«Le Nigeria veut booster son économie et agir pour le climat»

Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, première économie et premier producteur de pétrole, n’est pas en pointe sur les questions énergétiques. Abuja est néanmoins optimiste et espère qu’en novembre et décembre, la COP21 de Paris aboutira à un nouvel accord international sur le climat. Samuel Adeyoe Adejuwon est responsable du changement climatique au ministère de l’Environnement du Nigeria. Il vient de clore une semaine de réunions avec les acteurs français de la COP21 à Paris.



Un homme passe près d'un champ de pétrole au Nigeria. Chris Hondros/Getty Images
Un homme passe près d'un champ de pétrole au Nigeria. Chris Hondros/Getty Images

 A moins de cinq mois de la COP21 de Paris, le Nigeria, contrairement au Gabon, au Maroc, ou à l’Ethiopie, n’a toujours pas indiqué les efforts qu’il était prêt à accomplir, il n’a pas publié ses contributions nationales.

Samuel Adeyoe Adejuwon : Ce sera fait au début du mois de septembre. Nous avons organisé des consultations avec tous les acteurs concernés par le dossier au Nigeria. Notre approche consiste à nous pencher sur notre contexte national, nos besoins, notre capacité. Devons-nous faire des efforts et prendre des engagements ? Assurément. Avons-nous besoin d’être aidés au niveau du savoir-faire et des finances pour nous adapter au changement climatique ? Là aussi, la réponse est oui. La question des moyens est d’une importance critique. S’il n’y a pas de moyens pour mettre en œuvre les décisions prises à Paris, les objectifs ne seront jamais atteints, et nos résolutions n’auront aucun impact sur le climat.

Les pays africains vont donc insister sur le volet de l’assistance financière ?

Je dirais plutôt que la région Afrique souhaite un traité sur le changement climatique qui soit efficace. Il ne sera pas efficace si nous n’avons pas les moyens d’atteindre nos objectifs. C’est important, car les pays pauvres sont plus vulnérables que les autres pays face au changement climatique. L’Afrique n’est responsable que 3,4% des émissions de gaz carbonique au niveau mondial. Ceci étant dit l’impact est là, chez nous il se fait sentir, sous la forme de catastrophe naturelle, d’inondations, de sécheresse, de désertification, et notre capacité de réponse n’est pas aussi efficace que celle des pays développés, où les événements climatiques sont marginaux et rapidement surmontés, donc nous souffrons plus. Il nous faut donc un accord qui traite à la fois des façons de mitiger les gaz à effet de serre, mais aussi qui permette l’adaptation au changement climatique, et s’il couvre les deux alors, l’Afrique en sortira gagnante, ce sera un bon accord pour le continent, et pour le monde.

Les pays africains échangent sur le sujet, ils ont adopté d’ores et déjà adopté une approche commune, il existe une véritable concertation ?

Bien sûr. Nous échangeons, et lorsque nous nous rendons à ces réunions nous avons un groupe de négociateurs, et nous alignons notre position de sorte que nos propositions deviennent celles du groupe de l’Afrique, ensuite nous présentons ces positions au G77 [coalition de pays en développement, NDLR], et ensuite elles sont présentées au COP21. Pour revenir à la question des moyens, celle-ci ne sera abordée que si l’addition des efforts de chaque pays permettra d’atteindre les objectifs recherchés au niveau de la lutte contre le changement climatique. A ce moment-là oui nous dirons « maintenant parlons argent ». Mais si les efforts de chaque pays sont trop faibles, il ne servira à rien de signer un accord, à moins de signer un document qui exigera des pays de s’engager à des efforts additionnels avant une date buttoir ultérieure.

Vous venez de conclure une semaine d’entretiens en France avec divers acteurs de la conférence sur le climat. Vous êtes optimistes ?

Oui, mais il est encore tôt, peu de pays ont publié leur contribution nationale. Les Français ont engagé de multiples consultations et c’est une bonne chose, même si le processus de consultation est très compliqué. La France est sur le bon chemin, mais les consultations doivent se poursuivre jusqu’à la fin, jusqu’au dernier coup de marteau, lorsqu’il sera dit « nous avons un accord contraignant qui couvre tous les domaines ».

Et vous avez le sentiment que la France traite le Nigeria d’égal à égal ?

Nous essayons de faire de notre mieux en tous cas. La France et le Nigeria ne sont pas sur un pied d’égalité, le Nigeria fait partie des pays en voie de développement, et la France se range dans le groupe des pays développés du Nord, le Nigeria est dans le Sud.

Le Nigeria est la première économie de l’Afrique, le pays le plus peuplé du continent, il a besoin d’énergie pour nourrir son économie, c’est votre message pour la COP21 ?

Oui, nous avons besoin d’énergie. Et c’est pour cela que nous avons beaucoup parlé d’énergie renouvelable et de développement lors de nos réunions à Paris, c’est un domaine où le Nigeria n’est pas en pointe. La France nous propose des solutions et nous sommes intéressés pour collaborer sur ces solutions pour des projets suivant un mode bilatéral, cela nous séduit beaucoup, car nous souhaitons en effet booster notre développement économique, tout en luttant contre le changement climatique.

Et allez-vous exercer une pression pour que les pays les plus pollueurs de la planète, les Etats-Unis et la Chine, fassent des efforts ?

Il n’appartient pas au Nigeria d’exercer de la pression sur les Etats-Unis et la Chine, c’est plutôt le rôle de la France et de l’Union européenne.


Rfi.fr

Jeudi 9 Juillet 2015 - 07:50



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