Le Pèlerinage 2016: géopolitique et spiritualité



L'appel de l'Absolu
 
Depuis plus de 1400 ans, la Oumma a son rendez-vous annuel du Hajj à la Mecque. C'est l'écho chaque année renouvelé du pèlerinage d'Abraham (Ibrahim), le père spirituel des trois monothéismes lorsque celui ci répondit à l'appel de son Seigneur et effectua les rituels perpétués aujourd'hui par le Hajj. Ce pèlerinage constitue en fait le plus grand rassemblement religieux mondial et regroupeant cette année quelque deux millions de croyants.

Le Hajj,  cinquième pilier de l'Islam est en fait une épreuve tant spirituelle que physique effectué dans une contrée aride sous un soleil de plomb avec des températures de 42 degrés en mi-journée sans rémission la nuit. C'est dans ce décors apocalyptique qu'affluent des centaines de milliers de pèlerins venus de tous les coins du monde et dont le flot augmente au fur et à mesure que l'on se rapproche de la date fatidique de la  station d' Arafat pour décroître progressivement les semaines suivantes.
 
En effet, le Hajj commence vraiment le 9ème jour du mois de Dhou al-Hijja lorsque les pèlerins affluent dans la plaine entourant le Mont Arafat pour se diriger ensuite sur Mouzdalifa et puis de là,  à la Mosquée du Haram à la Mecque où ils effectueront le fameux Tawaf ou circumambulation de la Kaaba. Ils finiront ce Tawaf avec le Sa'y commémorant les allées et venues frénétiques de Hajar l'épouse d'Ibrahim entre les  deux collines de Safa et de Marwa en quête désespérément d'eau pour son fils Ismail, et  d'où jaillit par miracle la source Zemzem. Ce circuit entre les deux buttes répété sept fois et effectué par tous les pèlerins se fait de nos jours dans une galerie à trois niveaux et constitue quasiment le dernier rituel du Hajj.

 

Le Pèlerinage 2016: géopolitique et spiritualité
"Des coins les plus reculés..."
 
En cette terre aride brûlée par un Soleil de plomb en plein milieu du désert Arabique ont conflués cette année encore des centaines de milliers de pèlerins de tous les recoins du globe atteignant son maximum le jour de la station de Arafat le 11 septembre. Il y avait ces foules venues des tréfonds d'Afrique et dont grâce sans doute à la visibilité de leur femmes aux amples vêtements aux couleur vives semblaient rivaliser en nombre avec les non moins nombreux musulmans asiatiques: d'abord cet imposant flux de Bangladeshis reconnaissables souvent pour les hommes par leur longue barbe blanche à l'extrémité roussie par le henné, et ajouté à cela ces multitudes d'Inde et du Pakistan.
 
Tous ces pèlerins du subcontinent indien formant un groupe ethnique relativement homogène sont eux-mêmes en concurrence numéraire avec le flux non moins prodigieux de ceux d'Asie du Sud-Est, l'Indonésie en tête. Le contingent de Turks était aussi impressionnant en nombre; ethniquement les plus proches des Européens, ces derniers ainsi que ceux des deux Amériques faisaient office de parents pauvres du Hajj. Notons la présence cette année de pèlerins de Sierra Leone absents depuis deux ans en raison de  l'épidémie d'Ebola.
 
Le monde arabe et l'Iran :  les grands absents
 
Il n'y a pas mieux que le Hajj pour réaliser que, contrairement aux clichés Occidentaux, les Arabes ne sont qu'une minorité de la population musulmane globale. Ils le seront encore plus cette année, victimes de la situation politique désastreuse que vit le monde Arabe: quasiment pas de Syriens et bien peu d'Irakiens. Par contre des groupes de Kurdes irakiens d'Erbil et Sulaymānīyah étaient bien reconnaissables par leur tenue traditionnelle au pantalon bouffant et un petit drapeau du Kurdistan distinctif cousue sur leur veste.
 
Très peu de Palestiniens si ce n'est un certain nombre de la diaspora et notamment du Liban avec une petite représentation de Cisjordanie avec cousu eux aussi sur leur vêtement un petit drapeau Palestinien frappé cette fois de la phrase "Droit au retour", et bien sûr aucun de Gaza hermétiquement fermé à cause du blocus Israélo-égyptien. La guerre fratricide au Yémen alimentée par la brutale intervention aérienne et terrestre des pays du Golef menée par l'Arabie Saoudite, ainsi que l'expulsion massive il y a quelques années de millions de Yéménites résidant au Royaume a rendu leur présence extrêmement réduite au vue de leur population et de la proximité du Yémen de la Mecque. Le nombre de Libyens était de même réduit à la portion congrue.
 
Par contre les Iraniens sont les grands absents du Hajj cette année pour des raisons bassement politiques. Depuis la rupture des relations diplomatiques par l'Arabie Saoudite avec l'Iran suite à la mise à sac de leur ambassade à Téhéran par des manifestants protestant l'exécution du dignitaire Chiite Nimr el-Nimr, les négociations entre les deux pays ont achoppé semble t-il sur deux points: la compensation financière pour les quelque 464 victimes Iraniennes de la catastrophe de Mina durant le précédent Hajj, et la délivrance des visas. Rappelons que cette catastrophe, la plus meurtrière des 30 dernières années résultait de la collision entre deux flux de pèlerins venant de directions opposées, avec les deux  voies de dégagement bloquées semble t-il,  due à une visite de princes royaux. Les autorités Saoudiennes ont mis en cause le comportement des pèlerins, notamment les "pèlerins Africains", et ils s'en tiennent à "un acte de Dieu". Sur le  premier point, l'Arabie Saoudite n'a toujours pas publié le rapport sur ce grave accident qui a fait plus de 2431 victimes suivant le décompte par pays et s'en tient toujours au chiffre de 769 victimes. Quant à celui de la délivrance des visas, les autorités de Riyad ont exigées que leur délivrance se fasse au niveau des représentations consulaires des pays du Golfe, ce que bien évidemment Téhéran n'a pas acceptée. Ainsi, c'est quelque 100.000 pèlerins Iraniens qui n'ont pas fait le déplacement cette année.
 
Parlons un peu des pèlerins de contrées qui ont constitué à un moment ou à un autre l'actualité. Commençons par la communauté musulmane Cham du Cambodge qui avait quasiment été exterminée durant le régime de Pol Pot et dont  nous avons croisé un certain nombre de membres. Il y avait aussi un certain nombre de pèlerins de Thaïlande et de Birmanie malgré la sévère répression de leurs gouvernements à leur encontre, ainsi qu'un nombre appréciable de pèlerins des pays de la Route de la Soie d'Asie Centrale, tels que le Kyrgyzstan, le Kazakhstan, Tadjikistan et l'Azerbaïdjan. Clairement visibles et bien représentés étaient les musulmans du Sinkiang (Xinjiang), et au vue de la récente répression sévère des autorités chinoises à leur égard, nous ne nous attendions pas à les voir en si grand nombre.

Khadim FALL

Mercredi 21 Septembre 2016 - 09:24



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