Mauritanie: Quand Taya écrit à Aziz



Mauritanie: Quand Taya écrit à Aziz
Cher Mohamed,
J’ai fini par te pardonner. Et oui ! C’est humain ce que tu as fait, il y a dix ans. Tu t’es sauvé, quand tu as compris que nous risquions de couler tous ensemble. Toi, moi, et le système. « Elli ekhter annak rassou lat’chowvha elih ». Oui, oui, je ne peux t’en vouloir d’avoir fait passer ta personne avant la mienne. Je te dis que c’est humain. C’est universel. Mon Système, mon parti et mes hommes ne t-ont-ils pas suivi quand ils ont compris que j’ai fait mon temps ?

Cher Mohamed,
Je n’oublie pas les services que tu m’as rendus durant toutes ces années passées à la tête de mes « janissaires ». De bons et loyaux services qui ont fini par payer. Quand je devais tomber, tu étais alors le mieux placer pour prendre le pouvoir. Aujourd’hui que je vois comment les choses se passent après moi, je te dis : « essaha ». Le peuple n’a que le président qu’il mérite.

Cher Mohamed
Je te pardonne d’autant que tu assures ma succession. Grâce à toi, mon nom est aujourd’hui dans toutes les bouches. Tu te rends là où je passais souvent. Tu t’entoures d’hommes d’affaires et de personnalités politiques de ta tribu. Ainsi, les gens disent souvent : « c’est le système Taya qui est en train de ressusciter ». La même vision. La même méthode. Les mêmes hommes et femmes, à quelques exceptions près. Evite seulement de trop parler de cet aspect quand tu t’en prends à l’opposition. Tu sais bien que les « Anciens » sont bien avec toi, à part une poignée d’irréductibles. Et même ces derniers, ils ne constituent pas les pires de tes ennemis.

Cher Mohamed,
Ne compte pas trop sur ta majorité. Elle te soutient tant que tu as la force avec toi. Utilise la comme faire-valoir dans ta stratégie politique de conservation du pouvoir, comme tu l’as si bien fait pour le conquérir, mais n’oublie pas que c’est l’armée qui est ton soutien essentiel. Ne provoque pas trop cette dernière. Un coup d’Etat est comme la mort. Imprévisible.

Cher Mohamed,
L’économie n’est pas faite que de chiffres. Ce que te dit ton gouvernement ne doit pas être pris pour argent comptant. Tu étais là non, quand avait éclaté le scandale des faux chiffres à la BCM ? Qu’on te dise que les caisses sont pleines, que l’inflation a été contenue, que le taux de croissance suit une courbe croissante et que le chômage a baissé de 20% n’a d’importance que pour tes partenaires étrangers. Le peuple réclame le pain. Il ne te le dira pas mais c’est à toi de t’en rendre compte en envoyant tes « jassous » écouter les discours dans les taxis, les salons et les bureaux. C’est la réalité du terrain qui compte, pas ce que diffuse Radio Mauritanie, l’AMI et Al Mouritaniya. Ni même ce que te dis l’UPR, cet avatar de mon PRDS.

Cher Mohamed,
Je t’adresse ces précieux conseils  parce que, malgré tout, tu t’es montré un très bon élève. Avec toi, mon Système survit. Certes, tu l’as un peu perfectionné, mais je vois et j’entends tous les jours les mêmes mots, les mêmes flagorneries, d’il y a dix ans. Ces gens qui te disent qu’après toi ce sera le déluge m’ont dit la même chose. Ceux qui te menaces, si tu ne te représentes pas à un troisième mandat avaient juré sur le Coran de me traîner devant les tribunaux pour la même raison.
Cher Mohamed,

Je te pardonne parce que mes ennemis (nos ennemis quand tu commandais encore mon BASEP) risquent de ne jamais arriver à cette place qu’ils convoitaient tant. N’as-tu pas juré que ces opposants-là, ceux qui sont réellement à l’origine de ma chute (Daddah, Messaoud, Hanena…) ne parviendront jamais à la présidence ?

Ce sera une grande consolation pour moi si tu tiens parole.
 
PS : Cette lettre est un irréel du passé (et du présent) mais elle pourrait bien avoir traversé l’esprit de Taya. Pourquoi pas ?

elhourriya.net

Jeudi 5 Mai 2016 - 17:27



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