Le Premier ministre, Mahammad Dionne: une partie du mystère se dévoile !

Le Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne fera sa Déclaration de Politique Générale (DPG) devant les députés demain, mardi. De son enfance, aux drames qui ont ponctué sa vie, à sa nomination à la Primature, Libération a tenté de cerner celui qui, déjà Directeur de Cabinet du Président - à l’époque Premier ministre disait : «Dc veut dire del seey» (Ndlr : Dc veut dire efface toi» !



Le Premier ministre, Mahammad Dionne: une partie du mystère se dévoile !
Le 6 Juillet 2014, le Président Macky Sall nommait au poste de Premier ministre Mouhamed Boun Abdallah Dionne. Quatre mois après, le chef du gouvernement fera face aux députés pour sa déclaration de politique générale (DPG) demain, mardi. Tout ce que le commun des sénégalais sait du successeur d’Aminata Touré, c’est son cursus officiel : passage à Ibm, à la Bceao, à l’Onudi, à l’Ambassade du Sénégal à Paris etc..., puis sa nomination comme ministre en charge du Bosse, avant sa consécration comme chef du gouvernement. Mais qui se cache réellement derrière cet homme qui vit toujours dans une sobre villa des Mamelles ?

Fils d’un commissaire de police

Tout comme son frère, le député Cheikh Dionne, l’actuel chef du gouvernement a vu le jour, le 22 septembre 1959, à Gossas. Pour la bonne et simple raison que, chaque fois qu’elle devait accoucher, leur maman se retranchait dans cette localité où habitait sa grand mère. Dès son plus jeune âge, Mohammad se fait remarquer en...s’incrustant à l’école où était inscrit son grand frère alors qu’il n’avait pas encore l’âge de faire les bancs. Cheikh Dionne raconte avec un brin de nostalgie: «il était très taquin et très agité mais extrêmement intelligent. Nous étions à l’époque que deux et, lorsque l’un était malade, l’autre ne sortait pas. Quand j’ai commencé à aller à l’école, il ne voulait plus rester à la maison et il m’a suivi. Ce n’est qu’en CE1 qu’il a été régularisé».
A vrai dire, les rares fois qu’il retournera à Gossas, c’était lors des vacances scolaires. Car, Mohammed Dionne habitera à Dakar, Tivaouane, Saint-Louis, Diourbel etc. En effet, son père était commissaire de police et se pliait aux affectations décidées par la hiérarchie. «Nous avons toujours vécu dans des commissariats. Et comme nos camarades craignaient les hommes de tenues, ils avaient peur de nous rendre visite. Mohammad et moi étions tout le temps ensemble», se souvient Cheikh Dionne. «Même en France, on ne s’est pas quitté», précise-t-il. L’actuel Premier ministre rejoindra effectivement son grand frère au pays de Marianne après un brillant passage au lycée van vo.

Régularisé en CE1...
Cheikh Dionne : «on a été éduqué dans l’humilité. Notre père était très ouvert alors que sa fonction pouvait faire croire qu’il était austère. C’est un ‘’cayorien’’ (ndlr : habitant du Cayor) qui nous a appris à être humble et pieux. et, ce n’est pas pour rien qu’il a donné à Mohammad le nom du Prophète (Psl). J’étais directeur administratif et financier de Djily Mbaye. Lorsqu’on débarquait dans certains pays en jet privé, les gens se précipitaient pour me saluer parce que je portais un costume. Djily Mbaye, malgré son immense fortune, ne portait même pas de caftan brodé. C’est une leçon de simplicité et de modestie. Et c’est ce que notre défunt père nous a appris, Mohammed ne peut qu’être simple et modeste». A t-il aussi hérité ce trait de caractère de son oncle maternel Feu Doudou Thiam qui, ministre, n'a jamais occupé son logement de fonction?
Un membre du gouvernement : contrairement à d’autres, il n’a pas besoin de crier son autorité pour montrer qu’il est le chef du gouvernement. Pour résumer, il se comporte comme un ministre». Comment Macky Sall a t-il connu cet homme qui, dès sa nomination, avait résumé sa magistère en trois mots : «travailler, travailler, travailler».

«Dc veut dire del seey»

Des sources renseignent que Macky Sall et Mohammad Dionne se sont connus lorsque le premier était ministre et le deuxième chef du bureau économique du Sénégal à Paris. A l’époque, ils avaient déjà un ami commun, Serigne Mboup, directeur général de Petrosen, que Cheikh Dionne avait connu en raison de ses activités professionnelles chez Djily Mbaye. Au fil des années, une relation de respect et de confiance se tisse entre les deux hommes, à tel point que, dès qu’il est nommé Premier ministre, Macky Sall le fait appeler pour en faire son directeur de cabinet. A ceux qui l’interpellent sur son effacement, Dionne tranche : «DC veut dire del seey».
Ce fumeur devant l’éternel appliquera cette philosophie à l’assemblée nationale et même au Bosse lorsqu’il signera son retour aux affaires après plusieurs années passées à l’étranger. Un membre du cabinet présidentiel témoigne : «Quand il est arrivé, il était fortement combattu. Parce qu’il se disait dans les couloirs qu’il allait remplacer le Premier ministre. C’était même une évidence. Ce qui étonne chez lui, c’est que, lors des réunions, il écoute tellement que tout le monde pense qu’il ne maîtrise rien. Mais lorsqu’il prend la parole, on se rend compte qu’il était à un niveau plus élevé».
Jusqu’à ce fameux jour du 06 juillet, lorsque le Président le fait appeler dans son bureau, quinze minutes avant la nomination d’un nouveau Premier ministre. Macky Sall lui tend une liste avec des codes et des chiffres. Evitant toute fuite, comme c’était le cas lors de la formation du gouvernement de Mimi Touré, le Président voulait tout verrouiller.
«Ecris Mohammad Boun Abdallah Dionne, Premier ministre», lui lance t-il. Le chef du gouvernement venait d’être informé de sa nomination. Et, lorsqu’il descendait, ce jour là, les marches du Palais pour s’adresser à la presse, tout son esprit était à Touba où dorment éternellement son père et sa mère. Car, le Pm garde un terrible secret : sa belle mère, sa tante et sa sœur sont décédées dans un accident alors qu’il conduisait. Sa meilleure amie, une de ses sœurs, décédera plus tard.
«Elle était cadre supérieur et promis à une belle carrière. Ce décès avait beaucoup marqué Mohammad mais, il a tenu le coup. Sa maman, très affectée, est morte quelques mois plus tard».

