La fin de la « politique » ?



La fin de la « politique » ?
Lors de l’élection présidentielle 2012, le nombre d’inscrits au fichier était de 5.302349. Le nombre de votants a été de 2.735136. Lors du premier tour, ont obtenu : Abdoulaye WADE 942327 soit 34,81% des suffrages exprimés et Macky Sall 719367 soit 26,59%. Les autres (qui prétendent incarner le « peuple des Assises nationales » sic) se sont partagés les restes…

Au second tour, le Président Macky Sall a remporté le scrutin avec 1.909.244 voix sur 2.901.800 soit 65% des voix exprimées. 
Où sont les suffrages non exprimés ? Où sont la majorité des sénégalais qui ne se donnent plus la peine (?) de se prononcer sur les choix d’avenir que leur proposent les hommes politiques ?

Si l’on considère que la population du Sénégal tourne autour de 15 millions d’habitants et que le nombre d’inscrits devrait s’établir autour de 6 millions pour refléter la réalité de ceux qui doivent se prononcer sur les choix majeurs de notre nation, il est temps de s’interroger sur la légitimité de la « Politique » telle que nous l’avons héritée de la colonisation.

Moins de deux millions de votants engagent 15 Millions de personnes ! On appelle cela la démocratie. On s’en gargarise, on se félicite de notre « modèle » (sic). On en oublie de s’interroger sur sa pertinence et … sa légitimité. 

A y regarder de plus près, l’on constate donc que la portion activiste qui anime l’espace politicien et s’en partage les prérogatives et avantages, est de plus en plus, minoritaire et déconnectée des réalités sociales de notre pays. Cette micro population, au prix d’alliances contre nature avec la presse, certaines individualités estampillées « société civile » et, hélas, certains chefs « religieux », participe d’une monstrueuse mise en scène qui est de plus en plus intenable. N’est ce pas de ce malaise que se nourrissent les extrémismes ? Il est temps de se poser les bonnes questions ! 

Poursuivons, au demeurant, cette arithmétique de l’état des lieux : la fonction publique sénégalaise emploie entre 70.000 et 75.000 fonctionnaires. Le secteur privé, dit formel, emploie moins de 300.000 personnes. Au total les secteurs, public et privé, emploient moins de 400.000 personnes. Ces secteurs s’arrogent pourtant la légitimité de l’activité économique qui produit l’essentiel des indicateurs à partir desquels notre richesse ou, plus souvent, notre « pauvreté » sont évalués. Le secteur dit informel, qui échappe à une formalisation et à une fiscalisation de ses revenus, occupe pourtant la majorité de la population et lui fournit les revenus nécessaires à sa survie. Des pans entiers de la réalité sociale et économique de notre pays échappent, pour l’essentiel, au contrôle et à l’impulsion de l’Etat dit moderne. 
Tout ceci pour dire que la « classe politique » qui tient alternativement les rênes de l’Etat doit à son tour être auditée ! Une étude de représentativité des partis politiques, à l’instar de celle qui concerne les syndicats, doit-être lancée. Pour en expurger les faussetés, les faussaires et les abus. Et pour assainir les mœurs politiques. Entre autres questions : Quel a été l’apport de la multiplication des partis politiques sur le mieux-être de nos populations depuis cinquante ans ? Quel doit-être la responsabilité des partis politiques quant à la formation civique et morale de leurs militants et au renforcement de la démocratie? Quel parti politique dispose d’une école de formation permanente de ses cadres et de structures d’information de ses membres ? Au bout de plusieurs candidatures à des élections présidentielles, législatives et municipales, qui pèse quoi ? Mais aussi, et entre parenthèses, que reste t-il de la « Gauche », de ses ambitions, de ses rêves, de ses promesses…Comment analyser les coalitions que nous portons au pouvoir et qui se défont au gré des intérêts personnels qui les cimentent sans l’avis des électeurs ? 

Plus généralement, il est vraiment temps de se demander si nous n’avons pas fait fausse route depuis les indépendances. En vérité, je n’entrevois pas le développement du Sénégal dans les cent prochaines années si nous continuons à fermer les yeux sur tous ces disfonctionnements majeurs. Convenons en une bonne fois pour toutes : nous ne sommes pas encore sur les rails du progrès. Nous ne sommes même pas les acteurs décisifs de notre destin, eu égard à notre état de dépendance totale vis à vis de l’aide extérieure et de l’investissement direct étranger. J’aimerais tellement que quelqu’un me démontre le contraire. Le cas échéant, il va falloir que l’on se dise un certain nombre de vérités pour repartir du bon pied.

Une chose est certaine : la « politique » telle qu’elle se fait sous nos tropiques depuis cinquante ans est agonisante. Empressons-nous de l’achever pour changer de cap et inventer des modalités de gestion du destin de notre nation plus conformes à notre génie et à nos identités. Que ceux qui pensent que cela est au-dessus de leurs forces l’avouent. Ce sera déjà un pas en avant. 

Amadou Tidiane WONE
Ecrivain, Ancien Ministre
Ancien Ambassadeur
woneamadoutidiane@gmail.com


Amadou Tidiane WONE

Dimanche 23 Juin 2013 - 19:30



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