La région du lac Tchad dépassée par l'afflux de réfugiés nigérians

La région tchadienne du lac Tchad accueille, depuis le début de l’année, plusieurs milliers de réfugiés nigérians fuyant les exactions de la secte islamiste Boko Haram. L’aide humanitaire s'organise mais les besoins n’attendent pas, ce qui oblige les populations autochtones à voler au secours des refugiés. Les autorités tchadiennes sont aussi en alerte, sachant que le nord du Nigéria est considéré par les professionnels de la santé comme un incubateur de maladies dangereuses telles que la poliomyélite, le choléra et même Ebola. Reportage.



La région du lac Tchad, frontalière avec le Nigeria, accueille depuis le début de l’année plusieurs milliers de Nigérians fuyant l’Etat de Borno et les exactions de la secte islamiste.

Haoua Ahmoudou, la présidente des femmes du camp de Ngouboua, est contente d’avoir échappé aux massacres de Boko Haram. Mais cette mère de famille, qui a aussi recueilli chez elle une dizaine d’enfants arrivés au Tchad sans leurs parents, fait face à un défi tous les matins. Comment nourrir sa maisonnée ?  « Tous les matins, on ne compte que sur la générosité. Dieu merci, cela ne manque pas jusque-là, mais jusqu’à quand cela va durer ? »

Vendredi dans les mosquées et ce dimanche dans les églises, des collectes ont été et seront organisées pour aider ceux qu’on appelle « les frères nigérians ». Youssouf Mamadou Affono, un des chefs traditionnels de la région, croit savoir d’où vient cet élan de générosité : « Ils avaient des liens bien avant  [ceux créés] par les opérateurs économiques, les gens qui vont de l’autre côté pour leurs affaires économiques. Ils se retrouvent déjà avec certaines relations, c’est même des proches parents qui [étaient] déjà de l’autre côté. »

Pour le sous-préfet de Baga-Sola, Dimouya Souapébé, l’aide des organisations internationales finira par arriver, mais il faut envisager le long terme. « Il y a des pêcheurs, il y a des cultivateurs, il y a des éleveurs. Aujourd’hui ils sont empêchés de toutes ces choses. Est-ce qu’il suffit seulement qu’on leur donne à manger ? Ou bien il faudra aussi qu’on essaie d’identifier qui a l’habitude de faire quoi [...], et au besoin le mettre en face de ce que lui voudra pour se prendre en charge. »

Mise en place d'un cordon sanitaire

Le camp de Ngouboua, érigé sur la rive d’un bras du lac Tchad, a été apprêté pour accueillir un millier de réfugiés. Il en compte plus de 4 000 aujourd’hui et pourrait en recevoir encore. Ce surpeuplement oblige la plupart des réfugiés à déféquer en plein air.

Les points d’eau potable installés dans le camp ne suffisent plus. Pour ne pas perdre du temps, on va chercher directement de l’eau dans le lac. Ces attitudes rendent élevés les risques d’une épidémie de choléra.

Les réfugiés nigérians inquiètent ainsi les autorités sanitaires du lac Tchad qui ont installé un cordon sanitaire aux portes du pays. Docteur Sambo Guemgo, le médecin-chef de district de Baga-Sola explique le dispositif : « Nous ne perdons pas de vue la situation du choléra et d’Ebola. De cette manière, aux points d’entrée des réfugiés, dans les endroits où les forces de l’ordre tchadiennes sont allées, nous avons mis sur place un dispositif de lavage de mains, de désinfection systématique. Ils [les réfugiés] ne pouvaient entrer en contact avec des agents de recensement que si ces conditions étaient remplies. Et systématiquement, quand ils sont venus, nous les avons accueillis sur les sites, nous les avons [...] vaccinés. »

Ce dispositif requiert cependant un supplément de logistique et d’hommes, surtout que de nouveaux afflux sont attendus dans les jours, voire les semaines à venir.


Rfi.fr

Dimanche 18 Janvier 2015 - 02:59



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