Mali : les Maliens du nord stigmatisés et victimes d'exactions

En marge des opérations militaires, chez les populations, la crainte de représailles ciblées grandit. Crainte de représailles dans le nord contre des peuls accusés d’être pro-Mujao, car certains ont été vus dans les rangs des jihadistes. Crainte de représailles aussi contre les « teints clairs », comme on les appelle, c'est-à-dire les communautés arabes et tamacheks, accusées de collusion avec les terroristes. Ces derniers jours plusieurs Maliens au teint clair se sont sentis menacés dans la capitale.



Les peuls, notamment, sont parfois accusés d'être pro-Mujao. Ici un combattant du Mujao. AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO
Les peuls, notamment, sont parfois accusés d'être pro-Mujao. Ici un combattant du Mujao. AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO
Ce sont des cas isolés mais qui inquiètent ici à Bamako. A chaque fois les témoignages se ressemblent : les exactions se déroulent la nuit en général, des hommes en tenue et en armes à bord de pick-up font irruption dans une maison, ils sèment la terreur, insultent les occupants et parfois parviennent à repartir avec de l’or, des téléphones ou toute une partie des meubles. Sur la nature des assaillants, personne ne veut ou n’ose trancher, comme le dit cet entrepreneur arabe qui préfère garder l’anonymat :

« Il y a eu des exactions, il y a eu des perquisitions. C'est surtout la nuit et c'est ce qui fait peur car on ne sait pas qui est qui la nuit. Est-ce que c'est des voyous qui se déguisent ? Est-ce que c'est réellement les services d'ordre ? Il ne faut pas que des personnes soient traquées à cause de la couleur de leur peau ».

La semaine dernière, la Sonef, une société de transport qui appartient à une famille d’arabes de Gao a été directement visée. Accusés d’avoir transporté des jihadistes dans un de leurs bus, les dirigeants ont été interpellés plus d’une dizaine d’heures pendant que les magasins de la société étaient détruits là aussi par des hommes armés en tenue. Khalifa Ould, le directeur général, se dit fatigué de ce climat :

« On est complètement abattus parce qu'on est victimes des deux côtés. Au nord, on est menacé, on n'a pas mis un pied à Gao, chez nous, depuis le début des événements parce que tout simplement on est considéré comme des ennemis là-bas. Et ici, c'est à peu près la même chose ».

Ces arabes, mais aussi des tamacheks, disent craindre que l’état d’urgence en vigueur depuis la semaine dernière soit la porte ouverte à une recrudescence des perquisitions ciblées.
Source: RFI

Dépêche

Samedi 19 Janvier 2013 - 12:30


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter