne le Mouroum Koor chaque année et je rends grâce à Dieu qui m’a donné les moyens pour le sacrifice obligatoire de la Zakat. D’habitude, je donne le Mouroum Koor pour moi, pour ma femme et pour mes 5 enfants», dit ce dernier. Avant d'indiquer : «Je préfère donner de l’argent, c’est un choix personnel. Parce que si vous donnez du riz ou du mil à une mère ou un père de famille, que pourra-t-il faire avec ça ? Je pense que pour les aider, il faut leur donner quelque chose avec quoi, ils pourront préparer la fête».

La trentaine, trouvée au garage sis à liberté 6, assise tranquillement dans un taxi, Noumbé Diop informe que malgré le fait qu'elle travaille, c’est son mari qui sort le Mouroum koor pour elle. «Je suis fonctionnaire certes mais je n’ai jamais donné le Mouroum Koor avec mon propre argent, c’est toujours mon mari qui prend cette responsabilité. Et, même si j’entends toujours dire que «tout travailleur, quel que soit son revenu, doit respecter ce pilier de l’Islam», ce n’est pas mon cas, car mon mari est trop exigent. D’après lui, comme je suis sous sa responsabilité, c’est lui qui doit le faire», précise la dame. 

Trouvé sur les allées du camp pénal, ce vieillard ne donne pas la zakat. Conscient que c’est une recommandation du Prophète (PSL) mais d’après lui, ce sont les moyens qui font défaut. «J’ai entre 55 et 60 ans, père de cinq (5) enfants, mais je ne peux pas sortir le Mouroum Koor car je suis pauvre et mes enfants sont encore des mineures», regrette-t-il. 

Poursuivant sur la même lancée, le vieux déplore la façon de procéder des sénégalais par rapport au Mouroum Koor. «Les Sénégalais ont l’habitude de donner du riz, du mil et parfois du maïs aux pauvres comme moi. Mais cela ne nous arrange pas car nos enfants veulent manger des poulets comme les autres alors que nous n’avions pas les moyens d’en acheter», assène-t-il.

«Nous ne sommes pas des habitants de Dakar et nous ne pouvons pas rentrer aux villages pour la fête mais  parfois nous pouvons rester sans manger le jour de la korité. Ici à Dakar les gens n’ont pas cette habitude de donner le Mouroum Koor aux pauvres ou encore de les nourrir», se plaint cette laveuse d'habits. 

Aminata Diouf

Mardi 5 Juillet 2016 - 12:08



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