Les Suisses refusent la construction de nouveaux minarets

Les citoyens helvétiques consultés par référendum ont approuvé à une majorité nette et inattendue une proposition visant à interdire la construction de nouveaux minarets dans la Confédération.



Copyright © 2009 Reuters
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Selon l'Agence télégraphique suisse ATS et d'autres médias locaux, 57,5% des votants ont approuvé cette proposition, ce qui constitue une grande surprise politique et cause quelque embarras au gouvernement.

Le "non" aux minarets a été adopté dans 22 des 26 cantons suisses, celui de Genève se prononçant contre l'interdiction des minarets dans une proportion de près de 60% des votants.

La "votation populaire" avait été organisée notamment à l'initiative de plusieurs dirigeants du Parti populaire suisse (SVP), devenu lors des dernières législatives la première formation du pays.

Le gouvernement et le Parlement helvétiques avaient rejeté cette initiative, estimant qu'elle violait la Constitution, la liberté religieuse et les valeurs de tolérance du pays et qu'elle ferait "le jeu des milieux extrémistes".

Le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, dont le siège est à Genève, avait également fait part de sa préoccupation.

"Les musulmans de Suisse seront en mesure de pratiquer leur religion seuls ou en communauté avec d'autres et de vivre en conformité avec leurs croyances tout comme avant", a souligné le Conseil fédéral (gouvernement) dans un communiqué .

"CONTRE L'ISLAMISATION DE LA SUISSE"

Mais il a fait savoir qu'il s'inclinerait devant le verdict du suffrage universel et interdirait la construction de minarets sur les salles de prières réservées aux musulmans, qui sont plus de 300.000 en Suisse, soit 4,0% de la population .

La ministre de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf a reconnu que le vote traduisait une peur de l'islamisme mais que cette interdiction n'était pas un bon moyen de "contrer les tendances extrémistes".

"J'imagine que nos relations commerciales avec d'autres pays vont devenir plus difficiles", a commenté la ministre dans une conférence de presse à Berne.

"Nous allons constater des conséquences dans le domaine des exportations et sans doute dans le secteur du tourisme", a-t-elle poursuivi.

"Au cours des dernières années, nous avons assisté à une croissance particulière (du tourisme) en provenance des Etats du Golfe. Cela nous a beaucoup aidés. Nous allons voir comment les choses vont évoluer", a-t-elle conclu.

De leur côté, les membres du SVP et de l'Union démocratique fédérale, qui avaient rassemblé assez de signatures pour imposer cette consultation, se sont félicités de leur victoire contre l'"islamisation de la Suisse".

"Nous voulons seulement mettre un terme à une islamisation plus importante de la Suisse, je veux parler de l'islam politique. Les gens peuvent pratiquer leur religion, aucun problème là-dessus", a déclaré à Reuters Walter Wobmann, un des parrains du référendum.

"Nous voulons éviter d'autres évolutions, les minarets, l'appel à la prière, la charia", a-t-il ajouté.

La ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, s'est déclarée "choquée" et a dit "regretter profondément" le résultat de cette consultation. "On a exploité les peurs et les inquiétudes", a-t-elle estimé.

La Suisse possède plusieurs centaines de mosquées, mais quatre seulement, dont celles de Genève et de Zurich, sont dotées de minarets. En tout état de cause, l'appel à la prière était déjà interdit sur le territoire de la Confédération.

La controverse tranchée dimanche par les électeurs a été engendrée par l'inflation des demandes de permis de construire des mosquées traditionnelles.

"Le plus dommageable pour nous n'est pas l'interdiction sur les minarets mais le symbole exprimé à travers ce vote. Les musulmans ne se sentent pas acceptés comme une communauté religieuse", a dit Farhad Afshar, président de la Coordination des organisations islamiques en Suisse.

Reuters

Lundi 30 Novembre 2009 - 09:10



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