Le président Kagame accuse son homologue burundais Nkurunziza de "massacrer" son peuple

Alors que Bujumbura s'emploie à rassurer la communauté internationale qui redoute des violences de masse, le président du Rwanda voisin estime que la situation au Burundi "rappelle un peu celle qui a prévalu ici" dans son pays en 1994.



Le président Kagame accuse son homologue burundais Nkurunziza de "massacrer" son peuple

Rien ne va plus entre Kigali et Bujumbura. Le président rwandais Paul Kagame a accusé son homologue burundais de "massacrer" son peuple alors que les forces de l'ordre menaient, dimanche 8 novembre, des opérations de désarmement dans des quartiers acquis à l'opposition de Bujumbura, où neuf personnes ont été tuées dans la nuit de samedi à dimanche.

Le chef de l'État burundais, Pierre Nkurunziza, dont la réélection pour un troisième mandat a plongé son pays dans une crise majeure depuis six mois, avait donné à ses opposants jusqu'à samedi soir pour "déposer les armes" en échange d'une amnistie, tandis que ses proches ont tenu des propos incendiaires faisant redouter des violences ethniques à grande échelle.

"Nous sommes sûrs qu'il n'y aura pas de guerre ni de génocide au Burundi, on ne permettra pas que ce pays retombe dans ses vieux démons", a assuré Willy Nyamitwe, conseiller principal présidentiel en communication. Et de poursuivre, "il y a aujourd'hui une manipulation de la communauté internationale car celle-ci est tombée dans le piège d'une opposition qui a toujours chanté ‘génocide’ et qui a propagé des traductions erronées de certains propos de responsables burundais".

"Pulvériser les quartiers"

Fin octobre, le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, avait menacé de "pulvériser les quartiers" contestataires de Bujumbura, utilisant au passage le terme "travailler", qui renvoie au génocide de 1994 au Rwanda voisin, qui fit 800 000 morts en trois mois, et où des miliciens hutus partant massacrer des Tutsis étaient encouragés à bien "travailler".

Le ministre de la Sécurité publique, Alain-Guillaume Bunyoni, véritable numéro deux du régime, a rappelé cette semaine aux habitants des quartiers contestataires, surtout tutsis, qu'ils étaient minoritaires face à la masse paysanne hutue favorable au président Nkurunziza. "Si les forces de l'ordre échouaient, on a neuf millions de citoyens à qui il suffit de dire : ‘Faites quelque chose’", a-t-il lancé. "En quelques minutes, ils seraient ici ! Qui parmi ceux qui ne rentrent pas dans le rang survivrait dans ce cas ?"

Dans une virulente charge publique, Paul Kagame a estimé que la situation au Burundi "rappelle un peu celle qui a prévalu ici" au Rwanda en 1994 lors du génocide, qui en à peine 100 jours à partir d'avril 1994 a fait environ 800 000 morts, majoritairement parmi la minorité tutsi.

"Les gens meurent tous les jours [au Burundi], les cadavres jonchent les rues". "Ils [les Burundais] auraient dû tirer les leçons de ce qui s'est passé ici," a déclaré le président rwandais, dans un discours prononcé vendredi dont l'AFP a eu connaissance dimanche. "Ce sont des propos inappropriés d'une agressivité inouïe", a réagi auprès de l'AFP Willy Nyamitwe.

Depuis le début de la crise fin avril, les relations entre le Rwanda et le Burundi sont au plus bas, Bujumbura accusant Kigali de soutenir ses opposants. En six mois, au moins 200 personnes sont mortes, et 200 000 ont fui le pays. La communauté internationale - dont Washington et l'ONU - redoute des violences ethniques à grande échelle dans ce petit pays d'Afrique des Grands Lacs densément peuplé avec plus de 10 millions d'habitants.

L'histoire du Burundi est marquée par des massacres entre Hutus et Tutsis et une longue guerre civile qui a fait 300 000 morts entre 1993 et 2006, ruinant l'économie, essentiellement agricole. 

source: jeune Afrique


Dior Niang

Mardi 10 Novembre 2015 - 08:52



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