Massacre de Gatumba: les familles des victimes se réjouissent de l'ouverture d'une enquête visant Agathon Rwasa

Au Burundi, les familles des victimes du massacre de Gatumba de 2004 saluent la décision du Parquet d'ouvrir une enquête visant Agathon Rwasa, le chef historique des ex-rebelles des Forces Nationales de Libération, qui a fait son retour public le mois dernier, avec les élections de 2015 en perspective. Son camp voit dans l'ouverture de cette enquête la main du pouvoir qui souhaiterait neutraliser un opposant politique.



Massacre de Gatumba: les familles des victimes se réjouissent de l'ouverture d'une enquête visant Agathon Rwasa

Les familles des victimes congolaises du massacre de Gatumba à l'ouest de la capitale, Bujumbura, dans la nuit du 13 août 2004, qui a vu cent cinquante-deux réfugiés tutsis banyamulenge tués, souhaitent qu'Agathon Rwasa et son ancien porte parole le pasteur Habimana, soient jugés au plus vite.

Olivier Mandévou, qui a perdu une partie de sa famille, raconte : «C’était un carnage… Agathon Rwasa a tué des bébés, il a tué des mamans, par machettes, par balles, par essence… Et j’ai perdu les membres de ma famille proche. J’ai perdu ma mère, j’ai perdu mon frère, j’ai aussi perdu les parents du côté de ma femme. Mon frère et mes sœurs ont été blessés… c’était vraiment macabre. Il faut vraiment qu’il soit arrêté, dans les plus brefs délais». Olivier Mandévou est à la tête de l'organisation qui représente, aux Etats-Unis, les intérêts des centaines de rescapés du massacre de Gatumba. Elle a régulièrement saisi les institutions judiciaires burundaises.

Même sentiment du côté de la communauté banyamulenge au Burundi

L'enquête intervient bien tardivement selon le porte-parole des Banyamulengue du Burundi,Byabagabo Nkubana wa Gahuma. « Nous avons continué et nous continuons, à blâmer la République du Burundi, pour avoir gardé le silence pendant tout ce temps, alors que l’Etat lui-même a été témoin de ce qui s’est passé. Nous avons toutes les évidences (preuves NDLR)possibles, parce que les gens ont été tués dans la nuit du 13 août 2004. Le lendemain matin, le porte-parole du FNL, monsieur Pasteur Habimana, a revendiqué la responsabilité. Et plus tard, cette revendication a été confirmée par son chef, Monsieur Agathon Rwasa».

Pour lui, la responsabilité d'Agathon Rwasa ne fait aucun doute.«Pour nous, il n’y a aucun doute que ceux-là sont les responsables du crime qui a été commis contre nos populations. La première enquête a été menée juste dans la première semaine du génocide, mais ce n’était qu’une enquête préliminaire. Ils avaient promis de continuer les enquêtes, malheureusement, c’est une chose qui n’a pas été faite. Nous avons déploré ce silence coupable jusqu’à ce jour», explique-t-il.

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Août 2004, la nuit du massacre

Nous sommes en 2004 et l’Est de la République démocratique du Congo est à nouveau à feu et à sang. Des milliers de réfugiés Banymalunge, des Tutsis congolais originaires des Hauts plateaux du Minembwe dans le Sud-Kivu se réfugient au Burundi et sont placés dans un camp à Gatumba, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de la capitale Bujumbura et à seulement trois kilomètres de la frontière congolaise.

A l’époque, de nombreuses voix avaient déjà tiré la sonnette d’alarme, mais personne ne les avaient écouté jusqu’à cette terrible nuit du 13 août 2004. Cette nuit-là, beaucoup parmi les réfugiés Banyamulenge, surtout les femmes et les enfants dormaient, et les couche-tard bavardaient lorsque des centaines de combattants assoiffés de sang se jettent sur eux. Le carnage est d’une violence inouïe.

Pendant plus de deux heures, les assaillants tuent leurs victimes à l’arme blanche ou avec des fusils, avant d’asperger d’essence les abris de fortune où certains réfugiés se sont cachés. Puis ils vont se replier tranquillement vers la RDC voisine en laissant derrière eux un monceau de ruines encore fumants, plus de 160 morts et une centaine de blessés.

Une brigade de la gendarmerie et un bataillon de l’armée burundaise, qui avaient leurs camps dans un rayon d’à peine un kilomètre, n’ont pas bougé. Le lendemain, Pasteur Habimana, porte-parole des rebelles burundais des FNL d’Agathon Rwasa revendique cette attaque sur des radios locales et internationales.

Les rescapés eux sont formels, leurs bourreaux s’exprimaient non seulement en kirundi, mais aussi en kinyarwanda et en swahili. Un rapport des Nations unies sorti quelques temps après va mettre en cause les FNL burundais des Interahamwe rwandais et des Maï-maï congolais, mais aucune suite n’a été donné jusqu’ici à ce rapport.


Rfi.fr

Dimanche 15 Septembre 2013 - 14:43



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