Lutte contre le terrorisme au Sénégal, attention aux dérives



Lutte contre le terrorisme au Sénégal, attention aux dérives
L’évocation de l’arrestation de supposés terroristes au Sénégal, jusque-là épargné, confirme les inquiétudes de certains spécialistes comme Dr Bakary Samb et révèle que la menace est devenue bien « réelle ». L’Etat semble prendre les devants. Mais attention aux dérives. Le discours du chef de l’Etat Macky Sall à l’occasion de l’ouverture du Forum international sur la Paix et la sécurité en Afrique ce mardi 09 novembre à Dakar renseigne certes sur l’engagement de l’Etat à lutter contre le phénomène, mais laisse aussi entrevoir des risques de violations des droits humains et, en conséquence, de radicalisation. Pour contrer le terrorisme Macky Sall appelle à une formation des religieux en ces termes « Cela nécessite une formation des imams dans le sens d’un islam tolérant.. ». Ces propos du chef de l'Etat rappellent ceux du Premier ministre français Manuel Valls le 3 mars 2015 à Strasbourg. Dès lors, la question qui s’impose est de savoir le Président Macky Sall veut former quels religieux pour quel islam ?


Rappelons que pour Manuel Vals, l’objectif de la formation des imams est de réformer l’islam de France. L’islam du Sénégal comme l’a si bien dit le chef de l’Etat est « modérée et tolérante ».
La pratique de l’islam au Sénégal est certes tolérante, mais elle est, en réalité, diverse car basée sur des confréries (le soufisme). En dehors des confréries sur lesquelles s’adosse l’islam au Sénégal, il est souvent noté de nombreux groupuscules au sein d’une même confrérie. Aussi bien les groupuscules et les confréries, la manière de concevoir et de pratiquer la religion présente souvent des différences. A ces Sénégalais s’ajoutent ceux qui sont désignés communément sous l’appellation de « Ibadous ». Les « Ibadous » se disent incarner un islam qui s’inspire exclusivement du Coran et de la Sunna (le Salafisme). Une représentation de l’islam qui est différente alors de celle de la majorité des Sénégalais, affiliés au soufisme. Ceux-là qui ont une perception de l’islam autre que le soufisme au Sénégal sont avertis " Nous ne saurions donc accepter chez nous qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion", affirme le Président Macky Sall.

Pourtant, par-delà les rares tensions souvent notées et inhérentes à toute société humaine entre tantôt des membres de confréries différentes, tantôt entre des soufistes et salafistes, les Sénégalais ont toujours vécu leurs différences dans la pratique de l’islam dans la paix. Et jusque-là, l’Etat sénégalais à assurer aux Sénégalais, conformément à l’article 8 de la Constitution, la liberté d’exercer le culte de leur choix. C’est pareil pour le port de voile intégral. Un choix vestimentaire que la société a fini par intégrer et accepter. Après le projet de réforme des « Daaras », aujourd’hui l’Etat du Sénégal, au nom de la lutte contre le terrorisme, veut s’attaquer au voile intégral, à la liberté de culte, etc. Au regard du fait que ces mêmes problématiques sont soulevées par la France dans un passé encore récent, la question est de savoir si les autorités sénégalaises ne sont pas de simples exécutants d'une stratégie bien définie par les Occidentaux ?


En tout cas, espérons que le placement sous mandat de dépôt de Sénégalais dans le cadre de la lutte contre le terrorisme fait suite à de SERIEUX indices. L’affaire du policier Tombon Oualy, malgré les fortes accusations sur lui relayées par une certaine presse, nous amène à inviter l’Etat à plus de prudence. Si la force pouvait venir à bout du terrorisme, on n’en parlerait plus aujourd’hui. La lutte contre le terrorisme a causé beaucoup de violations de droits de l'Homme qui a contribué à exacerber la radicalisation. ATTENTION A L’EXCÈS.

Adama SADIO ADO
Chercheur en Sciences Politiques
 


Mardi 10 Novembre 2015 - 09:57



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