La succession d’Abdou Diouf à la tête de la Francophonie est incertaine



La succession d’Abdou Diouf à la tête de la Francophonie est incertaine

Cinq candidats, dont quatre Africains, briguent la succession du Sénégalais Abdou Diouf à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) mais aucun d’entre eux ne semble emporter une nette adhésion : les 57 chefs d’Etat et de gouvernement qui auront à trancher « par consensus » et à huis clos, fin novembre, au sommet de Dakar, restent en majorité indécis ou divisés et Paris n’a pas de favori. Dans ce contexte, la Canadienne Michaëlle Jean a des chances de s’imposer.

Succéder à Abdou Diouf qui, à 79 ans, aspire à se retirer de la vie publique, ne sera facile pour personne : au cours de ses trois mandats de secrétaire général de la francophonie, il a su œuvrer avec doigté pour doter l’OIF d’institutions cohérentes, recentrer ses missions, rationaliser ses programmes, et diminuer ses frais de fonctionnement. Surtout, l’ex-président du Sénégal (1981-2000) a exercé un « magistère d’influence », selon son expression, qui a contribué à ramener de turbulentes personnalités africaines sur le chemin de la démocratie. De Jacques Chirac à François Hollande, les présidents français ont trouvé en Abdou Diouf un interlocuteur précieux, y compris dans les crises malienne et centrafricaine.
Dans un premier temps, l’Elysée et le Quai d’Orsay ont cherché à susciter une candidature française. Mais Bertrand Delanoë, qui a présidé de 2001 à 2014 l’Association internationale des maires francophones (AIMF), a décliné l’offre. Ségolène Royal était intéressée mais elle est redevenue ministre. La quête s’est arrêtée là, d’autant que des membres de la francophonie n’ont pas manqué de souligner que des Français dirigent déjà les quatre opérateurs de l’OIF que sont TV5 Monde, l’Agence universitaire de la francophonie, l’AIMF et l’Université Senghor d’Alexandrie.
L’homme – ou la femme – idoine n’ayant pas été déniché, Paris a demandé en juin aux pays africains (plus de la moitié des membres de l’OIF) de trouver un consensus entre eux, en guise « de première étape ». Elle n’est toujours pas franchie. Aucun candidat ne pourra cependant être adoubé sans l’aval de la France, ne serait-ce que parce qu’elle reste le premier « banquier » de l’OIF (à hauteur de 24 millions d’euros en 2014), bien que sa contribution volontaire ait diminué de moitié depuis 2010. Elle est dorénavant talonnée par le Canada (21 millions d’euros), qui promeut depuis juillet, de tout le poids de sa diplomatie et de celle du Québec, celle qui pourrait devenir la première femme à diriger l’OIF.
PAS DE « CANDIDAT DE POIDS »
Candidate officieuse depuis un an, Michaëlle Jean, ex-gouverneure générale du Canada, a profité de sa qualité de chancelière de l’université d’Ottawa, active dans la coopération éducative avec l’Afrique, et d’envoyée spéciale de l’Unesco en Haïti, dont elle est originaire, pour mener campagne. Les chefs d’Etat africains sont loin d’être insensibles à son charisme et à certains de ses objectifs : mettre en œuvre un espace économique francophone aux « stratégies coopératives » ; susciter « l’engagement des jeunes » et des femmes « par lesquelles vient le changement » ; rendre l’OIF plus attentive à la société civile. Et poursuivre « sans complaisance » l’œuvre d’Abdou Diouf en matière de démocratie et de droits de l’homme.
Nombre de pays africains préféreraient cependant « un candidat de poids » de leur continent. Dioncounda Traoré, président du Mali par intérim en 2012-2013, vient de se désister. Actuel haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, Pierre Buyoya a certes été à deux reprises président du Burundi, mais il a accédé au pouvoir par un coup d’Etat à chaque fois. Le Canada, qui rechigne actuellement à lui accorder un visa, ne serait pas le seul pays occidental à opposer son veto.
Les trois autres prétendants ont chacun leur handicap. Le journaliste mauricien Jean Claude de L’Estrac soutenu par un groupe d’intellectuels dont Tahar Ben Jelloun et Jean-Marie Gustave Le Clézio, a été ministre des affaires étrangères de sa petite île (bilingue anglais-français) mais il n’est guère connu en dehors de l’Océan indien. L’ancien premier ministre du Congo-Brazzaville et actuel ambassadeur en France, Henri Lopes, avait déjà posé candidature en 2002, avant qu’Abdou Diouf ne se présente et l’emporte. Il mène, à 76 ans, une campagne discrète. Quant à Agustin Nze Nfumu, le candidat de la Guinée équatoriale, pays plus hispanophone que francophone dont il fut ambassadeur à Londres, ses chances sont considérées comme inexistantes.
Aucune date limite n’étant fixée avant le sommet de la francophonie des 28 et 29 novembre à Dakar, d’autres candidatures ne sont pas à exclure.

lemonde.fr

Mardi 30 Septembre 2014 - 14:00



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