Mali: qui sont les nouveaux chefs des katibas jihadistes?

Les militaires français poursuivent leur opération antiterroriste contre les groupes jihadistes dans le nord du Mali. Les autorités françaises ont ainsi confirmé avoir tué fin avril le chef du mouvement jihadiste al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar : l’émir Aboubakr al-Nasri, un quasi inconnu dans la nébuleuse jihadiste sahélo-saharienne.



Un combattant d'Aqmi, dans le nord du Mali, janvier 2013. AFP PHOTO / SITE Monitoring Service
Un combattant d'Aqmi, dans le nord du Mali, janvier 2013. AFP PHOTO / SITE Monitoring Service

D’al-Mourabitoune, on connaît surtout la figure emblématique : Mokhtar Belmokhtar, un ancien du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le progrès) devenu l'un des piliers d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) avant d’en être exclu en 2012 par le chefAbdelmalek Droukdel.  Sa tête est aujourd’hui mise à prix par les Américains pour 5 millions de dollars. Il est recherché par tous les services de renseignements présents au Sahel. On ignorait jusque-là le nom du chef des Mourabitoune : l’émir Aboubakr al-Nasri. Cet Egyptien a été tué mi-avril par les forces spéciales françaises. Al-Nasri est l’un des nombreux lieutenants de Belmokhtar tués ces derniers mois au cours d’opérations antiterroristes menées par les Français : le plus connu du grand public reste Oumar Ould Hamaha dit « barbe rouge », de la communauté arabe des Bérabiches. Sa mort a été démentie le 13 avril dernier par Aqmi « Oumar Ould Hamaha est bien vivant. Il n'a pas été tué par les Français contrairement aux déclarations du ministre français de la Défense », a affirmé le porte-parole d'Aqmi, Abou Assem Al-Mouhajir cité par l'Agence Nouakchott d'information (ANI). Du côté des services français, on persiste et on signe : Ould Hamaha a bel et bien été tué.

Selon une source proche des services français de renseignements, al-Mourabitoune aurait enregistré de nombreuses pertes et compterait aujourd’hui moins d’une centaine de combattants, avant tout des Maliens. Ils sont touaregs, arabes, mais aussi peuls et des songhaïs. On note des Algériens parmi les cadres, des Tunisiens, quelques Nigériens de la communauté Daoussak, mais peu de Nigérians et de Mauritaniens. Leur zone d’action s’étendrait dans le nord du Mali, de la région de Timétrine, au sud de Tessalit, à la Vallée du Telemsi, jusqu’à Ansongo, avec des connexions jusqu’en Libye. « Aujourd’hui, les groupes qui interviennent dans la zone sahélo-saharienne sont à la recherche de contact avec la mouvance jihadiste internationale», explique un bon connaisseur du dossier, « et la connexion se fait dans l’Est libyen, en Cyrénaïque : Benghazi, Derna, c’est là que tout se passe actuellement ». C’est là que Belmokhtar est parti recruter et qu’il s’est rapproché d’un autre groupe d’al-Qaïda, Ansar al-Charia. Aqmi semble avoir, lui aussi, tenté un rapprochement avec Ansar al-Charia.

Frémissement d’une nouvelle organisation

Depuis 2012, Aqmi et Al-Mourabitoune  sont des concurrents sur le terrain sahélien : depuis son éviction d’Aqmi, Belmokhtar est à la recherche d’une identité propre. Récemment, une nouvelle signature est apparue aux côtés de Mokhtar Belmokhtar :  « Grand Sahara islamique », un nom qui sonne comme une nouvelle franchise d’al-Qaïda. En avril dernier, l’Algérien a réaffirmé son allégeance au successeur d’Oussama Ben Laden, l’Egyptien Ayman al-Zawahiri.  Du côté d’Aqmi, la campagne de la force Serval dans le Tigharghar, dans le massif des Ifoghas,  a mis à mal l’organisation du mouvement jihadiste. La mort d’Abdelhamid Abou Zeid  lors d’une attaque française fin février 2013 a obligé à une réorganisation des katibas sahéliennes du mouvement jihadiste.