«S'il vole, il le donnera à qui ? Il n’a pas d’héritier»

«Rien ne peut plus le perturber et il ne tient pas trop aux choses de ce bas monde. A la limite, il s’en f...», confie un ami qui s’interroge : «Que peut-il perdre encore ? s’il vole, il le donnera à qui ? il n’a pas d’héritier. Son seul héritier, c’est sans doute ce que l’histoire retiendra de lui. Il a été obligé de donner un de ses reins à un de ses plus proches, gravement malade. Pour vous dire que cet homme a tout vu et c’est un miracle qu’il puisse tenir le coup. il faut être fort pour vivre avec tout ça».
«Lui, il connaît l’administration centrale en plus d’être une synthèse des parcours d’Abdoul Mbaye et de Mimi Touré : il a été banquier et il a fait le système des nations-unies», soutient un de ses collaborateurs. Une fois à la Primature, Mohammad Dionne impose la rigueur. Dès 08 heures, il est à son bureau et il ne le quitte qu’entre 22 et 23 heures en multipliant, parfois, des allers-retours entre la Primature et la Présidence pour voir «le patron». Son esprit d’ouverture et son effacement, ne l’empêchent pas d’être un homme véridique. De plus, sa discrétion n’est pas une faiblesse : «c’est son caractère mais, je vous assure que ce n’est pas un «tooy man » (ndlr, homme mou). Il peut s’emporter comme pas possible», confie un ami. Toutefois, un de ses amis, expert en finances, dit ne pas comprendre une chose : «tout ce qui m’étonne, c’est, qu’avec toute sa rigueur, il n’ait pu s’opposer à la nomination de certaines personnes dans le gouvernement».

Le visible et l’invisible

Un collaborateur : «un jour, il recevait les gens de l’Appel, l’association de la presse en ligne. Lorsque la question de l’aide à la presse a été posée, il n’a pas manqué de leur dire qu’ils devraient se passer de l’aide à la presse car, aujourd’hui, c’est 10 millions de F Cfa, demain 20 etc., ensuite l’Etat ferme les robinets en te disant : ‘’toi tu es contre moi’’.  Il leur a suggéré d’héberger des sites de la sous-région et de se faire des profits». Autre anecdote qui confirme ce trait de caractère : «lorsque le président de la chambre de commerce se plaignait de l’Etat lors d’une rencontre, il a mis de côté son discours pour lui dire tout haut que leurs chambres de commerce n’étaient plus à la mode. Quand il faut dire la vérité, il le fait et qu’importe les conséquences». En plus d’assumer ses amitiés, «c’est insolite, mais il est très lié à Oumar Sarr, le coordinateur du Pds. Ils étaient dans la même école», renseigne un ami commun.

L’ami de...Oumar Sarr du Pds

Pour l’avoir côtoyé à la Présidence puis dans le gouvernement, le secrétaire d’Etat en charge des sénégalais de l’extérieur, Souleymane Jules Diop, raconte : «il m’appelait ‘’Prof’’ parce qu’il disait avoir beaucoup appris de mes écrits lorsque j’animais mon blog. Mais, je lui ai dit que c’est lui le prof et je ne cache pas mon admiration pour le Premier ministre.
Un jour, lorsque le Président et un de ses Premiers ministres ont commencé à avoir des frictions, je suis allé voir le doyen Bruno Diatta qui est la mémoire de la Présidence. Il m’a confié que Senghor avait écrit une lettre manuscrite à Abdou Diouf pour lui demander de ne plus se mettre derrière lui en conseil des ministres, mais à ses côtés. Parce que le Premier ministre est d’abord l’assistant du Président chargé de superviser l’activité gouvernementale. Mohammad Dionne remplit son poste et ce n’est pas son poste qui lui remplit la tête.
A mon humble avis, le Président ne pouvait pas trouver meilleur choix». L’ancien conseiller en communication du Président d’ajouter : «il est modeste et l’histoire a sanctionné positivement deux hommes modestes. Makhtar Cissé était ministre du Budget et donc dernier sur le protocole avec Dionne, ministre chargé du Bosse. Aujourd’hui, l’un est à la droite du Président et l’autre à gauche». Le directeur de cabinet politique du Président est du même avis : «un homme bien, outillé techniquement, pour assurer sa fonction et qui comprend le rôle d’un Premier ministre dans un régime présidentiel. Je n’ai aucun doute qu’il réussira», assure Mahmout Saleh. l’histoire lui donnera t-il raison ou pas ?
 

Avec Libération

Lundi 10 Novembre 2014 - 12:23



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