La fièvre de la Tabaski monte à Dakar

« C’est le devoir de chaque père de famille » m’explique d’un ton grave, Souleymane, un Dakarois, qui a quitté pour quelques heures la capitale sénégalaise afin d’acheter le mouton de la tabaski (l’aïd el kébir est célébrée, cette année le 28 novembre au Sénégal).



La fièvre de la Tabaski monte à Dakar
« C’est la fête religieuse la plus importante de l’année pour nous les musulmans. Au Sénégal, on va manger 600 000 moutons pendant la tabaski » ajoute-t-il. Comme les Sénégalais sont à peine 11 millions et que 10 % d’entre eux sont chrétiens, cela fait beaucoup de moutons à se partager.

Souleymane a parcouru une belle distance afin d’accomplir son devoir. Il a fait près de 80 kilomètres dans le but de trouver un “beau mouton” à moindre prix, près de Thiès, grande ville au nord-est de Dakar. « J’ai payé 50 000 francs CFA (environ 80 euros). Ça m’aurait coûté près du double à Dakar. Là, j’ai pu m’offrir un très bon mouton en provenance de Mauritanie» Cela peut apparaître comme une dépense relativement faible. Une petite somme vue de France. Mais 50 000 francs CFA, cela représente tout de même près de la moitié du salaire d’un instituteur sénégalais.

Comme Souleymane est actuellement sans emploi, il a dû demander à des parents émigrés en France de lui « offrir » le mouton de la tabaski. Mais tous les Sénégalais, n’ont pas eu la chance de Souleymane, loin de là. Du coup, les vols de moutons se multiplient à l’approche de l’aïd el kébir. Dans un quartier populaire de Dakar, Aziz, un vieil homme “rentre” tous les soirs ses bêtes. Il les fait dormir dans la maison. « Si je les laisse dans l’enclos, situé au fond du jardin, c’est trop tentant pour les voleurs » m’explique-t-il, avec le sourire de l’homme d’expérience, qui a vécu bien des tabaski agitées.

A l’approche de la « fête des moutons », il faut aussi se méfier des forces de l’ordre. Les pandores sont sur les dents. « Les policiers sont beaucoup plus corrompus que d’habitude. Ils veulent de l’argent pour acheter leur mouton. Et ils ont tendance à racketter les automobilistes qui paraissent aisés» prévient Aminata, une commerçante qui limite les sorties en voiture à cette période de l’année.

Plus prudent encore, Moussa ne met presque plus les pieds hors de chez lui à l’approche de la « fête des moutons ». Il exerce une profession libérale et gagne très bien sa vie. Et ça se sait.. « Dès que je suis à mon bureau, les gens viennent me demander de l’argent pour acheter leur mouton. Je n’arrive pas à m’en sortir. Au Sénégal, cela ne se fait pas de dire non à des gens qui sont dans le besoin. Même si c’est une connaissance très lointaine. Je suis bien plus tranquille à la maison » explique Moussa, qui se fait pourtant une joie de fêter la tabaski… En famille.

Dans les rues de Dakar, les moutons sont partout. Ils mettent les enfants en joie. A leur passage, un adolescent se lèche déjà les babines : « Au Sénégal, explique-t-il très doctement, le meilleur ami de l’homme, c’est le mouton… En tout cas à cette période de l’année ! » ajoute-t-il dans un éclat de rire.


Pierre Cherruau

http://dakarparis.blog.lemonde.fr/

Mame Coumba Diop

Jeudi 26 Novembre 2009 - 01:01



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