Lynchages à Madagascar: l'enquête se poursuit, les rumeurs sur le net vont bon train

A Madagascar, 37 personnes ont été auditionnées au total, dans l'enquête sur la disparition et le meurtre d'un enfant, et les trois lynchages - un Français, un Franco-Italien et un Malgache -, sur l'île de Nosy Be. Treize de ces personnes ont été déférées devant la justice jeudi 10 octobre. Deux d'entre elles sont directement accusées d'avoir participé aux lynchages.



Policiers et gendarmes patrouillent à Hell-Ville, la capitale de l'île de Nosy Be, recherchant auteurs et témoins des lynchages. AFP PHOTO / RIJASOLO
Policiers et gendarmes patrouillent à Hell-Ville, la capitale de l'île de Nosy Be, recherchant auteurs et témoins des lynchages. AFP PHOTO / RIJASOLO
Selon la gendarmerie, 11 des 13 personnes déférées à Antananarivo sont accusées d'avoir participé aux émeutes qui ont eu lieu la veille et le jour des trois lynchages, et deux d'entre elles sont accusées d'avoir participé aux lynchages eux-mêmes.
 
Ces personnes sont accusées de meurtre avec préméditation. Elles ont été identifiées grâce aux vidéos et photos amateur prises pendant ces lynchages.
 
Les 37 personnes auditionnées ont été arrêtées en quelques jours et dans un contexte de ville quadrillée par le double des effectifs normaux de gendarmerie depuis le drame.
 
→ A (RE)LIRE : Lynchage à Madagascar : la population dénonce des arrestations arbitraires

 
Concernant le meurtre de l'enfant, dont le corps a été retrouvé le 3 octobre sur une plage, le colonel Yvon, commandant de groupement de la région Diana (Nosy Be) confirme que la gendarmerie croit à la version de la famille de l'enfant.
 
La gendarmerie ne recherche plus d'assassin sauf élément nouveau. Elle accuse le Malgache lynché par la foule d'être le meurtrier. Concernant l'implication des deux Européens, également lynchés, dans la disparition et le meurtre de cet enfant, la gendarmerie admet qu'elle n'a pas encore assez de preuves.

■ Débats, vidéos et rumeurs : les lynchages de Nosy Be agitent le net

 
L’affaire déchaîne les passions sur Internet. Et les internautes sont nombreux à réagir. Ils cherchent à comprendre, face à une enquête qui, dans ces cas-là, ne va jamais assez vite. Les gens veulent des réponses, surtout à la question « Pourquoi ? ». Cela donne des échanges très vifs, car certains justifient le drame sur leur page Facebook ou sur leur compte Twitter. Pour eux, les trois hommes étaient coupables de meurtre, de pédophilie, ou encore de trafic d’organes et ils méritaient ce châtiment. Pour d’autres, la population a exprimé son exaspération face à la corruption des forces de l’ordre et de la justice. Il y a notamment un internaute qui clame son soutien aux auteurs du lynchage. «Vous êtes notre fierté » écrit-il.
A l’opposé, beaucoup d’internautes malgaches expriment leur consternation, leur honte, leur tristesse après les événements. Et ils essaient eux aussi de faire avancer l’enquête en publiant par exemple des articles scientifiques, sur le mythe du trafic d’organes, ou sur le tourisme sexuel à Nosy Be. Des thèmes qui reviennent autour de cette affaire. Chacun avance des arguments et essaie de comprendre et de discerner le vrai de la rumeur dans cette affaire très trouble et qui émeut beaucoup.
 
Le lynchage des deux hommes et le bûcher ont été filmés par des témoins, et la vidéo circule sur les réseaux sociaux et sur des sites internet. Ces images insoutenables font parler sur la toile. Un collectif de photographes a lancé une contre-offensive, avec un événement Facebook qui s’intitule « Nosy Be est formidable, cessez de partager cette vidéo abominable ». Ces photographes se disent malheureux que l’image de cette île paradisiaque ait été ternie par les événements et par cette vidéo. Ils ont rassemblé 1 400 personnes jusqu’à maintenant.
 
Peu de Malgaches ont accès à Internet. C'est donc assez surprenant que cette affaire prenne une telle ampleur sur le web. Il est vrai que 2% de la population sont connectés mais pas seulement. Dans la capitale, beaucoup de gens accèdent à Facebook via leur téléphone. Des jeunes et des moins jeunes sont très actifs sur les réseaux sociaux grâce à des forfaits téléphoniques spéciaux et peu chers. C’est ainsi que les débats et les rumeurs s’alimentent sur ce réseau.

Source : Rfi.fr

Dépéche

Vendredi 11 Octobre 2013 - 11:12



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