Le verdict sur Nkandla est la «preuve que la justice sud-africaine fonctionne»

Le président Jacob Zuma s’excuse pour le scandale provoqué par l’utilisation de fonds publics pour rénover sa résidence privée Nkandla. Le président s’est adressé à la nation en direct à la télévision en début de soirée vendredi soir 1er avril. Une intervention qui survient au lendemain d'un jugement sans demi-mesure de la Cour constitutionnelle qui lui a ordonné de rembourser une partie de l’argent, jugeant en outre qu’il avait violé la Constitution.



→ L'opposition lance une procédure de destitution contre Zuma
Le président Zuma a indiqué qu’il acceptait la décision de la Cour et qu’il allait obtempérer. Il assure qu'il n'a jamais voulu délibérément violer la Constitution, qu’il n’a pas voulu être malhonnête : « Je n’ai pas agi malhonnêtement. Mes actions n’ont jamais été motivées par des intentions corrompues ou par le désir d’utiliser les fonds de l’Etat pour mon propre bénéfice ou celui de ma famille. Dès lors, j’ai accepté de rembourser les travaux qui seront identifiés. » Il s'est également excusé pour « la confusion et la frustration causées » par l'affaire.
C’est un président grave, tendu et visiblement fatigué qui s’est exprimé. A noter qu’il ne s’est pas excusé pour ses fautes. Au contraire, il a rejeté la responsabilité sur les gens autour de lui qui l’ont mal conseillé.
Que va faire le parti au pouvoir ?
L'ANC a tenu une conférence de presse dans la foulée. Le secrétaire général a annoncé qu’il acceptait le verdict de la cour. Il a appelé le Parlement à se conformer à cette décision. Ni le chef de l’Etat ni le secrétaire général de l’ANC n’ont parlé des implications de cette affaire, du fait que le chef de l’Etat ait violé la Constitution. Ils n’ont pas évoqué les appels à sa démission, ni à sa destitution, comme si c’était quelque chose qui n’était absolument pas envisageable. Autant dire que ces excuses risquent d’être jugées faibles par certains à la vue de l’ampleur du scandale.
Le secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe, a annoncé une réunion du parti dès lundi 4 avril, ouverte à tous les membres de l’ANC. En attendant, les six hauts dirigeants de l'ANC se sont réunis. Le « top 6 », comme on les appelle ici, à savoir : le chef de l'Etat, le vice-président, le secrétaire général du parti, son adjointe, le trésorier et la présidente nationale du parti.
Selon les analystes politiques, le top 6 ne prend aucune décision sans consulter au préalable le comité exécutif de l'ANC, un organe de décision composé d'environ 80 membres, ministres, adjoints, gouverneurs de province, etc. Ce sont eux qui peuvent demander au président de se retirer. C'est d'ailleurs sous la pression de ce comité que l'ex-président Thabo Mbeki avait démissionné en 2008.
Mais selon les analystes politiques, Jacob Zuma jouit toujours du soutien d'au moins 60% de cet organe. Des membres qui risquent de perdre leur poste au gouvernement si d’aventure le président était rappelé. Peu de chance donc de voir la moindre contestation émaner de cet organe. La réunion a eu lieu à Pretoria, à la résidence du chef de l'Etat, et non au siège du parti. Signe, selon les observateurs, que le président Zuma est toujours aux commandes.
Susan Booysen est professeur de sciences politiques à l’Université du Witwatersrand à Johannesburg, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’ANC. « La Cour constitutionnelle a cité des phrases de la ConstitutionElle a dit que le président n’avait pas respecté le code de conduite de la présidence, et qu’il n’avait pas défendu et respecté la constitution, cela revient à dire que Jacob Zuma n’a pas été à la hauteur de la fonction de président, mais la cour n’emploie pas le terme d’impeachment, de destitution. C’est une prérogative politique. Elle revient soit au Parlement, et à l’heure actuelle l’ANC détient 62 pour cent des sièges, soit aux organes du parti majoritaire, et le conseil exécutif de l’ANC n’est pas assez puissant à mon avis pour prendre une telle mesure contre le président », confirme la spécialiste.
Thuli Madonsela, gardienne de l’Etat de droit
Mis à part ces affaires d’appareil, le verdict de la Cour constitutionnelle est remarquable à plusieurs égards.
C’est tout d’abord une cour de justice capable de demander des comptes à un chef de l'Etat. Certes, le président Zuma va devoir rembourser l'argent des citoyens. Mais pour Zwelinzima Vavi, ancien secrétaire général de la Cosatu, la puissante confédération des syndicats, c'est surtout une victoire symbolique contre l'impunité. « C'est une victoire pour la justice, une victoire pour Nelson Mandela et tous les héros de la lutte. Voilà ce pourquoi nous nous sommes battus. Pour que tous, nous soyons égaux face à la loi. Et notre président doit comprendre qu'il n'est pas au-dessus des lois », se réjouit-il.
Pour Marc Lewis, directeur de Corruption Watch, une organisation de lutte contre la corruption, ce verdict est la preuve de la bonne santé des institutions sud-africaines. 
« Les pouvoirs de la médiatrice de la République ont été confirmés, ce qui pour une organisation comme celle pour laquelle je travaille est extrêmement important. Mais je pense que ça a été une très bonne journée pour la démocratie sud-africaine, ça a été la preuve qu'elle fonctionne.»
Derrière cette victoire, il y a une femme : Thuli Madonsela, médiatrice de la République, qui depuis deux ans s'acharne à faire respecter l'Etat de droit. Ironiquement, c'est le président Zuma lui-même qui l'a nommée à ce poste.
« Une autre issue possible serait pour le président lui-même de dire : "pour le bien de l’Afrique du Sud et pour le bien de notre ancien mouvement de libération, je vais me retirer pour permettre au parti de désigner un nouveau dirigeant", mais ce type d’actes, ce n’est pas vraiment le genre du président actuel », conlcut Susan Booysen.
source:Rfi.fr
 
 

Dior Niang

Samedi 2 Avril 2016 - 10:37



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter