Les Mutilations Génitales Féminines: un problème universel



A l’occasion de la journée mondiale contre les mutilations génitales féminines, le 6 février,  les organisations qui luttent depuis des décennies ont décidé de mettre en  commun leurs efforts. Elles appellent à un arrêt de la médicalisation de l’excision par les professionnels de la  santé. C’est d’ailleurs le thème retenu par les Nations-Unies pour la campagne de 2015: « Mobilisation et implications des personnels de santé pour accélérer la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines ».

 
La médicalisation de l’excision malgré les lois
En effet dans 20% des cas, l’excision est effectuée par des professionnels de la santé en Afrique, surtout par des sages-femmes et des matrones spécialisées. En Indonésie, au Moyen –Orient et en Egypte, le taux atteint presque 40%. Bien que l’Egypte ait voté une loi contre la médicalisation de l’excision en 2008, les mutilations effectuées par les membres du corps médical continuent de plus belle. Un médecin vient d’être condamné le 26 janvier 2015, à deux ans et trois mois de prison pour avoir effectué une opération sur une adolescente de 14 ans. Sa clinique a été fermée par les autorités égyptiennes.
 
Les obstacles pour l’abandon des MGF
La mutilation génitale féminine consiste en l’ablation  partielle ou totale de l’appareil génital sans raison thérapeutique. C’est une pratique qui repose  sur des principes qui aujourd’hui non plus leur raison d’être et sur des convictions religieuses erronées. Au Sénégal,  17% des femmes pensent que l’excision est une recommandation de l’islam selon l’enquête démographique et de santé à indicateurs multiples (EDS-MICS). La même enquête indique que 5420 communautés pratiquantes ont déclaré leur abandon. La participation des dignitaires religieux qui tous affirment qu'aucune religion ne prône les mutilations, malgré les croyances populaires fortement ancrées dans les mentalités de certains groupes ethniques, constitue également un atout dans l’éradication des mutilations génitales féminines.
 
En Afrique, les mutilations génitales féminines reposent  sur un socle de normes sociales  et à ce titre il est difficile de les enrayer. Un travail de sensibilisation et d’éducation soutenu par les praticiens de la santé peut apporter un souffle nouveau afin de parvenir à la tolérance zéro. 20 des 28 pays d'Afrique concernés ont voté des lois pour réprimer cette tradition considérée comme un délit et une violation des droits humains. Cependant, l’Égypte, la Gambie, la Guinée, le Mali, la Sierra Leone, le Tchad et la Mauritanie demeurent malgré toutes les campagnes de sensibilisation  des pays  à haute prévalence.

 
Le Comité Inter-Africain, /Inter-African Commitee (CI-AF, /IAC) sur les pratiques nuisibles affectant la santé des femmes et des enfants ». La lutte pour l’abandon de l’excision est un combat de longue haleine.  Le « Comité Inter-Africain, /Inter-African Commitee (CI-AF, /IAC) sur les pratiques nuisibles affectant la santé des femmes et des enfants » a été créé le 6 avril  1984  à Dakar afin de mettre en œuvre un programme d’éradication des mutilations génitales féminines.  C’est la première organisation à s’être penchée sur un sujet aussi sensible  ce qui provoquait à l’époque des débats houleux. Depuis beaucoup d’eau a coulé sous la Falémé, cet affluent du fleuve Sénégal  qui prend sa source au Fouta-Djalon (Guinée) et sous le  fleuve Niger.  Et de  nombreuses organisations comme Tostan, FORWARD, Plan international, GAMS etc…et agences internationales s’impliquent dans des campagnes de sensibilisation. Tous les pays  africains sont unanimes pour mettre fin aux mutilations génitales féminines,  une pratique discriminatoire envers les filles et les femmes.

