La rumeur, valeur informative dans la presse sénégalaise ?



La rumeur, valeur informative dans la presse sénégalaise ?
La rumeur est définie par le dictionnaire Larousse comme : « une nouvelle de source incontrôlable qui se répand dans le public ». C’est une synthèse certainement des définitions plus détaillées des experts.

Le psychosociologue américain Allport parle de la rumeur comme : « une proposition liée aux événements du jour colportée de personne à personne d’habitude par le bouche à oreille sans pour autant qu’il existe des données concrètes permettant de témoigner de son exactitude et destinée à être crue par sa vraisemblance ».

Le sociologue français Jean Noel Kapferer parle de : « l’émergence et la circulation d’informations dans le corps social non encore confirmées par les sources officielles ou démenties par celles-ci. Si elle est confirmée elle devient une information avérée, si elle est infirmée elle devient une fausse nouvelle ».

Certains ont souvent qualifié la société sénégalaise de « rumeurivore » autrement dit une société qui vit de rumeurs. C’est juste pour dire combien la rumeur circule au sein de cette société ! La presse nationale étant le reflet de cette société, elle exploite à fond les rumeurs pour les besoins de son rôle d’informer. La rumeur a-t-elle une valeur informative ? Parlant de la rumeur et de l’information, certains spécialistes en matière de communication trouvent quelques liens. L’information peut jouer un rôle d’accréditation, d’amplification ou d’extinction de la rumeur. Le constat au Sénégal c’est que les rumeurs alimentent bien la presse ou disons toutes les rumeurs finissent presque par devenir des informations avérées.

La réalité est exploitée par une presse dite populaire. Elle est née dans les années 1999-2000 et fonctionne avec les faits divers. Le Professeur en communication Moustapha Samb disait de cette presse : « avec 100FCFA seulement on peut se délecter d’histoire de fesse et de sang ». La présentation n’est plus la même, aujourd’hui les faits divers sont traités par des journaux qu’on ne peut pas séparer de la catégorie des journaux dits sérieux. Le fait que ces journaux populaires soient à la tête des ventes est un autre débat ! Des magazines avec des prix plus élevés exploitent ce créneau, c’est aussi le cas de l’internet.

La radio et la télé reprenant à travers les revues de presse ces journaux, l’amplification est au sommet. Cette presse met à nu toutes les tares de la société sénégalaise. « Une société qui a ses déviances mais veut qu’on les traite avec la manière ». Les sénégalais sont d’accord sur une chose, nous avons une société qui perd chaque jour de ses valeurs, c’est la crise des valeurs. Ce qui donne de la matière à une presse qui n’a peut-être que son rôle d’exposition ? Est-ce que quelque part dans ce pays des gens réfléchissent sur l’évolution de notre société ? Apparemment non, on subit tout, les autorités roulent à « l’heure politique », tout est politique. On peut débattre sur les impacts des études sociologiques sur la société ? Cette dernière se présente avec des valeurs qui ne sont pas rigides mais souples et évolutives, seulement cet état de fait ne doit en rien tuer les vraies valeurs qui irriguent cette même société.

La rumeur dans la presse nous montre finalement le vrai visage de notre société. La réalité renvoie à la pédophilie, au viol, à l’infanticide, aux histoires de couples, à la pornographie, au détournement d’argent, au maraboutage, au gaspillage, au meurtre, au trafic de drogue… Chaque jour avec son lot de surprises, c’est la société qui est malade pas la presse. Pour les professionnels de l’information c’est une question d’option, aucun problème de crédibilité ne se pose. Un code de la presse ne peut pas changer cela pour ceux qui le pensent. Il est temps de mettre la société sur la table !

NDIAGA DIOUF. Journaliste
ndiagadiouf2005@yahoo.fr

NDIAGA DIOUF

Vendredi 12 Mars 2010 - 09:45



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