« Désormais on compte quatre katibas sahéliennes sous le commandement de l’émir Abou Yaya el-Houmam », précise un spécialiste du contre-espionnage français : la katiba Tarik Ibn Ziad , dirigée jusqu’à sa mort par Abou Zeid ; la katiba al-Fourkan ; la katiba al-Ansar d’Abdelkrim el Targui, un proche de Iyad ag Ghali  ; et plus récemment la katiba Youssef Ibn Tachnin, composée de Touaregs de Kidal, dont Sidan ag Hitta. « Aqmi compte de plus en plus de Touaregs dans ses rangs », précise notre spécialiste du contre espionnage. « Leur zone d’influence s’étend au nord de Kidal dans la région frontalière algérienne dans les contreforts est de l’Adrar des Ifoghas ».

La guerre contre les jihadistes se poursuit

L’élimination des barons d’Aqmi reste un des objectifs prioritaires des forces françaises qui confirment avoir abattu Haroun Saïd  (Abou Jemal) fin avril lors d’un raid aérien dans le Tigharghar. Personnage important du mouvement jihadiste malien Ansar Dine de Iyad ag Ghali, il est présenté comme l’un des cadres les plus radicaux du mouvement. Expert en arme, il était chargé des relations avec la katiba d’Abdelkrim el Targui. « Il faisait partie du premier cercle de Iyad ag Ghali », assure-t-on chez les Français. Iyad ag Ghali, officiellement désigné par les Américains comme terroriste depuis février 2013, apparaît comme un élément majeur dans la mouvance jihadiste malienne. « Il représente un potentiel énorme de nuisance dans toute la région », analyse un agent français du renseignement qui confirme qu’il est avec Mokhtar Belmokhtar, l’un des hommes les plus recherchés actuellement au nord du Mali.


■ Qui était Aboubakr al-Nasri ?

Aboubakr al-Nasri a été tué par les militaires français entre le 10 et le 17 avril dernier dans la région de Timetrine au nord-est du Mali au cours d’une opération anti terroriste. D’origine Egyptienne, al-Nasri était depuis août 2013 l’émir du mouvement al-Mourabitoune. Il avait été nommé par Mokhtar Belmokhtar à ce poste au moment de la création du mouvement composé de ses propres brigades « les Signataires par le sang » et du Mujao, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest  d’Ahmed el Telemsi.

Selon des sources françaises de renseignement, Aboubakr al-Nasri a été choisi pour être l’émir d’al-Mourabitoune en raison de son pedigree « international ». D’origine égyptienne, cet ancien militaire a combattu en Afghanistan aux côtés des talibans. Cet expert en armement a été instructeur dans un camp d’entraînement d’al-Qaïda à Benghazi en Libye. « C’est là que Belmokhtar l’a recruté », indique un agent du renseignement français. Nous sommes alors à l’automne 2011. Les deux hommes vont retourner au nord du Mali où ils prépareront la prise d’otage d’In Amenas en Algérie, début 2013.

Aboubakr al-Nasri prétendait entretenir une relation directe avec le chef d’al-Qaïda, l’Egyptien Ayman al-Zawahiri. Une filiation importante pour Belmokhtar. Ce dernier, ancien cadre d’Aqmi avait été évincé du mouvement en 2012 . Il était devenu l’ennemi intime d’Abou Zeid, qui sera tué, lui aussi, par la force Serval fin février 2013. Depuis son éviction, Belmokhtar  était à la recherche d’un adoubement direct auprès d’al-Qaïda. Aboubakr al-Nasri a pu jouer les relais entre le jihadiste algérien et l’Egyptien Ayman al-Zawahiri, le successeur d’Oussama Ben Laden.

Source : Rfi.fr
 



Jeudi 15 Mai 2014 - 02:35



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