Mali: les enjeux de la signature de l'accord de paix

Ce samedi 20 juin 2015, la Coalition des mouvements de l'Azawad (CMA) doit définitivement signer, à son tour, l'accord de paix pour le nord du Mali. Un texte que le gouvernement de Bamako et les groupes armés loyalistes avaient déjà validé le 15 mai dernier, mais en l'absence de la partie adverse, les groupes rebelles armés représentés par la CMA. Cette signature, rendue possible par la levée d'ultimes obstacles, a de multiples enjeux. Elle doit mettre fin à un conflit qui date de 2012 et qui a littéralement exténué les populations.



L'attente a été longue. Trois années et demie de conflit, près d’un an de négociations  pour le moins difficiles depuis juillet dernier, et un mois de période de flou. Depuis que le gouvernement malien et les groupes armés loyalistes de la Plateforme ont eux-mêmessigné le texte  le 15 mai dernier, le Mali est entré dans une période transitoire pendant laquelle l’accord de paix est officiellement en vigueur, tandis que sa mise en œuvre est de fait suspendue en l'absence de signature par les rebelles, et alors que les combats  ont continué sur le terrain depuis lors.

Après la cérémonie de signature attendue ce samedi autour de la CMA, c’est donc une nouvelle période qui doit s'ouvrir dans le pays. Une période qui s’annonce d'ores et déjà compliquée, avec l’application progressive du texte. Ce dernier prévoit notamment une décentralisation très poussée du pouvoir à destination des régions, avec de puissantes assemblées régionales dont les présidents seront directement élus, mais aussi la démobilisation des combattants des groupes armés et une plus grande représentation des populations du nord dans les institutions nationales.

Point sensible, il est aussi question d'un redéploiement de l’armée nationale sur l’ensemble du territoire malien. Et le tout, étant affirmé que l'intégrité et l'unité territoriale du Mali est sauvegardée. Si la diversité culturelle et ethnique du pays est reconnue dans l'accord, qui insiste sur un rééquilibrage du budget et le développement des régions septentrionales, un seul drapeau doit en théorie, selon cet accord, flotter en effet au Mali dorénavant.

Le programme de la cérémonie

 

C’est le chef de l’Etat malien Ibrahim Boubacar Keïta qui doit présider la cérémonie et la conclure par un discours. Les représentants rebelles signeront le texte après des prises de parole du ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et de son homologue algérien Ramtane Lamamra, qui a dirigé la médiation internationale.

Le chef de la mission onusienne au Mali, Mongi Hamdi, est également annoncé, ainsi que des représentants de toute la médiation internationale. Les rebelles de la Coordination des mouvements de l’Azawad  devraient s’exprimer eux aussi, ainsi que ceux des groupes pro-Bamako de la Plateforme. Deux coalitions de combattants qui deviendront officiellement, à ce moment de la cérémonie, d’anciens ennemis.

Les rebelles de Kidal représentés

Au total, une centaine de personnes sont venues du fief des rebelles dan le nord, la région de Kidal, pour participer à la cérémonie de signature de l’accord de paix. Parmi ces personnes : Mohamed ag Intalla, chef traditionnel des Touaregs de la tribu des Ifoghas, mais aussi son frère, Elrabas ag Intalla. Ce dernier est considéré comme un faucon et sa venue est interprétée plutôt comme un bon signe pour le processus de paix. D’après les informations de RFI, il pourrait même être celui qui va signer l’accord de paix et de réconciliation au nom de la Coordination des mouvements de l’Azawad.

« Nous sommes venus pour faire la paix. Que chacun respecte ses engagements et tout ira bien », explique un membre de l’imposante délégation venue du nord-est du Mali. La région de Kidal, qui couvre environ 280 000 km², est aux mains des rebelles. Depuis les indépendances, toutes les rébellions touarègues ont été organisées à partir de cette partie du pays. Ce qui veut dire en substance : qui arrive à faire la paix avec les groupes armés de Kidal, fait la paix avec tous les rebelles du nord du Mali.