 
Les conséquences sur la santé des femmes
Actuellement, sous l’égide du CI-AF une coalition a vu le jour afin de mettre ensemble toutes les énergies, pour combattre ce fléau qui sévit encore dans de nombreuses contrées: en Afrique,  au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique du sud,  et dû au flux migratoire, en Europe, en  Amérique  du Nord et en Australie. L’Allemagne membre affilié du CI-AF/IAC   soutient cette campagne.  Les conséquences sur le plan de la santé sont néfastes pour les femmes: formation d’abcès, règles douloureuses, accouchement difficiles, risque d´épisiotomie soit de déchirure du vagin durant la délivrance, infection de l’appareil génital, stérilité, fistules et autres problèmes. La député madame Aminata Diallo affirme dans son discours à  l’assemblée nationale du Sénégal qu’à cause de l’excision, elle a dû subir à trois reprises une césarienne. Nombreux sont les témoignages de femmes qui ont le courage d’exprimer de vive voix  les maux dont elles souffrent suite à une excision mal faite.  Certes,  il se peut que certaines femmes ne connaissent pas toutes ces complications. et mènent  une vie sexuelle épanouie, mais la majorité d’entre elles subissent en silence  des  souffrances sur le plan physique, psychique et moral qu’engendrent les mutilations génitales féminines.

 
Excision dans les pays du Moyen-Orient  et d’Asie
L’excision est une atteinte à l’intégrité de la femme aussi bien physique que mentale, elle existe partout dans le monde et touche des pays dont on ne parle pas souvent. En Indonésie, le voile sur le tabou des mutilations génitales vient d’être levé. Il en est de même dans les régions curdes de l’Iraq et de l’Iran.  Selon les organisations non gouvernementales, 70% des femmes curdes de ces deux pays seraient excisées et dans les régions de Slemani, le taux atteint 65% selon WADI, soit dans la partie nord-ouest de l’Iran, en particulier dans les régions de Mokrayan et Baban. L’excision serait  pratiquée dans cette région par toutes les couches sociales. Jusqu’à ce jour, il n’a pas été possible d’identifier en Allemagne si la forte population curde, de ces deux pays, pratique l’excision. Si c’était le cas, on pourrait dire que c’est le secret le mieux gardé du monde.
 

Un recul des mutilations en Afrique
On constate en Afrique subsaharienne un recul de la prévalence dans les 28 pays concernés et en même temps un abaissement de l’âge à laquelle l’excision est pratiquée. Ainsi, au Burkina-Faso le taux est tombé de 70% à 28%,  en Guinée de 98% à 95% et au Bénin de 17% à 12%. Selon des statistiques tirées des enquêtes démographiques de santé de 2005 et 2010, au Sénégal,  la proportion des fillettes susceptibles d’être excisées a considérablement baissé. Pour les femmes de 15 à 49 ans, ce taux a baissé  de 2 points. Il existe cependant des poches de résistance dans le Fouta, la région de Matam et de Kolda. Dans certains pays, toutefois, il arrive que les nourrissons de moins d'un an représentent jusqu'à la moitié des cas. Il en est ainsi en Erythrée où le taux de bébés filles excisées atteint  44%  et 29 % au Mali, par exemple.  

 
L’Allemagne et l’excision
L’Allemagne est le dernier pays de l’Union européenne à avoir voté une loi au mois de juin 2013 contre l’interdiction des mutilations génitales féminines. Article 226 a du code Pénal. En Allemagne, où selon les estimations 4000 fillettes  seraient menacées de mutilations génitales féminines et 20 000 femmes seraient déjà excisées, l’accent est actuellement mis sur la défibulation. De plus en plus de jeunes femmes se font opérer dans les cliniques spécialisées qui ont vu le jour ces deux dernières années selon diverses méthodes mises au point par des spécialistes Européens ou Africains. Grâce au travail des organisations féminines, cette opération est entièrement prise en charge par la sécurité sociale.  En mettant l’accent sur les conséquences néfastes de l’excision, le personnel médical peut jouer un rôle de grande envergure dans  l’éradication de cette pratique qui perdure malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation.

 
Conclusion
Nous saluons tous les acteurs du corps médical qui chaque jour travaillent au bien-être des populations dont ils ont la responsabilité.  Ils respectent  ainsi le serment d’Hippocrate qu’ils ont fait,  à savoir entre autre, protéger  la santé des patients et l’intégrité physique des filles et des femmes  donc  ne pas effectuer d’excision sur la gent féminine. Nous ne luttons pas contre les traditions, mais pour l’élimination d’un acte de violence qui affecte la santé des femmes et des filles.
 

Dr. Pierrette Herzberger-Fofana

Samedi 7 Février 2015 - 17:54



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