Le président nigérian Goodluck Jonathan se rend en Chine

Le président du Nigeria arrive en Chine, ce mardi 9 juillet 2013, pour y conclure un emprunt de trois milliards de dollars. Riche en ressources naturelles et forte d'une population de 160 millions d'habitants, la deuxième économie d'Afrique attire de plus en plus la deuxième économie mondiale.



Le président nigérian Goodluck Jonathan se rend en Chine

Ce mardi, Goodluck Jonathan se rend en Chine pour une visite de quatre jours. Le président du Nigeria devrait y conclure un emprunt de 3 milliards de dollars pour financer des projets d'infrastructures auxquels seront associées des entreprises chinoises. Depuis une dizaine d'années, les relations commerciales entre la deuxième économie mondiale et la deuxième économie africaine ne cessent de s'intensifier.

Investissements

Le Nigeria est devenu la deuxième destination pour les investissements chinois sur le continent africain, juste après l'Afrique du Sud. Aujourd'hui, les Chinois ont investi plus d'un milliard de dollars au Nigeria, presque un dixième de l'ensemble de leurs investissements sur tout le continent. D'abord poussée par ses besoins en matières premières, la Chine a surtout investi dans le pétrole et le gaz naturel. Mais elle s'est vite diversifiée et les intérêts chinois se portent aussi sur des secteurs comme les télécoms ou la construction.

« Dans l'intérêt des travailleurs nigérians, nous voulons que des pays viennent investir au Nigéria. Y compris la Chine, explique Elija Okougbo, ancien président du NUPENG, l'un des principaux syndicats du secteur pétrolier. Les Chinois investissent dans le pétrole, le gaz, mais aussi la construction. Et tout se passe très bien. Si vous investissez dans le secteur pétrolier par exemple, vous devez reconnaître les syndicats. Vous devez admettre que les conditions de travail soient négociées. Et la plupart du temps, les Chinois acceptent ces termes. Ils sont ici pour investir. Et nous voulons des investissements. Nous voulons l'industrialisation ».

Des prêts défiant toute concurrence

La Chine affirme également sa présence dans l'économie nigériane en accordant nombre de prêts à taux extrêmement préférentiel. Le Nigeria emprunte avec un taux de moins de 3% sur 15 à 20 ans. C'est d'ailleurs la raison de la visite de Goodluck Jonathan. Les prêts qu'il contractera en Chine s'inscrivent dans un vaste plan d'emprunt d'environ huit milliards de dollars. Il servira à financer notamment, l'extension des aéroports de Lagos, Abuja, de Port-Harcourt ou encore la construction d'une centrale hydroélectrique dans l'Etat du Niger, à l'ouest du pays.

« Il y a beaucoup de prêts, notamment dans les secteurs du chemin de fer et des transports,déplore Bashir Kurfi, économiste à Lagos. Les Chinois prêtent à des conditions très favorables. Mais même ainsi, l'emprunt n'est jamais une bonne solution pour un pays. On ne peut pas parler de relation "gagnant-gagnant", car un pays indépendant comme le Nigeria devrait être capable de gérer son économie sans dépendre à ce point des capitaux étrangers ».

Le Nigeria, dont la croissance tourne autour de 7%, doit impérativement moderniser ses infrastructures. Le ministre des Finances, Ngozi Okonjo-Iweala, estime à 10 milliards de dollars par an le montant des investissements nécessaires à l'amélioration des infrastructures, notamment dans le secteur routier et énergétique.

Contestation

Le gouverneur de la Banque centrale nigériane, Lamido Sanusi, a publié le mois dernier, une tribune dans le Financial Times où il dénonce l'impérialisme chinois. Les relations commerciales entre la Chine et le Nigeria sont en effet très inégales. Le commerce entre les deux pays a été multiplié par six en sept ans, pour atteindre 13 milliards de dollars en 2012. Mais il est clairement en faveur de la Chine dont les exportations représentent plus de 87% des échanges entre les deux pays. Avec plus de 160 millions d'habitants, le Nigeria représente un marché extraordinaire pour les biens manufacturés chinois. « La Chine s'empare de nos matières premières et nous vend des biens manufacturés. C'est également l'essence du colonialisme », déplore Lamido Sanusi.

Indépendance

Le Nigeria est encore aujourd'hui largement dépendant de ses ressources naturelles. Le pétrole et le gaz représentent 36% de son PIB, 97% de ses exportations et plus de 80% de ses revenus. « Il est facile pour certains pays africains d'essayer de vivre de ses rentes en ressources naturelles, analyse Thierry Pairault, chercheur au CNRS, Centre national de la recherche scientifique. Il y a une voie qui est beaucoup plus difficile et qui est du fait des pays africains eux-mêmes, c'est de prendre en main l'exploitation de leurs propres ressources. Lorsque la Chine s'est ouverte aux pays étrangers, elle a imposé des transferts de technologie. Pourquoi les pays africains ne feraient pas la même chose ? »

Depuis près de trois ans, le gouvernement de Goodluck Jonathan applique la politique du « contenu local ». Elle impose que l'essentiel de l'activité liée aux hydrocarbures soit assurée par la main-d'œuvre locale, voire même, des entreprises à capitaux majoritairement nigérians. Mais ce système fonctionne encore très mal. « C'est à cause du niveau élevé de corruption et d'irresponsabilité de la part de nos dirigeants, se désole Bashir Kurfi. Le gouvernement, et le soi-disant secteur privé nigérian sont tellement dépendants des capitaux étrangers qu'ils favorisent ce système tourné vers l'étranger plutôt que de favoriser les intérêts nationaux de leur propre économie ». Aujourd'hui, 87% des exportations du Nigeria vers la Chine sont du pétrole et du gaz.
Source: RFI



Mercredi 10 Juillet 2013 - 15:02



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