Lutte contre l'homophobie au Chili: il reste du chemin à faire

Au Chili, la justice vient de condamner les meurtriers d’un jeune homosexuel de 24 ans. Des condamnations exemplaires dans un pays qui jusqu’ici sanctionnait très peu ou pas les violences pour discrimination. Il faut dire que l’horreur du crime du jeune Daniel Zamudio en mars 2012 avait provoqué une vague d’indignation et d’émotion dans la population.



Le jeune Daniel Zamudio, assassiné en mars 2012, est devenu un symbole de l'homophobie criminelle au Chili. Facebook
Le jeune Daniel Zamudio, assassiné en mars 2012, est devenu un symbole de l'homophobie criminelle au Chili. Facebook
Le jeune Daniel Zamudio est retrouvé par des gardiens d’un parc situé au cœur de Santiago un samedi matin, le 3 mars 2012. Il est inconscient, le visage tuméfié, une oreille mutilée et des brûlures de cigarettes sur tout le corps. Des signes nazis ont été dessinés avec un objet coupant sur sa poitrine et sur son dos.
 
Le crime, par sa cruauté, bouleverse les gens. Grâce à la mère de Daniel Zamudio et au Mouvement de défense des droits des homosexuels et trans, le Movilh, qui lance une campagne à témoins, les quatre agresseurs sont rapidement identifiés et placés en détention provisoire. Ils révèlent l’avoir torturé pendant six heures, tout en se saoulant.
 
Tandis qu’on découvre les détails affreux du crime, Daniel Zamudio meurt au bout de 24 jours, sans avoir repris conscience. L’affaire fait le tour du monde, des personnalités comme Ricky Martin ou Boy’s George s’en émeuvent publiquement.
 
Plus d’un an et demi plus tard, les meurtriers condamnés
 
Les meurtriers ont été condamnés à des peines exemplaires. Le principal inculpé, Patricio Ahumada, a été condamné à perpétuité, deux autres à 15 ans de prison et le quatrième, le plus jeune de 19 ans, à 7 ans de prison. Si le père de la victime s’est dit satisfait, la mère aurait préféré que tous soient condamnés à perpétuité. C’est une première au Chili, où, jusqu’ici, les crimes homophobes n’étaient pratiquement pas sanctionnés. Même s’il y a une évolution au niveau des mentalités chez les jeunes, l’homophobie, et l’intolérance en général, reste très forte dans le pays. L’affaire avait choqué également le monde politique, qui a approuvé une loi qui traînait dans les tiroirs depuis longtemps, la loi anti-discrimination, surnommée aujourd’hui loi Zamudio.

 
Les agressions homophobes se poursuivent

 
Mais malgré la nouvelle loi les agressions continuent. Une semaine avant le verdict dans l'affaire Zamudio, un jeune homme de 21 ans, Wladimir Sepulveda a été transporté inconscient à l’hôpital après avoir été violemment frappé par un groupe de jeunes, parce qu’il était homosexuel. Il est actuellement dans le coma, dans un état critique. Une veillée de solidarité se déroulait dans la nuit du mercredi 30 octobre, même face à l’hôpital, à Rancagua, à 100 km au sud de Santiago.
 
Cette affaire est d’autant plus consternante que les services d’urgence ont d’abord déclaré les lésions de Wladimir, alors même qu’il était inconscient, légères, tandis que la police enregistrait les plaintes pour agression… des propres agresseurs du jeune homme. Le monde à l’envers ! Quant au juge, il a déclaré que les insultes homophobes étaient «logiques et communes» dans une rixe, donc pas de quoi invoquer la nouvelle loi anti-discrimination. L’unique interpellé jusqu’ici a simplement été placé en résidence surveillée. C’est dire s’il reste du chemin à faire…

Source : Rfi.fr
 

Dépéche

Jeudi 31 Octobre 2013 - 10:31



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