La cacophonie autour d’un mot d’ordre: un crime lèse-syndical



La cacophonie autour d’un mot d’ordre: un crime lèse-syndical
La suspension du mot d’ordre, décidée par le Grand Cadre des Syndicats d’Enseignants, est salutaire pour l’ensemble de la communauté éducative. Elle permet de sauver notre école publique qui doit demeurer démocratique, inclusive et de qualité. Toutefois, la controverse qui entoure la décision dénote des manquements concernant l’opportunité et les modalités et pose la question centrale du niveau d’application des accords obtenus sur la base des termes du protocole signé en février 2014 et qui porte équivoque au point relatif à la validation. C’est la raison pour laquelle, je voudrais appeler mes camarades à faire preuve de réalisme, de lucidité et à avoir un esprit de dépassement afin de bien gérer ce quiproquo.


Ce fut le cas lorsque la coalition des syndicats d’enseignants (Cuse, Cusems, Saemss/Cusems) dans un élan patriotique et solidaire, acceptait de suspendre provisoirement son mot d’ordre à compter du mercredi 26 juin 2013 au lendemain d’une rencontre décisive avec le Ministre de l’Education nationale. Elle demandait à tous les enseignants et enseignantes de remettre toutes les notes d’évaluations et les informations administratives dans toutes les institutions scolaires et à participer aux examens de fin d’année.
 
 
Ainsi avions-nous pris cette résolution après d’interminables séances plénières, commissions et inter commissions bipartites  et de profonds débats sur la situation de l’école sénégalaise avant de valider à l’unanimité le projet de communiqué y relatif que j’ai eu l’honneur de présenter. Ce dénouement heureux venait de consacrer tant d’efforts consentis par nombre de personnalités dans le cadre de la pérennisation d’un dialogue social constructif pour asseoir la paix sociale dans l’espace scolaire. Egalement, il allait lever les inquiétudes légitimes des élèves et parents d’élèves et de tous les partenaires de l’école. 


Par-delà les luttes de positionnement, la dynamique unitaire instaurée, qui fortifie le mouvement syndical, se renforce assurément par le respect de la différence mais aussi principalement par la recherche d’un consensus fort reflétant la volonté largement exprimée, celle de la Majorité : la seule qui doit être portée. Toute démarche contraire et/ou confusion des rôles menacerait l’unité et la cohésion syndicales et, en conséquence, jetterait le discrédit sur la marche du Mouvement syndical. Je suis persuadé qu’il existe encore parmi les responsables syndicaux des personnalités dotées d’une expérience avérée et engagées au service exclusif de l’école et des enseignants.
 
 
La portée des acquis est fonction des objectifs fixés par le mouvement syndical. Sous ce rapport les avancés engrangés par rapport à la validation des années de volontariat, de vacation et de contractualisation, ainsi qu’à la solution visant à amoindrir les lenteurs administratives pourraient être un motif de satisfaction et justifieraient la levée du mot d’ordre depuis bien longtemps. Par contre, il faut reconnaître la persistance des désaccords sur les points à incidence financière notamment la hausse de l’indemnité de logement, tributaire de l’étude non encore réalisée sur le nouveau système de rémunération. 


Excepté la baisse de l’impôt sur les revenus dont l’effet s’amenuise, les enseignants n’ont pas vu leur solde évoluer substantiellement. Il est vrai que le Président de la République accorde, dans son programme de gouvernement, une place prépondérante à la justice sociale avec « une intense politique de protection sociale universelle ». Mais vouloir en bâtir inopportunément son argumentaire à la défaveur des personnels enseignants qui représentent près de 2/3 des agents de l'Etat semble illogique alors qu’à titre d’exemple, un ministre continue de gagner mensuellement dix fois plus que le salaire d’un enseignant.
 
 
Or, si l’on tient compte des charges familiales des 83. 000 agents du secteur de l’éducation et de la formation ainsi que la solidarité agissante qui demeure une valeur fondatrice de notre république, ils devraient bénéficier d'un traitement nettement favorable à la mesure du coût de la vie. Ce qui impacterait nécessairement sur l'économie nationale et, bien entendu, sur les conditions de vie des populations. Tout en exprimant mon soutien et ma solidarité entière aux collègues victimes de ponction sur leurs salaires, je partage le noble combat afin que les enseignants retrouvent la dignité et la considération qui devraient entourer leur fonction.


Le mouvement syndical enseignant a maintes fois subi ces préjudices à tel point que le rétablissement des salaires soit devenu  un préalable à la signature de tout protocole avec le Gouvernement. Or le contexte particulier a fait que l’accord a précédé les coupures, ce qui au fond explique le revirement légitime du coordonnateur face à la forte pression de la base. Ne fallait-il pas réunir d’urgence la plénière du cadre syndical, l’instance habilitée à délibérer sur ces sujets ? Est-il pour autant coupable de crime lèse-syndical ?  Pourquoi s’est-on empressé à suspendre le mot d’ordre en pleine rencontre avec le Premier Ministre ?


En tout état de cause, ma conviction reste que la garantie de la stabilité dans le secteur de l’éducation passe inévitablement par la prise en charge efficiente des préoccupations de l’Ecole et des personnels enseignants. Pour que les conclusions des Assises de l’Education et de la Formation ne soient pas vaines. Pour  des organes du dialogue social plus autonomes, crédibles et efficaces. Pour le respect du Pacte de stabilité. Vive le Mouvement syndical Crédible, Responsable, Autonome, Irréprochable et Engagé !  Vive les Enseignants CRAIE à l’esprit, qui prennent en main l’éducation des citoyens au sein d’une Ecole de la Communauté pacifiée et performante !
 

 Ndiaga SYLLA, Ancien Secrétaire général national de l’ADEPT. Ancien Membre du bureau du Comité national du Dialogue social/Secteur Education et Formation.
 


Lundi 4 Mai 2015 - 10:10



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter