Mali: le dialogue reprend timidement entre pouvoir et groupes armés

La Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest se réunit ce vendredi 30 mai à Accra, au Ghana. La Cédéao doit évoquer le cas des jihadistes de Boko Haram au Nigeria, mais également le Mali, quelques jours après les sanglants combats de Kidal entre soldats et groupes armés. Bamako a reconnu que son armée avait attaqué le 21 mai. Son assaut a échoué. Elle a perdu cinquante hommes. Cinquante autres sont prisonniers. Ces combats ont mis à mal la confiance entre Bamako et les groupes armés. Le dialogue reprend timidement.



Le président burkinabè, Blaise Compaore (c) salue Bilal Ag Acherif, le secrétaire général du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), après la signature de l'accord, le 18 juin 2013 à Ouagadougou. AFP/AHMED OUOBA
Le président burkinabè, Blaise Compaore (c) salue Bilal Ag Acherif, le secrétaire général du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), après la signature de l'accord, le 18 juin 2013 à Ouagadougou. AFP/AHMED OUOBA

La confiance est déjà érodée par des affrontements le 17 mai, lors d'une visite du Premier ministre Moussa Mara à Kidal. Des combats avaient éclaté. Des fonctionnaires avaient été assassinés. Concernant l'attaque du 21 mai, le ministre de la Communication avait reconnu une initiative de l'armée en contradiction avec les ordres du président Ibrahim Boubacar Keita. Le ministre de la Défense, Soumaïla Boubeye Maïga a démissionné. Mais, pour le MNLA et son porte-parole Mossa Ag Attaher, cela ne suffit pas :

«La solution c'est pas la démission d'un ministre. Ce n'est pas la démission même d'un Premier ministre. C'est l'acceptation d'affronter le problème en face. Et d'arrêter de chercher des boucs émissaires à chaque événement».

Mais, au fil des jours, les deux parties ont quand même fait des efforts. Le MNLA a remis le gouvernorat à la force internationale Minusma, en exigeant qu'aucun militaire malien n'y mette les pieds. Moussa Mara, le Premier ministre malien, lui, s'est déclaré prêt au dialogue :

« Aujourd'hui, nous sommes dans une phase où il faut restaurer la confiance. Que les instances qui sont prévues dans le cadre des accords de Ouagadougou, comme le comité technique de suivi, le comité politique, que toutes ces structures se réunissent très rapidement, et que les véritables rounds de discussion puissent se faire le plus rapidement possible ».

Rétablir la confiance

Donc, un discours volontariste pour mettre en place des organes qui n'ont jamais vu le jour depuis l'accord d’Ouagadougou, signé il y a presque un an. Néanmoins, le MNLA veut croire en la parole du Premier ministre. Son porte-parole, Mossa Ag Attaher :

« On espère tout simplement enfin pouvoir faire confiance. Nous le prenons au mot. Et nous allons voir dans les jours à venir si ce discours officiel dans les médias va rimer avec le discours concret sur le terrain pour aller vers la paix ».

Maintenant, au-delà des bonnes intentions, il existe beaucoup de problèmes épineux à régler. Entre autres, le cas des prisonniers détenus par les deux camps, le retour de l'administration, et même le lieu des négociations. Moussa Mara déclare :

« Le processus de dialogue et de pourparlers inclusifs aura lieu, dans sa phase décisive, sur notre territoire au Mali. Nous souhaitons que l'administration puisse revenir à Kidal le plus rapidement possible, dans un cadre à convenir avec les groupes armés, avec la facilitation de la Minusma. Nous souhaitons évidemment que tous les prisonniers de l'armée malienne qui sont encore aujourd'hui aux mains de ces groupes armés puissent être libérés. C'est une mesure là aussi de confiance. nous sommes optimistes».

Libération des prisonniers

Dans sa réponse au Premier ministre, Mossa Ag Attaher montre bien qu'il faudra du temps avant toute normalisation :

« Moussa Mara demande la libération de ses soldats. Le MNLA demande la libération des pauvres bergers, et des pauvres éleveurs arrêtés injustement et qui croupissent dans les prisons de Bamako. Nous souhaitons savoir qui est en prison. Plusieurs détenus auraient trouvé la mort dans les prisons de Bamako. Nous voulons vraiment que ce travail soit sérieusement fait avant de parler d'échange de prisonniers. Quand un accord verra le jour, ce jour il n'y aura pas de problème, pour que l'administration qui mérite d'être à Kidal, soit à Kidal. Nous souhaitons que les négociations se fassent sur un terrain neutre, à l'exception d'un terrain belligérant. Or jusqu'à preuve du contraire, nous sommes en belligérance avec le gouvernement du Mali, et le gouvernement du Mali ne peut pas nous imposer de nous asseoir avec lui à Bamako où il se sent dans une position de force. Ni dans tout autre endroit au Mali où le gouvernement du Mali peut faire des pressions quelconques ».

Petite avancée

Sur la question des prisonniers, ce matin, le ministre malien de la Communication les décrit comme des combattants, dont certains seraient des terroristes. Pour autant, Mahamadou Camara n'est pas opposé à un échange. Tout dépendra des négociations, dit-il. Sous réserve que les groupes armés reconnaissent l'intégrité du territoire malien, et se démarquent de ce qu'il appelle les groupes terroristes.

En tout cas hier, petite avancée : une réunion s'est tenue au Burkina Faso entre groupes armés et Modibo Keita, le représentant de la présidence malienne. Le médiateur burkinabè, Djibril Bassolé a demandé des efforts concrets et un début rapide des pourparlers.

Source : Rfi.fr
 



Samedi 31 Mai 2014 - 10:35



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