Melilla: une organisation antiraciste appelle à la cogestion

Les gouvernements marocain et espagnol sont régulièrement critiqués pour la brutalité de leurs forces de l'ordre. Un sociologue et un juriste, cofondateurs du Gadem, une célèbre association antiraciste marocaine, ont proposé cette semaine une idée originale : la « cogestion » par les deux pays de ces territoires qui marquent la frontière la plus au sud de l'Europe, sur le continent africain.



Des migrants attendent dans la cour d'un centre d'hébergement, après avoir traversé la frontière à Melilla, le 28 février 2014. REUTERS/Jesus Blasco de Avellaneda
Des migrants attendent dans la cour d'un centre d'hébergement, après avoir traversé la frontière à Melilla, le 28 février 2014. REUTERS/Jesus Blasco de Avellaneda

Au Maroc, trois passages en force par des migrants des frontières de l'enclave espagnole de Melilla ont eu lieu ces deux dernières semaines. Vendredi, le dernier incident en date a fait environ 35 blessés, dont deux graves. Début février, 15 migrants sont morts en tentant de rejoindre l'enclave de Ceuta.

Une situation qui a poussé les deux cofondateurs d’une organisation antiraciste marocaine, le Gadem, à proposer une nouvelle forme de coopération entre le Maroc et l’Espagne.

Pour les deux auteurs de la proposition de cogestion des enclaves de Ceuta et Melilla, l'approche uniquement sécuritaire de la question des frontières est une impasse. Le sociologue Mehdi Alioua estime ainsi que c'est le symbole d'un temps révolu.

« Ligne de fracture »

« Nous faisons face à une forme de violence qui est certainement le symbole de la séparation des pays riches et des pays pauvres. Une ligne de fracture qui se mesure à la hauteur des grillages, mais qui se mesure surtout aux meurtrissures des corps. Elle est contre-productive, parce qu’au lieu de diminuer la pression migratoire, au lieu d’amener plus de sécurité, en fait, non seulement il y a toujours autant de migrants qui essaient de passer, mais en réalité, ces migrants passent dans des conditions qui entraînent des conséquences terribles sur eux, et donc, qui perturbent l’ordre public pour le dire clairement. »

Alors que le Maroc bénéficie depuis 2008 d'un statut avancé au sein de l'Union européenne, la proposition, disent les signataires, est réaliste.

« Communautés de destin »

« Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus dans la coopération transnationale, nous voyons de grandes zones régionales s’associer, des communautés d’Etat. Il est l’heure que le Maroc et l’Espagne gèrent tous les deux ce territoire-là. Ils gèrent les frontières, mais de manière violente. Il serait temps qu’ils gèrent aussi les communautés de destin des peuples transfrontaliers, transméditerranéens. »

Le texte de Mehdi Alioua et Hicham Rachidi a été publié dans la presse espagnole, mais est resté pour l'instant sans réponse.

Source : Rfi.fr
 



Dimanche 2 Mars 2014 - 11:04



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