Laveurs de voiture et le fléau des accidents: La responsabilité des "auto-écoles de la rue"



Humant la brise du soir, un groupe de jeunes hommes discutent tranquillement, des voitures par ci et par là. C’est l’ambiance qui régne au rond point liberté 5 où nous rencontrons des jeunes laveurs de voitures. Trouvé en pleine action de lavage de voiture, le plus jeune du groupe nous renvoie à leur porte-parole. 

La vingtaine bien sonnée, l’homme à la taille moyenne et au teint noir, s'appelle Abdou Lahat  Diouf. Fourré dans un pantalon de couleur grise au fond bleu, en tee-shirt  gris et blouson noir avec des rayures rouges au niveau des bras, Abdou Lahat Diouf, au large sourire, avec une démarche vive, est "heureux de nous accueillir dans son monde".

Derrière un camion gris, l’"intellectuel des laveurs", ses camarades le nomment ainsi, vient d’obtenir son Baccalauréat.  « J’ai eu mon BAC et j’ai été orienté à l’Université Cheikh Anta  Diop de Dakar (UCAD) plus précisément à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP). Pour le moment, je n’ai pas encore démarré mes cours à cause des examens de rattrapages, qui s'y déroulent présentement. C’est la raison de ma présence ici", explique Abdou Lahat Diouf qui entend ainsi "gagner un peu d’argent pour s'acheter des cahiers et des livres».
 
Lavage de voiture ou "auto-école de la rue"

« Je peux gagner tous les jours 5.000 F CFA, car on nous  paye  500 voir 1000 F CFA ou plus par voiture. Parfois tu peux avoir un client qui te donner 2.000 ou 5.000 F CFA s’il est content du service. On travaille en solo ou en groupe, et tout dépend de la taille de la voiture », se réjouit le fils de Khombole, un village situé (... Km) de la région de Thiès.

Ces connus, certains laveurs de voitures ne manquent pas une occasion pour passer à l'acte en prenant le volant et manier les voitures des clients. Les yeux vifs, Abdou Lahat Diouf confirme. «Tous les laveurs de voitures savent conduire; c’est par là que les transporteurs, les chauffeurs de taxi sont passés car on manie au quotidien, les voitures des clients", dit-il. Interrogé sur la recrudescence des accidents de la route autrement dit si leur propension à manier le volant sans permis participait au fléau, le porte-parole en perd ses mots. 

«Oui, on reconnait d’une part que ce n'est pas normal de conduire sans permis mais dès fois, nous sommes obligés car nous sommes des soutiens de famille. Tout un chacun parvient à acheter un sac de riz et tout le ravitaillement nécessaire qu’il envoie au village pour aider les parents", justifie l'étudiant qui indexe par ailleurs l'Etat. 
 
Les boucs émissaires des laveurs de voiture

"Le Gouvernement doit diminuer l’âge d’obtention des permis, qui est de 25 ans de nos jours car nous ne pouvons pas rester 5 ans encore, pour nous qui avons 20 ans pour obtenir un permis. C’est pourquoi, dés fois on prend le volant sans les papiers nécessaires », propose-t-il. Abdou Lahat Diouf se veut formel: "Ils ne sont pas les seuls auteurs des cas d’accident". Car accuse-t-il: «Nous maîtrisons mieux le volant que certains conducteurs de véhicule particulier qui, pour la plupart achètent leur permis".

"La responsabilité des policiers qui sont sur les routes, est aussi engagée», dénonce Abdou Lahat Diouf.

D'un air furieux, le fils de Khombole d’enfoncer le clou: «(Ces) policiers se laissent aller au lieu d’arrêter les auteurs d'infractions; ils préfèrent être soudoyés pour des sommes misérables".

"Du côté de la municipalité, c’est encore pire", martèle Abdou Lahat Diouf. "Ils nous mettent sous pression et parfois même ils amènent notre matériel de travail ou bien ils appellent les policiers pour nous chasser. L’autre jour, on a capturé deux (2) d’entre nous juste parce qu’on nous interdit d’être là alors qu’on a pas d’autres endroits où aller et qu'on a besoin de travailler car nous sommes des soutiens de famille», se plaint le laveur de voiture. 
 
Pick-pocket ou laveur de voiture?

Abondant dans le même sens, Saliou Dieng, 20 ans, souligne qu’un (1) des leurs est derrière les barreaux. « Il y a un de nos camarades qui est en prison parce qu’un client l’a accusé d’avoir volé son argent. C'est toujours nous qui payons les pots cassés même si c’est seulement des contres vérités», déplore se dernier. 
 
 L’"intellectuel des laveurs" de conclure: «Il n'y’a même pas deux (2) jours, un ami a payé 375.000 F CFA à Colobane, tout simplement parce qu’un de ses clients habituels lui avait donné une moto à laver, quelques heures après une autre personne est venue lui dire que le propriétaire de la moto lui a ordonné de la récupérer. Le soir, le client est revenu et a demandé sa moto; il s’est avéré que ce n’était pas lui qui avait demandé qu’on la lui récupère. Voilà autant de problèmes que nous rencontrons».
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Aminata Diouf (Stagiaire)

Jeudi 10 Mars 2016 - 13:00



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