Législatives tunisiennes: des premières tendances circulent déjà

Les Tunisiens ont voté, ce dimanche 26 octobre 2014, pour élire leurs 217 députés, dans un scrutin proportionnel à un seul tour. Plus de 5 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes. Le climat de ces deuxièmes législatives depuis la chute de Ben Ali, en 2011, aura été tendu. Les autorités redoutaient des attaques jihadistes. A la fermeture des bureaux de vote, le taux de participation était estimé à environ 60%.



Des agents armés de la Garde nationale sécurisent chaque bureau de vote. Tunis, le 26 octobre 2014. REUTERS/Zoubeir Souissi
Des agents armés de la Garde nationale sécurisent chaque bureau de vote. Tunis, le 26 octobre 2014. REUTERS/Zoubeir Souissi

Les électeurs tunisiens se sont finalement plus mobilisés qu'en 2011 lors du premier scrutin de l'après-Ben Ali. De longues files d’attente étaient visibles à Tunis dès l’ouverture des bureaux à 7h. Et ce, à la fois dans les quartiers bourgeois comme à la Marsa, ou d'autres quartiers beaucoup plus populaires comme Ettadhame. Puis l'affluence a eu tendance à diminuer en fin de matinée. Mais en fin de soirée, l'instance électorale ISIE évoquait un taux de participation de 61,8%. Selon les observateurs étrangers et tunisiens, le vote s'est par ailleurs déroulé sans irrégularité majeure sur l'ensemble du territoire, même si un certain nombre d'électeurs ont rencontré des difficultés relatives à leur inscription sur les listes électorales.

Deux jours après un affrontement meurtrier entre jihadistes et force de l’ordre en périphérie de Tunis, les autorités craignaient qu’un attentat ne perturbe ce processus démocratique. Environ 80 000 policiers étaient déployés dans l’ensemble du pays pour le vote. Des barrages routiers avaient été mis en place un peu partout et des agents armés de la Garde nationale sécurisaient chaque bureau de vote. Dans la matinée, quelques bureaux ont été fermés pour des raisons de sécurité dans la ville de Kasserine.

Bipolarisation de la vie politique annoncée

Quelque 1 300 listes étaient en lice dans ces législatives tunisiennes. L'issue du scrutin va s’en doute se jouer entre les deux principales forces politiques du pays, à savoir les islamistes d'Ennahda et les laïcs de Nida Tounes. Ce dimanche soir, les deux mouvements rivaux ont chacun donné une première conférence de presse. L'instance électorale en charge du scrutin a jusqu'à jeudi pour annoncer les résultats. Mais en fin de soirée, les premiers sondages de sortie d'urnes, d'abord ébruités par des cadres de Nidaa Tounes, puis diffusés par les médias tunisiens, ont donné Nida largement en tête. La fiabilité de ces sondages est cependant très discutée. Pour l'instant, Ennahda préfèrent d'ailleurs ne donner aucune tendance.

Avant le scrutin, tous les analystes pronostiquaient un face-à-face entre les islamistes et les modernistes, Nida Tounes apparaissant comme la seule véritable formation capable de rivaliser avec Ennahda. Ce deuxième scrutin de l’après-Ben Ali  devait donc consacrer la bipolarisation de la vie politique tunisienne. Pour autant, le mode de scrutin proportionnel, à un tour, pourrait favoriser aussi les petites formations, qui pourraient ainsi se poser en arbitres. Les formations de l’opposition  semblant capables de jouer un rôle sont les libéraux du Massar ou d’Afek Tounes, la gauche nationaliste du Front populaire, ou peut-être un « ovni politique », l'Union patriotique libre (UPL), d’un milliardaire autrefois proche du régime Kadhafi. Sans oublier bien sûr les anciens du parti du président déchu Ben Ali.

Incidents de vote relevés en France

En France, parmi les 180 000 électeurs tunisiens appelés à voter, certains ont fait part d'irrégularités et de manquements dans l'organisation du scrutin. Exemple avec Alia, Tunisienne vivant en France, qui devait voter à Paris. Il y a deux jours, elle a appris par courrier que son bureau serait en fait celui de Boulogne. Beaucoup de ses amis auraient vécu la même déconvenue, voyant leur bureau déplacé à plusieurs dizaines de kilomètres, voire en Tunisie.

Selon des électeurs s'exprimant sur Twitter, des bureaux de vote n'auraient jamais ouvert. Selon l'Instance régionale indépendante des élections tunisiennes en France, citée par l'agence de presse turque Anadolu, les bureaux de Laval, Brest et Lorient ont par exemple été déplacés à la dernière minute à Rennes ; celui du Havre à Rouen ; celui de Beauvais, à Creil. Elle n'a pas encore justifié ces problèmes d'organisation.

A Toulouse, une candidate rapportait vers 14h sur Twitter que l'opération de vote avait dû être suspendue à cause de mécontents empêchant l'accès au bureau de vote du consulat. A Asnières, en région parisienne, le président du bureau a rapporté que plusieurs personnes n'ont pas trouvé leur nom sur les listes une fois arrivés au bureau de vote.


Rfi.fr

Lundi 27 Octobre 2014 - 09:01



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