La mendicité à Abidjan, un phénomène culturel pour des mères de jumeaux

Sur un trottoir de la commune de Wiliamsville (Abidjan-Est), Mariam Doumbia, assise sur un pagne posé à même le sol tresse les cheuveux de sa fille âgée d'un an. Ses jumeaux, des garçonnets bien potelés vêtus de boubous uniformes s’endorment. Commerçante de profession, elle est devenue une mendiante depuis six mois.



La mendicité à Abidjan, un phénomène culturel pour des mères de jumeaux

"Si je ne fais pas cela, les enfants vont tomber malades et peuvent même mourir", affirme Doumbia. Au départ, la jeune mère d’une vingtaine d’année dit avoir "hésité à s’engager dans cette activité", mais s’est "laissée convaincre par sa famille et ses amis après que ses jumeaux soient tombés malades".

 

"C’est la coutume chez nous les Odiénnéka (peuples du Nord-ouest de la Côte d’Ivoire). Il faut mendier pour conjurer le mauvais sort contre les jumeaux", explique la jeune mère qui dit avoir abandonné son commerce depuis six mois pour se soumettre à ce rituel.

 

"Selon nos traditions, certains de ces enfants exigent que leur mère mendie", renchérit Aïchata, installée quelques mètres plus loin avec ses jumelles âgées de deux ans, dans un français à fort accent malinké, une langue du Nord ivoirien.

 

A Yopougon Siporex, (Abidjan-Ouest), Djénéba, une autre mendiante, également mère de jumeaux avoue avoir "toujours considéré la mendicité comme un acte déshonorant et réservé uniquement aux nécessiteux". Elle révèle par ailleurs s’être volontairement éloignée de sa résidence conjugale de Sikensi (ville située à environ 80 km au Nord d’Abidjan) pour s’adonner à cette pratique.

 

Commerçante, elle désire reprendre ses activités dans quelques semaines lorsque ses jumeaux âgés d’un an "vont marcher". En effet, révèle Djénéba, après cette étape de la petite enfance, toute maladie liée au statut de jumeaux est conjurée.

 

Pourtant, il est fréquent de voir des enfants ayant dépassés cette étape de l’évolution accompagner leurs mères sur les voies publiques des communes abidjanaises.

 

Une attitude que Mariam Doumbia explique par le fait que "certaines femmes, profitant de leurs progénitures veulent faire comme elles" (les mamans de jumeaux).

 

Tout comme Mariam, Djénéba également confie qu’avec une recette journalière qui oscille entre 2.000 à 3.000 FCFA, la mendicité "ne rapporte pas assez d’argent".

 

Néanmoins avec le peu d’économie qu’elles comptent réaliser, ces mamans de jumeaux projettent relancer leur commerce.

 

Interdits par les autorités ivoiriennes, une vaste opération de déguerpissement a été lancée Abidjan contre les mendiants installés aux carrefours et places publiques en 2014. Deux ans après, ils sont toujours présents.

Source: Alerte infos



Mercredi 24 Août 2016 - 11:27



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