Le Maghreb face à la fuite de ses cerveaux

L'Organisation internationale du travail (OIT) et le Centre algérien de recherche en économie appliquée pour le développement viennent de publier le premier rapport qui s'intéresse à la fuite des cerveaux dans les pays du Maghreb. Intitulé «Fuite des cerveaux ou mobilité des compétences ? Une vision du Maghreb», ce rapport, que RFI a pu consulter, montre que de la Mauritanie à la Libye, le départ des élites diplômées est supérieur à la moyenne mondiale.



La fuite des cerveaux est un des problèmes cruciaux de ces trois dernières décennies au Maghreb. Leur principale destination ? L'Europe. Et surtout, la France. En 2012, plus de 850 000 Maghrébins diplômés de l'université vivaient dans les pays de l'OCDE. A cela, il faut ajouter 100 000 étudiants du Maghreb venus obtenir un diplôme étranger. 9 sur 10 sont Algériens ou Marocains.

D'abord, ce sont des médecins, des ingénieurs et des titulaires d'un master qui quittent ces pays. En Algérie par exemple, 1 partant sur 4 est diplômé de médecine. Autre point commun, les motifs de départ. Dans toute la région, le chômage des universitaires est aussi très élevé. Plus de 30% en Tunisie au moment de l'étude. Ces pays tentent-ils d'atténuer l'effet de la fuite des cerveaux ?

De son côté, après avoir tenté de bloquer les départs, le Maroc a choisi de donner plus de possibilités aux ressortissants installés à l'étranger pour collaborer à l'économie depuis l'Europe et de faciliter leur retour au pays.

Pour ce qui est de la Mauritanie, le rapport pointe le manque de prise en compte des diplômés par les stratégies économiques et les politiques publiques développées depuis des années, mais aussi les salaires des fonctionnaires qui sont parmi les moins élevés de la sous-région.

En Mauritanie, le corps médical particulièrement touché

« Je suis dans une équipe médicale où j'ai un rôle mais je pense que je serai facilement remplaçable et que je serai beaucoup plus utile en Mauritanie. » Boubou Camara est aujourd'hui pneumologue à Grenoble en France. Originaire du sud de la Mauritanie, il a étudié au Maroc et a ensuite tenté de rentrer dans son pays.

Pendant deux ans, aucun recrutement de médecin n'a eu lieu dans le service public. Il décide donc d'aller se spécialiser en France. Ce choix a déterminé la suite de sa carrière mais c'est un choix par défaut, explique-t-il. « Moi, j'aurais souhaité mettre toutes ces compétences au service de ma nation, le problème c’est que rien n’est organisé pour ça. C’est vraiment, je pense, un problème d’organisation et de volonté politique. »

Pour Boubou Camara, ce n'est pas le salaire qui freine les expatriés à rentrer mais le manque d'intérêt manifesté par les autorités qui ne valorisent pas assez les compétences.

« Parcours du combattant »

Outouma Soumaré, premier neurochirurgien de Mauritanie, confirme qu'il faut avoir de l'énergie et un vrai projet, quand on a étudié en France et qu'on veut rentrer dans son pays. C'est le choix qu'il a fait, depuis 15 ans. Même si l'organisation du système de santé a parfois raison de son énergie.

« Je consulte dans un hôpital, je prescris des examens, notamment l’IRM, qui ne sont pas pratiqués dans l’hôpital où j’exerce et ensuite j’opère dans un troisième hôpital. C’est un parcours du combattant pour le patient mais aussi pour le praticien que je suis », confie-t-il.

Outouma Soumaré a dû multiplier les heures dans le privé pour compléter son salaire de 500 euros à l'hôpital public. Il ne cache pas qu'il a parfois des doutes sur son travail. Mais quand il craque dans sa tête explique-t-il, il lui suffit de penser aux progrès réalisés dans la prise en charge des malades ces 15 dernières années dans son pays.
source:rfi.fr


Dior Niang

Lundi 9 Novembre 2015 - 08:40



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