«Le Suukerou Koor» : régulateur social ou facteur de désunion ?

Après quelques jours de jeûne, les sénégalaises mariées offrent des cadeaux à leur belle-famille : le «suukerou koor». Cette pratique qui, était considéré comme un geste de solidarité et de bienfaisance est devenue au fil du temps une obligation. Elle est même souvent à l’origine de bien des problèmes, ont confié certaines femmes à Pressafrik.com.



Donner le «suukerou koor» fait partie de la tradition sénégalaise. Du coup, cet acte hante la plupart des femmes mariées et même certains célibataires qui sont dans des relations dites sérieuses à l’approche du ramadan.

C’est le cas de Yacine Diop, trouvée devant le ministère de l’Agriculture : «Beaucoup d’hommes sont contre cet acte, ils pensent que ce sont des futilités et pour cela, ils refusent parfois de donner de l’argent à leur femme pour qu’elle puisse bien se préparer et cela entraîne des conflits au sein de leur couple. Ça ne doit pas être une obligation,  car on doit le donner selon les moyens du bord», déplore-t-elle.

Cet avis est partagé par Matar Kébé qui rappelle le désir d’entre-aide qui animait le don du «suukerou koor ». Mais, se désole-t-il, ce geste a été complètement travesti par les femmes qui en font un devoir pour les épouses, et un droit pour les belles-mères.
 
Poursuivant sur la même lancée, Matar Kébé, rappelle que le «suukerou koor» était destiné à aider, «c’était un acte symbolique mais aujourd’hui les belles-mères pensent que c’est une obligation et cela n’amène que des problèmes entre nous et nos femmes. Ma femme ne jouit pas d’une grande estime auprès de ma famille parce que je n’ai pas de quoi l’aider à l’approche du jeune, pour qu’elle puisse s’acquitter du suukerou koor. Contrairement à la femme de mon frère qui elle, en a  les moyens».

 

Une contrainte de plus en plus pesante
 
Dans certaines familles, ne pas donner le suukerou koor put conduire à encore plus de désagréments : «je commence à épargner six (6) mois avant le ramadan. Je fais tout mon possible pour avoir de quoi acheter des tissus de valeur accompagnés d’argent que j’offre à ma belle-famille. Si les temps sont durs, je fais recours à un prêt bancaire juste pour faire plaisir à ma belle-mère et mes belles sœurs», soutient Astou Diop rencontrée au Rond-point Sahm.  
 
 Cette vieille Dame Aminata Guèye, trouve que c’est tout à fait un devoir que de s’acquitter du suukerou Koor : «C'est un devoir, voire une obligation pour une femme mariée d'offrir le «suukerou Koor aux membres de la belle-famille. C’est juste une manière de raffermir son ménage. Car il faut le dire la belle-famille est le socle du mariage».
 
Elle ajoute : «ma belle-fille m’a offert des tissus de valeurs comme «diezner», «voile», et beaucoup d’argent et elle a donné des coupons de «Wax» à ses belles sœurs», se vante-t-elle. Et, sa cousine  Maïmouna Guèye, aussi veille qu’elle d’allonger: «nous sommes une famille qui tient beaucoup à cette tradition car comme on le dit dans notre langue djiguéen dafay kham téranga (une femme doit être généreuses)».

Aminata Diouf (Stagiaire)

Mardi 21 Juin 2016 - 14:22



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