Cessez-le-feu difficile à tenir

Depuis 2013, le cessez-le-feu a été violé à plusieurs reprises et dans les trois régions du nord du Mali. Le premier enjeu de cette cérémonie de signature de l’accord par les rebelles est donc de pouvoir, enfin, obtenir de la part de tous les belligérants le respect scrupuleux de la fin des hostilités sur le terrain. Une fin effective des hostilités permettrait de rendre leprocessus de paix  irréversible, afin que tout Malien du sud puisse se sentir chez lui au nord, et vice-versa. L'un des enjeux est d'ailleurs de voir revenir dans leur pays d’origine de nombreux réfugiés partis dans les pays voisins.

Mais la paix sur le papier n’est pas la paix sur le terrain. Il va falloir appliquer l’accord avec doigté ; régler les problèmes de sécurité, les problèmes militaires, politiques, institutionnels, et assurer le développement des régions. La base pour faire aboutir un tel programme reste la confiance entre les différents acteurs, analyse un responsable de la mission onusienne au Mali. Les rebelles étaient dans un premier temps fermement indépendantistes, avec un drapeau à eux. En signant l’accord, ils mettent pour le moment de l’eau dans leur vin. Reste à voir comment seront accordés des pouvoirs étendus aux régions, et si le drapeau malien flottera bel et bien; à l'avenir, sur tout le territoire national.

Les derniers obstacles enfin levés

A la veille du 15 mai dernier, jour de la signature officiel de l'accord par le gouvernement et les groupes armés pro-Bamako, la CMA avait paraphé  le texte à Alger tout en réclamant un délai et l'ouverture de nouvelles négociations en préalable à une signature définitive du document. Or, depuis lors, ils ont obtenu deux documents. D'abord, les groupes pro-Bamako se sont engagés à évacuer la ville de Ménaka. Un point déterminant puisque le 27 avril dernier, la prise de ces positions rebelles par les groupes armés pro-Bamako avait été le point de départ d'une série d'affrontements qui ont fragilisé le cessez-le-feu.

Ensuite, les rebelles du nord du Mali ont obtenu sur papier le principe d'une présence plus significative de leurs troupes dans la future armée nationale qui sera déployée dans le nord du Mali. Un point lui aussi particulièrement crucial, auquel il faut ajouter un troisième acte dans la levée des derniers obstacles, lorsque le gouvernement malien, il y a environ 48 heures, a levé des mandats d'arrêt visant des responsables de la rébellion. De quoi faciliter leur venue à Bamako. Ces ultimes obstacles étant levés, il y a tout de même de quoi laisser place au soulagement et à l'espoir au sein de la population malienne.

Certains y croient, mais pas tout le monde

Soulagement, espoir, c'est ce que suscite en premier lieu la cérémonie du jour à Bamako. « Je suis vraiment content. Tous les Maliens sont pressés de sortir de cette crise. Le pays va retrouver son intégrité territoriale. C'est une bonne décision de la part de nos amis, de nos frères qui ont décidé de déposer les armes et de nous accompagner vers cette paix », explique un habitant de la capitale malienne.

Mais parce que le conflit a duré trop longtemps, et parce que d'autres accords de paix ont déjà été signés lors de précédentes rébellions, il y a aussi ceux qui n'y croient pas. « Ce sont des accords politiques. Pour moi, ça ne va rien changer », s'inquiète un Malien désabusé.

Population, parties prenantes ou médiateurs, tous en ont conscience : c'est bien la mise en œuvre de l'accord qui permettra de juger de sa réussite. Et cette mise en œuvre ne s'annonce pas simple. Le chronogramme d'application de tous les points de l'accord, prévu dans ce dernier, servira sans doute à faire rapidement le point sur l'évolution de la situation.


Rfi.fr

Samedi 20 Juin 2015 - 11:46



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