Martin Kobler: «La Monusco n'est pas responsable de tout ce qui se passe en RDC»

En République démocratique du Congo, Goma a été frappée par de nouveaux tirs d'obus ces derniers jours. Des tirs qui ont fait trois morts et ont déclenché des manifestations d'habitants en colère contre la mission de l'ONU qu'ils accusent d'être inactive face à la rébellion du M23. Dans ce contexte, Martin Kobler, chef de la Monusco et représentant spécial du secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon en RDC est allé passer trois jours à Goma.



Martin Kobler, chef de la Monusco et représentant spécial du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon en RDC.
Martin Kobler, chef de la Monusco et représentant spécial du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon en RDC.
Les habitants de Goma sont exaspérés. Ils ne comprennent pas que des obus puissent encore tomber sur la ville, alors que la Monusco a annoncé la mise en place d’une zone de sécurité pour protéger les civils. Que leur dites-vous ? Je comprends très, très bien l’impatience et la frustration de la population de Goma. Des obus ont été tirés sur la ville. Il y a eu des morts ici à Goma. Et je leur dis que nous sommes là pour les aider, que nous condamnons fermement les attaques sur la population civile, qui constituent un crime de guerre ! Qu’on va réagir fermement. Et j’ai donné l’ordre au commandant de la force de réagir fermement. Nous avons combattu ensemble, avec les forces armées de la République démocratique du Congo, d’une manière très, très décidée. On a utilisé tous les moyens qu’on a.
J'ai vu moi-même des attaques d’hélicoptères et de l’artillerie de la part de la Monusco, contre des positions du M23, et je crois que ça a eu un effet. On a contre-attaqué avec les forces armées de la République démocratique du Congo. Pour nous, c’est très, très important de coordonner les actions avec les Congolais.
Vous, vous avez des experts en balistique. Vous savez d’où viennent ces tirs. Alors qui tire ces obus sur Goma ?
Ce n’est pas à nous de commenter qui a tiré sur qui. Nous le savons, c’est un détail très, très important. Maintenant, dans cette situation de crise très importante, nous devons désamorcer la situation et ne pas risquer une escalade, en particulier entre les pays voisins. Nous avons notre position sur tout cela, et nous allons communiquer ces informations avec les gouvernements des pays voisins.
J’ai aussi informé les ambassadeurs des membres permanents du Conseil de sécurité, hier à Kinshasa, sur ce qui se passe ici, afin qu’ils puissent utiliser leurs contacts avec les pays de la région pour désamorcer la situation.
Depuis le départ, la population de Goma reproche à la Monusco d’avoir défini une zone de sécurité sur un espace restreint et qui ne comprend pas, justement, les positions du M23. Et donc la population vous demande d’aller plus avant, d’attaquer le M23 sur ses positions.
Permettez-moi de dire que la Monusco, ce n’est pas une solution magique pour tous les problèmes, ici dans l’est du Congo. Ce sont des problèmes congolais, ce sont aussi des solutions congolaises. Nous ne sommes pas responsables de tout ce qui se passe ici. Ce que nous faisons, c’est que nous soutenons le gouvernement congolais à combattre les groupes armés ici.
C’est très important pour tout le monde de comprendre que les attentes vis-à-vis de la Monusco sont trop lourdes. Nous ne pouvons pas défendre toute la population ici ! On fait tout ce que l’on peut ! Mais en première ligne, c’est le gouvernement congolais qui est responsable, qui doit protéger la population.
L’émissaire de l’ONU pour les Grands Lacs Mary Robinson, appelle, elle, à privilégier le dialogue en soulignant l’urgence d’une solution politique. Est-ce qu’il y a des divergences d’interprétation au sein des Nations unies sur ce qu’il faut faire face au M23 ?
Non, pas du tout. C’est exactement ma position ici, et je consulte très étroitement Madame Robinson. Hier, on a téléphoné quatre fois et je suis tout à fait d’accord avec Mary Robinson. Ce conflit peut être résolu seulement par la politique. Pour avoir une solution à long terme, il faut avoir une solution politique. Par exemple, les entretiens de Kampala sont en cours. Mais comme je l’ai dit, ce n’est pas acceptable d’attaquer la population civile. Et nous avons notre mandat, donné par le Conseil de sécurité, de défendre la population civile.
Oui, mais les négociations de Kampala sont au point mort. Alors est-ce qu’une reprise du dialogue est possible aujourd’hui ?
On a des exemples dans d’autres régions du monde : les exactions militaires n’excluent pas la reprise des contacts politiques. Ça vaut aussi pour les entretiens de Kampala. Mais c’est aux facilitateurs de le décider et aux partis du gouvernement de la République démocratique du Congo et le M23, l’Ouganda. Et nous souhaitons que ces entretiens de Kampala continuent.
Est-ce que le Rwanda est un partenaire fiable pour la communauté internationale dans la résolution de la crise dans l’est de la RDC ?
Nous coopérons avec tous les membres du Conseil de sécurité. Le Rwanda est un partenaire important dans la Conférence internationale des Grands Lacs. Et c’est pourquoi c’est très important d’avoir une relation très bonne, en particulier, nous, en tant que Monusco, afin de désamorcer la situation.

Source : Rfi.fr
 

Dépéche

Lundi 26 Août 2013 - 12:24



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