Les musulmans visés en Centrafrique: «inadmissible» pour Le Drian

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, en tournée en Afrique, est au Congo pour fêter le 25ème anniversaire du protocole de Brazzaville. En exclusivité pour RFI, il fait le point sur la situation en Centrafrique, juste avant son départ pour Bangui, mercredi 12 février.



Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense, a entamé dimanche une tournée en Afrique centrale axée sur la poursuite de l'action militaire de la France pour stabiliser la Centrafrique.
Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense, a entamé dimanche une tournée en Afrique centrale axée sur la poursuite de l'action militaire de la France pour stabiliser la Centrafrique.

Le général Soriano, le patron de Sangaris à Bangui, laisse entendre, que « ceux qui se disent anti-balaka sont devenus les principaux ennemis de la paix en Centrafrique ». Le désarmement des milices reste une préoccupation ? C’est l’objectif de cette opération Sangaris ? Vous en avez encore parlé avec les chefs d’Etat que vous avez rencontrés que ce soit à Ndjamena ou ici à Brazzaville ?

Jean-Yves Le Drian : Je vais me rendre à Bangui ce mercredi. C’est mon troisième déplacement, avec le même message, mais avec peut-être encore plus de gravité que lors de mes deux premiers déplacements. Nous sommes mandatés par la communauté internationale, par les Nations unies, pour désarmer les milices quelles qu’elles soient. Quand je dis « nous », c’est à la fois les forces françaises de Sangaris et la Misca, les forces africaines. Il faut que chacun comprenne que nous irons jusqu’au bout de cette détermination. Que nous ne laisserons faire aucune impunité et qu’il faut que ces violences-là cessent, car de toutes façons nous les ferons cesser. Et lorsque le général Soriano s’est exprimé hier pour manifester sa colère contre les vrais ou faux anti-balaka, en tout cas contre les bandits, contre les milices qui retournent leurs armes contre la population centrafricaine, il est en pleine conformité avec ces orientations. Donc il y a de la part de la France une détermination totale qui ira jusqu’à son terme, qu’on ne s’y trompe pas.

Vous êtes en train de nous dire qu’il va y avoir un pas en avant dans l’usage de la force Sangaris à Bangui ou en région ?

L’usage de la force est autorisée par les Nations unies. Et on ne peut laisser des crimes impunis, des vengeances se développer sans qu’il soit mis obstacle à leur déroulé tragique. On ne peut laisser des bandits de grand chemin faire la loi comme ils l’entendent. Donc il y aura une grande fermeté de la part des forces françaises et africaines. En tout cas demain je rencontrerai les uns et les autres, y compris madame Samba-Panza, pour faire en sorte qu’il y ait un renforcement de l’action commune. D’ailleurs il faudra aussi, et nous le verrons avec les autorités de la transition, que la procédure judiciaire soit mise en œuvre dans les plus brefs délais, pour faire en sorte qu’aucun de ces crimes ne reste impuni et qu’aucun lynchage ne fasse l’objet d’un traitement autre que celui des médias. Et donc cette détermination, ce message, il sera très fort. Et je suis convaincu que madame Samba-Panza est tout à fait prête à cette démarche.

C’est une réponse à ceux qui accusaient Sangaris de passivité ces derniers jours ?

Il n’y a jamais eu de passivité de Sangaris. La mission de nos forces est l’impartialité, le désarmement des milices d’où qu’elles viennent. Mais il se trouve que les Seleka ont été désarmés un peu plus rapidement parce qu’ils étaient plus concentrés et qu’ensuite des groupes ont voulu se prendre à la communauté musulmane. C’est inacceptable, inadmissible ! Et nous allons le montrer !

Derrière ces milices anti-balaka, bardés de grigris qu’on croit parfois sortir d’un autre âge, selon vous il y a une stratégie, une stratégie politique ou c’est simplement une stratégie du chaos ?

S’il y a une stratégie politique elle doit être condamnée et les responsables punis. Si ce n’est que du banditisme de grand chemin qui profite d’une situation de désordre, eux, doivent être mis devant les tribunaux. Et s’ils ne cessent leurs actions, il faut user de la force. C’est ce que nous ferons.

Une question relative à vos entretiens à Brazzaville avec monsieur Sassou Nguesso, partenaire de la paix en RCA : qu’allez-vous lui dire ? Vous avez vu Idriss Deby le partenaire, au début de votre tournée ?

Les chefs d’Etat de la CEEAC sont très préoccupés, et ils ont raison, de la situation en Centrafrique ! Parce que si on laissait se mettre en place un creuset d’insécurité, de vide sécuritaire dans ce pays, tous les autres pays seraient concernés. Donc il faut rétablir des fonctions de l’Etat. C’est ce à quoi s’emploie madame Samba-Panza. Et à la fois le président Sassou, le président Deby, mais (aussi) le président Bongo (y) sont très sensibilisés. Ils ont mis des forces dans la Misca pour atteindre ces objectifs. Donc j’en ai parlé avec le président Deby, je vais en parler avec le président Sassou. Il importe que la pression politique se poursuive.

Source : Rfi.fr
 



Mardi 11 Février 2014 - 15:48



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