"La prétention des chambres n’est pas de poursuivre tous les tortionnaires sous Habré", déclaré Mbacké Fall

Les populations tchadiennes semblent assoiffées de justice contre Hissène Habré. Mais elles ne veulent pas d’une justice sélective. Elles plaident pour qu’au-delà de Habré, tous les supposés tortionnaires soient aussi entendus par la justice tchadienne ou par les Chambres africaines, de quelque bord qu’ils puissent être. Face aux interpellations des auditeurs lors d’une émission radio interactive, «Dimanche chez nous», diffusée ce dimanche 23 mars sur Liberté FM 105.3, le procureur général des Chambres africaines extraordinaires, Mbacké Fall, a tenu à préciser : «notre prétention n’est pas de poursuivre tous les tortionnaires».



Le Procureur général des Chambres Africaines Extraordinaires, Mbacké Fall
Le Procureur général des Chambres Africaines Extraordinaires, Mbacké Fall
L’espoir d’une justice est cependant immense au Tchad. Quasiment toute la population est touchée par les exactions de l’ancien régime de Hissène Habré. Mais des franges de la population sont convaincues que l’ancien président n’a pas fait le tour du pays pour exécuter les 40.000 personnes dont on parle. A cet effet, elles demandent justice contre tous ceux qui sont impliqués. Ainsi Mbacké Fall a été particulièrement interpellé, pendant ce débat, à côté des membres du Consortium chargé de travailler sur la sensibilisation de l’opinion sur cette «Affaire Habré», de même qu’un expert juriste qui était aussi invité de l’émission «Dimanche chez nous» de Liberté FM.
 
Le magistrat sénégalais a tenu à faire comprendre que «les Chambres travaillent sur la base d’un statut qui leur dit : vous avez pour mandat de poursuivre le ou les principaux responsables des crimes et violations graves du droit international. A cet effet, il n’entre pas dans la prétention des membres de la Chambre de poursuivre tout le monde. Les 40.000 morts dont on parle sont une estimation de la commission nationale d’enquête».
 
Et de préciser : «A travers l’exploitation de nos documents, nous avons estimé poursuivre à côté de M. Habré cinq autres personnes dont l’implication s’avère importante pour nous. Ce sont ces cinq personnes qui ont vu des mandats d’arrêt internationaux décernés à leur endroit». Mbacké Fall a ajouté : «S’agissant des personnes qui ont eu à travailler dans la Dds et à se comporter comme des tortionnaires et qui sont, d’après vous (Ndlr : les auditeurs de la radio FM Liberté), dans les sphères du pouvoir actuel, cela relève de l’instruction interne en cours ici et qui poursuit les tortionnaires de l’ère Habré».

Le procureur recommande des plaintes documentées contre ces tortionnaires

Des directeurs et autres coordonnateurs de la Dds ont été arrêtés, a-t-il rappelé. A cet effet, a déclaré le procureur général, il appartient aux victimes d’adresser des plaintes à la justice tchadienne, de leur donner des indications précises sur ces tortionnaires dont-ils parlent pour que la machine judiciaire puisse avancer. «Pour les Chambres, notre prétention n’est pas de poursuivre tous ces tortionnaires. C’est à la juridiction tchadienne qu’il appartient de poursuivre tous ces tortionnaires. Nous sommes en phase avec les statuts des Chambres», a étayé le magistrat.  
 
Mbacké Fall d’insister davantage : «iI faut prendre vos responsabilités et essayer de documenter des plaintes en bonne et due forme et les déposer au niveau des juridictions tchadiennes et faire ampliation aux chambres africaines qui vont utiliser leur influence auprès de leurs collègues du Tchad afin de faire avancer le dossier». Avant de rappeler : «Nous, en tant que procureur des Chambres, nous ne pouvons rien faire pour vous, prenez vos responsabilités, allez vers les associations et documenter vos plaintes en mettant les noms des personnes qui ont eu à vous faire ces exactions».


Lundi 24 Mars 2014 - 07:07



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